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Galates 2

QUATORZE ans après, j’allai de nouveau à Jérusalem avec Barnabé, et je pris aussi Tite avec moi.

Or j’y allai suivant une révélation que j’en avais eue, et j’exposai aux fidèles, et en particulier à ceux qui paraissaient les plus considérables, l’Évangile que je prêche parmi les gentils ; afin de ne perdre pas le fruit de ce que j’avais déjà fait, ou de ce que je devais faire dans le cours de mon ministère.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Qui paraissent être quelque chose ; c’est-à-dire des plus considérables. Comparer à Actes des Apôtres, 5, 36.

Mais on n’obligea point Tite, que j’avais amené avec moi, et qui était gentil, de se faire circoncire.

Et la considération des faux frères, qui s’étaient introduits par surprise dans l’Église, et qui s’étaient glissés parmi nous, pour observer la liberté que nous avons en Jésus-Christ, et nous réduire en servitude,

ne nous porta pas à leur céder, même pour un moment ; et nous refusâmes de nous assujettir à ce qu’ils voulaient, afin que la vérité de l’Évangile demeurât parmi vous.

Aussi ceux qui paraissaient les plus considérables (je ne m’arrête pas à ce qu’ils ont été autrefois, Dieu n’a point d’égard à la qualité des personnes) ; ceux, dis-je, qui paraissaient les plus considérables, ne m’ont rien appris de nouveau.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Deutéronome, 10, 17 ; Job, 34, 19 ; Sagesse, 6, 8 ; Ecclésiastique, 35, 15 ; Actes des Apôtres, 10, 34 ; Romains, 2, 11 ; Ephésiens, 6, 9 ; Colossiens, 3, 25 ; 1 Pierre, 1, 17. ― Rien de nouveau, rien qui fût en opposition avec ce que je leur avais exposé.

Mais au contraire, ayant reconnu que la charge de prêcher l’Évangile aux incirconcis m’avait été donnée, comme à Pierre celle de le prêcher aux circoncis ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Comme à la naissance de l’Eglise chrétienne, les Juifs conservaient encore une sorte d’horreur pour les gentils, saint Pierre et saint Paul se partagèrent le ministère évangélique, de manière que le premier fut chargé de prêcher les Juifs, et le second les gentils ; mais cela n’empêchait pas chacun d’eux d’annoncer indistinctement l’Evangile aux Juifs et aux gentils, toutes les fois que l’occasion s’en présentait.

(car celui qui a agi efficacement dans Pierre pour le rendre apôtre des circoncis, a aussi agi efficacement en moi pour me rendre apôtre des gentils ;)

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Qui a opéré ; c’est-à-dire qui a fait paraître sa puissance. ― L’apostolat de la circoncision, c’est-à-dire parmi les Juifs.

ceux, dis-je, qui paraissaient comme les colonnes de l’Église, Jacques, Céphas et Jean, ayant reconnu la grâce que j’avais recue, nous donnèrent la main, à Barnabé et à moi, pour marque de la société et de l’union qui était entre eux et nous, afin que nous prêchassions l’Évangile aux gentils, et eux aux circoncis.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Céphas est le même que saint Pierre. Voir Jean, 1, 42. ― « Quelques auteurs ont prétendu que Céphas, avec lequel saint Paul eut un différend à Antioche, n’était pas saint Pierre ; d’autres que ce dissentiment était purement fictif ; mais ces sentiments sont inadmissibles. Le premier d’abord. ― 1° Il a la tradition contre lui. A la vérité, quelques docteurs ont émis un doute sur l’identité de saint Pierre et de Céphas ; mais, comme le remarque saint Jérôme, ce n’était de leur part qu’une conjecture, et ils ne la faisaient que pour montrer la faiblesse des objections qu’on prétendait tirer du conflit d’Antioche. ― 2° Céphas est bien le même nom que Pierre : il a en syriaque la même signification que Petros en grec. Saint Pierre le portait en Judée, et c’est le premier que le Sauveur lui ait donné. Saint Paul le lui donne indubitablement ailleurs. ― 3° Il est évident que le personnage dont il s’agit est un personnage éminent, égal, sinon supérieur à saint Paul, par conséquent apôtre comme lui. Son exemple fait fléchir Barnabé et menace d’entraîner toute l’Eglise d’Antioche. Saint Paul fait un acte de courage en lui adressant une représentation. D’ailleurs, quel moyen de le distinguer du Céphas nommé plus haut, entre saint Jacques et saint Jean, comme étant, aussi bien qu’eux, une colonne de l’Eglise ? Le second sentiment n’est ni plus suivi ni plus solide. Saint Jérôme, qui l’avait d’abord proposé, d’après Origène et saint Chrysostome, fut obligé d’y renoncer. Il est bien vrai que les mots grecs, rendus dans la Vulgate par in facie, pris isolément, pourraient se traduire par : en apparence. Il est vrai aussi qu’il est parlé de dissimulation ou de défaut de franchise. Cela ne suffit pas néanmoins pour justifier l’hypothèse d’une scène concertée entre les deux apôtres, ou d’une discussion feinte pour l’instruction de leurs disciples. Ni cette interprétation ni cette hypothèse ne sont naturelles. On n’y a recouru que dans une intention apologétique, afin de couper court aux objections et de mettre en même temps à couvert la conduite de saint Pierre et de saint Paul. Mais on a pris le change, et on a substitué un tort véritable, un défaut de droiture dans l’un et l’autre apôtre, à une pure inadvertance ou à une erreur de procédé de la part de saint Pierre ; car le mot de saint Paul, que Pierre était répréhensible, n’entraîne pas d’autre conséquence et n’a pas plus de portée. Il signifie seulement que la conduite suivie par saint Pierre donnait lieu à des interprétations fâcheuses, que ses égards pour les préjugés de ses compatriotes étaient, contre son gré, de nature à confirmer les Juifs dans leurs prétentions, ainsi qu’à inquiéter et à rebuter les Gentils. Rien n’indique qu’il eût en cela blessé sa conscience le moins du monde. Dieu voulut qu’en cette occasion il fût averti de ce qu’il avait à faire, non par une vision comme à Joppé, mais par un collègue et un subordonné, afin que son humilité pût servir à l’édification de tous. » (L. BACUEZ.)

