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Apocalypse 17
ALORS un des sept anges qui avaient les sept coupes, vint me parler, et me dit : Venez, et je vous montrerai la condamnation de la grande prostituée, qui est assise sur les grandes eaux ;
avec laquelle les rois de la terre se sont corrompus, et qui a enivré du vin de sa prostitution les habitants de la terre.
Il me transporta donc en esprit dans le désert ; et je vis une femme assise sur une bête de couleur d’écarlate, pleine de noms de blasphème, qui avait sept têtes et dix cornes.
Cette femme était vêtue de pourpre et d’écarlate ; elle était parée d’or, de pierres précieuses et de perles, et tenait en sa main un vase d’or, plein des abominations et de l’impureté de sa fornication.
Et sur son front était écrit ce nom : Mystère : Babylone La Grande, La mère des fornications et des abominations de la terre.
Et je vis cette femme enivrée du sang des saints, et du sang des martyrs de Jésus ; et en la voyant, je fus frappé d’un grand étonnement.
Alors l’ange me dit : De quoi vous étonnez-vous ? Je vous dirai le mystère de la femme, et de la bête sur laquelle elle est assise, qui a sept têtes et dix cornes.
La bête que vous avez vue, était, et n’est plus ; et elle doit s’élever de l’abîme, et aller à sa perte ; et les habitants de la terre, dont les noms ne sont pas écrits dans le livre de vie dès la création du monde, s’étonneront de voir cette bête qui était, et qui n’est plus.
Et en voici le sens, plein de sagesse : Les sept têtes sont sept montagnes sur lesquelles la femme est assise.
Ce sont aussi sept rois, dont cinq sont tombés ; il en reste un, et l’autre n’est pas encore venu ; et quand il sera venu, il faut qu’il demeure peu.
La bête qui était, et qui n’est plus, est elle-même huitième ; elle tient des sept, et elle ira à sa perte.
Les dix cornes que vous avez vues, sont dix rois, à qui le royaume n’a pas encore été donné ; mais ils recevront comme rois la puissance en une même heure avec la bête.
Ils auront tous un même dessein, et ils donneront à la bête leur force et leur puissance.
Commentaire (versets 10 à 13) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 10 à 13 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
« Bisping et les partisans de l’interprétation eschatologique [disent ceci] : les sept têtes sont les puissances de ce monde qui, dans la suite de l’histoire, ont fait ou feront tour à tour la guerre au peuple de Dieu : Egyptiens, Assyriens, Babyloniens, Médo-Perses, Macédoniens, Romains. Etats modernes sortis de la Révolution ou imbus de ses principes. Quand l’élément antichrétien aura atteint son plein développement, viendra un huitième roi, sorti des sept (et non pas l’un d’eux, comme on traduit souvent), c’est-à-dire une puissance mondaine, qui résumera en elle et portera au suprême degré l’impiété des sept premières. Les dix cornes désignent les divers Etats de la fin des temps, Etats non indépendants, mais vassaux, soumis à la souveraineté de l’Antéchrist (la bête. Bisping lit ouk, non, au lieu de oupô, nondum). Voilà pourquoi elles ne portent pas de couronnes (comparer à Apocalypse 13, 1). Leurs pouvoir durera une heure, c’est-à-dire peu de temps, car ils seront vaincus par l’Agneau (verset 14 : cette victoire de l’Agneau est décrite au chapitre 19). » (CRAMPON, 1 885)
Ils combattront contre l’Agneau, et l’Agneau les vaincra ; parce qu’il est le Seigneur des seigneurs, et le Roi des rois ; et ceux qui sont avec lui, sont les appelés, les élus et les fidèles.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir 1 Timothée, 6, 15 ; Apocalypse, 19, 16.
Il me dit encore : Les eaux que vous avez vues, sur lesquelles cette prostituée est assise, sont les peuples, les nations et les langues.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Des peuples, des nations et des langues : « ces expressions amoncelées ont pour but de montrer Rome comme le centre où affluent et se mêlent dans leur étrange variété toutes les nations de la terre. » (CRAMPON, 1 885)
Les dix cornes que vous avez vues sur la bête, sont ceux qui haïront cette prostituée, la réduiront à la dernière désolation, la dépouilleront, dévoreront ses chairs, et la feront périr par le feu.
Car Dieu leur a mis dans le cœur d’exécuter ce qu’il lui plaît, et de donner leur royaume à la bête, jusqu’à ce que les paroles de Dieu soient accomplies.
