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Juges 13

LES enfants d’Israël commirent encore le mal aux yeux du Seigneur, qui les livra entre les mains des Philistins pendant quarante ans.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Juges, 10, 6. ― Aux mains des Philistins. Les Philistins étaient originaires de Crète et avaient émigré de la ville de Caphtor ou Cydonia. Ils formaient une grande confédération qui, sous Ramsès III, roi d’Egypte, avait envahi la Syrie. Ramsès III les battit et en établit les restes dans le pays qui prit depuis leur nom. A la fin de la XXe dynastie égyptienne, profitant de la faiblesse des pharaons, ils devinrent seuls maîtres de toute la riche plaine de la Séphéla. Ils possédèrent ainsi, près de la Méditerranée, trois villes, Gaza au sud, Azot au nord, Ascalon au centre. Dans l’intérieur des terres, ils avaient aussi deux autres villes principales, Geth et Accaron. Ces cinq villes, encore aujourd’hui subsistantes, Geth exceptée, étaient les chefs-lieux de cinq principautés puissantes, gouvernées par cinq seranim ou princes confédérés. C’est du nom des Philistins que les Egyptiens et les Grecs, qui les connurent avant les habitants de l’intérieur des terres, tirèrent la dénomination de Palestine, sous laquelle la terre de Chanaan est encore aujourd’hui désignée.

Or il y avait un homme de Saraa, de la race de Dan, nommé Manué, dont la femme était stérile.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

De Saraa. Saraa est actuellement un village de trois cents habitants, qui a gardé son ancien nom, à peine modifié sous la forme Sar’ah. Il est placé sur une colline en forme de pain de sucre, à l’entrée d’une vallée. Les flancs de la colline sont percés de grottes sépulcrales. Une source est à peu de distance, au-dessous du village.

Et l’Ange du Seigneur apparut à sa femme, et lui dit : Vous êtes stérile et sans enfants ; mais vous concevrez et vous enfanterez un fils.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Genèse, 16, 11 ; 1 Rois, 1, 20 ; Luc, 1, 31. ― Les grâces que Dieu a accordées à Samson et les faveurs qu’il lui a faites n’avaient pas pour objet de le récompenser de sa vertu, mais de protéger et de défendre son peuple contre la tyrannie et l’oppression de ses ennemis.

Prenez donc bien garde de ne point boire de vin, ni rien de ce qui peut enivrer, et de ne manger rien d’impur ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Nombres, 6, 3-4.

parce que vous concevrez et vous enfanterez un fils, sur la tête duquel le rasoir ne passera point : car il sera nazaréen, consacré à Dieu dès son enfance et dès le ventre de sa mère, et c’est lui qui commencera à délivrer Israël de la main des Philistins.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Nazaréen de Dieu ; c’est-à-dire consacré à Dieu en qualité de nazaréen.

Etant donc venu trouver son mari, elle lui dit : Il est venu à moi un homme de Dieu, qui avait un visage d’ange, et qui était terrible à voir. Je lui ai demandé qui il était, d’où il venait, et comment il s’appelait ; et il n’a pas voulu me le dire.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’homme de Dieu. C’est ainsi que porte l’hébreu. Il paraît que Manué et sa femme avaient déjà une connaissance quelconque de cet homme de Dieu : c’est du moins ce que prouve l’article déterminatif que l’écrivain sacré affecte d’employer ici.

Mais voici ce qu’il m’a dit : Vous concevrez et vous enfanterez un fils. Prenez bien garde de ne point boire de vin, ni rien de ce qui peut enivrer, et de ne manger rien d’impur : car l’enfant sera nazaréen, consacré à Dieu dès son enfance, et depuis le ventre de sa mère jusqu’au jour de sa mort.

Manué pria donc le Seigneur, et lui dit : Seigneur ! je vous prie que l’homme de Dieu que vous avez envoyé, vienne encore, afin qu’il nous apprenne ce que nous devons faire de cet enfant qui doit naître.

Le Seigneur exauça la prière de Manué ; et l’Ange de Dieu apparut encore à sa femme, lorsqu’elle était assise dans les champs. Manué, son mari, n’était pas alors avec elle. Ayant donc vu l’Ange,

elle courut vite à son mari, et lui dit : Voilà ce même homme que j’avais vu auparavant, qui m’est encore apparu.

Manué se leva aussitôt, et suivit sa femme. Et étant venu vers cet homme, il lui dit : Est-ce vous qui avez parlé à cette femme ? Il lui répondit : C’est moi.

Manué lui dit : Quand ce que vous avez prédit sera accompli, que voulez-vous que fasse l’enfant, et de quoi devra-t-il s’abstenir ?

L’Ange du Seigneur répondit à Manué : Qu’il s’abstienne de tout ce que j’ai marqué à votre femme :

qu’il ne mange rien de ce qui naît de la vigne, ni de ce qui peut enivrer ; qu’il ne mange rien d’impur ; et qu’il accomplisse et garde avec soin ce que j’ai ordonné sur son sujet.

Commentaire (versets 13 à 14) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 13 à 14 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Que ta femme s’abstienne, etc. Les verbes de ces deux versets étant au féminin en hébreu, ne peuvent avoir pour sujet que la mère de Samson, et non Samson lui-même.

Manué dit à l’Ange du Seigneur : Je vous prie de m’accorder ce que je vous demande, et de permettre que nous vous préparions un chevreau.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Un chevreau. Voir 1 Rois, note 16.20.

L’Ange lui répondit : Quelque instance que vous me fassiez, je ne mangerai point de votre pain ; mais si vous voulez faire un holocauste, offrez-le au Seigneur. Or Manué ne savait pas que ce fût l’Ange du Seigneur.

Et il dit à l’Ange : Comment vous appelez-vous ? afin que nous puissions vous honorer, si vos paroles s’accomplissent.

L’Ange lui répondit : Pourquoi demandez-vous à savoir mon nom, qui est admirable ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Genèse, 32, 29.

Manué prit donc le chevreau, avec les libations : il les mit sur une pierre, et les offrit au Seigneur, qui est l’auteur des œuvres miraculeuses ; et il considérait, lui et sa femme, ce qui en arriverait.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sur le rocher, qui se trouvait à l’endroit même de la campagne où était Manué.

Alors la flamme de l’autel montant vers le ciel, l’Ange du Seigneur y monta aussi au milieu des flammes : ce que Manué et sa femme ayant vu, ils tombèrent le visage contre terre ;

et l’Ange du Seigneur disparut de devant leurs yeux. Manué reconnut aussitôt que c’était l’Ange du Seigneur,

et il dit à sa femme : Nous mourrons certainement, parce que nous avons vu Dieu.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Nous mourrons de mort ; hébraïsme pour : nous mourrons infailliblement.

Sa femme lui répondit : Si le Seigneur voulait nous faire mourir, il n’aurait pas reçu de nos mains l’holocauste, et les libations que nous lui avons offertes : il ne nous aurait point fait voir toutes ces choses, ni prédit ce qui doit arriver.

Elle enfanta donc un fils, et elle l’appela Samson. L’enfant crût, et le Seigneur le bénit.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Samson, en hébreu Schismchôn, parait être un diminutif de schémesch, soleil.

Et l’Esprit du Seigneur commença à être avec lui, lorsqu’il était dans le lieu appelé le Camp de Dan, entre Saraa et Esthaol.