Et quant à la femme que vous avez vue, c’est la grande ville qui règne sur les rois de la terre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La grande ville, Rome. « La Rome des Césars [préfigurant] une nouvelle Rome de la fin des temps, comme la Rome des Césars était une autre Babylone. » (CRAMPON, 1 885)
Commentaire (versets 1 à 5) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 1 à 5 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
La grande Babylone. « Sous les noms symboliques de prostituée et de Babylone, c’est bien la Rome païenne, la Rome des Césars, la ville aux sept collines, représentant l’empire romain tout entier, qui est ici décrite. Aussi est-ce à cette ville et à cet empire que la plupart des interprètes appliquent ce chapitre. Ceux qui reportent à la fin des temps les événements annoncés par les visions de l’Apocalypse ne le contestent pas ; mais, selon eux, saint Jean n’emprunte que ses couleurs et ses traits à la Rome des Césars, et ce n’est pas elle qu’il a réellement en vue, mais, soit la même ville redevenue païenne à la fin des temps, soit une autre ville riche et puissante, idolâtre et corrompue, qui sera, dans les derniers jours du monde, l’a capitale du dernier empire antichrétien. Comparer à Apocalypse, 14, 8. ― Assise sur les grandes eaux : trait emprunté à la Babylone historique située sur l’Euphrate, (voir Jérémie, 51, 13). Ces eaux signifient des peuples, des foules, et des nations (verset 15), sur lesquels règne la prostituée. » (Chanoine CRAMPON, 1 885) ― « Le nom que porte la femme assise sur les grandes eaux, indique qu’elle est une personnification, un symbole dont il faut saisir le sens : mystère. Or, la bête [étant préfigurée par] l’empire idolâtre et persécuteur, la femme qui est assise sur la bête doit figurer la capitale de cet empire, Rome, centre du pouvoir et siège principal de l’idolâtrie. En effet, chaque trait du tableau la désigne ; et l’on peut dire que tout le monde aujourd’hui la reconnaît (…). ― Que cette femme représente une ville, saint Jean le dit expressément. Bien plus, il ajoute que cette ville est la ville par excellence, la reine des villes, la grande cité, qu’elle a sept montagnes et sept rois, qu’elle étend sa domination sur tous les peuples et sur tous les princes. Une telle indication suffirait à elle seule ; car Rome n’était pas désignée autrement à cette époque, et nulle autre ville n’a été désignée ainsi. ― Cette grande ville est représentée comme le principal soutien de l’idolâtrie, comme une source d’erreurs et de dépravation pour l’univers entier. Elle est pleine d’abominations et d’impuretés, c’est-à-dire d’idoles et de temples païens. Elle est couverte d’inscriptions sacrilèges et blasphématoires. C’est une Nouvelle Babylone, pour la tyrannie, aussi bien que pour l’orgueil, la puissance et l’impiété. Elle persécute le christianisme ; elle s’enivre du sang des saints et des martyrs du Sauveur. Elle a fait périr des apôtres et des prophètes, et tout le sang qui se verse dans le monde pour la cause de la vérité est répandu par elle. ― Qui pourrait méconnaître à ces traits la Rome des empereurs, telle qu’était sous Domitien, au moment du martyre de saint Jean et de son exil à Patmos ? Nous avons déjà vu que les chrétiens la nommaient Babylone. On l’appelait aussi Sodome ou l’Egypte. Non contente de professer l’idolâtrie, elle s’attribuait à elle-même la divinité. ― Elle se disait éternelle ; et comme ses empereurs, vivants et morts, elle avait ses temples, ses statues, ses autels. Elle en avait dans ses murs aussi bien que dans les provinces. ― Quant à sa cruauté envers les chrétiens, à ses persécutions, au nombre de ses victimes, les catacombes en sont un monument irrécusable. ― Cette nouvelle Babylone devait tomber comme l’ancienne, pour ne jamais se relever. Elle était destinée à être la proie de ceux qu’elle opprimait, à passer par le fer et par le feu, come un criminel voué au châtiment divin, et enfin, à être ruinée de fond en comble. Sa chute devait jeter par toute la terre l’effroi, la stupeur, la désolation, mais en même temps être le signal du triomphe de l’Eglise dans le monde entier. Les chrétiens échapperaient au châtiment, comme ils avaient échappé à la corruption. ― Il suffit d’avoir lu l’histoire du quatrième et du cinquième siècle pour reconnaître dans la ruine de Rome [la parfaite préfiguration] de ces prédictions. Prise, pillée, saccagée quatre fois, par Alaric, roi des Goths (409), par Genséric, roi des Vandales (455), par Odoacre, roi des Hérules (466), par Totila, roi des Ostrogoths (546), la capitale de l’empire finit par disparaître sous ses débris avec ses dieux et ses temples. L’empire devint la proie des Barbares. Il ne resta de la population de Rome qu’un petit nombre de chrétiens qui bâtirent une nouvelle cité, à la place des ruines de l’ancienne. » (L. BACUEZ.)