Ils nous recommandèrent seulement de nous ressouvenir des pauvres : ce que j’ai eu aussi grand soin de faire.

Or Céphas étant venu à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il était répréhensible.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Saint Paul avait reproché à saint Pierre de s’être retiré de la table des gentils, dans la crainte de scandaliser les Juifs convertis ; ce qui pouvait faire croire aux gentils qu’ils étaient obligés de se conformer à la manière de vivre des Juifs, et par là même gêner la liberté chrétienne. Mais ce reproche n’attaque nullement la suprématie du prince des Apôtres ; car, dans de pareils cas, un inférieur peut et quelquefois doit avertir avec respect son supérieur ; et, comme le remarque saint Augustin, saint Pierre le souffrît avec une douceur, une humilité, une patience dignes de celui à qui le Sauveur avait dit : Tu es Pierre, et sur toi je bâtirai mon Eglise.

Car avant que quelques-uns qui venaient de la part de Jacques fussent arrivés, il mangeait avec les gentils ; mais après leur arrivée, il se retira, et se sépara d’avec les gentils, craignant de blesser les circoncis.

Les autres Juifs usèrent comme lui de cette dissimulation, et Barnabé même s’y laissa aussi emporter.

Mais quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas devant tout le monde : Si vous qui êtes Juif, vivez comme les gentils, et non pas comme les Juifs, pourquoi contraignez-vous les gentils de judaïser ?

Nous sommes Juifs par notre naissance, et non du nombre des gentils, qui sont des pécheurs.

Et cependant, sachant que l’homme n’est point justifié par les œuvres de la loi, mais par la foi en Jésus-Christ, nous avons nous-mêmes cru en Jésus-Christ, pour être justifiés par la foi que nous aurions en lui, et non par les œuvres de la loi ; parce que nul homme ne sera justifié par les œuvres de la loi.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Romains, 3, 20. ― Nulle chair. Voir Matthieu, 24, 22.

Mais si, cherchant à être justifiés par Jésus-Christ, nous sommes aussi nous-mêmes trouvés pécheurs, Jésus-Christ sera-t-il donc ministre du péché ? Dieu nous garde de le penser !

Car si je rétablissais de nouveau ce que j’ai détruit, je me ferais voir moi-même prévaricateur.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sens : non, Jésus-Christ n’est pas ministre du péché ; car ce n’est pas quand nous cherchons à être justifiés par la foi en lui, sans les œuvres de la Loi, que nous sommes trouvés pécheurs, mais c’est quand, faisant tout le contraire, nous voulons rétablir la Loi dont nous avions reconnu l’impuissance et abandonné la pratique.

Mais je suis mort à la loi par la loi même, afin de ne vivre plus que pour Dieu. J’ai été crucifié avec Jésus-Christ ;

et je vis, ou plutôt ce n’est plus moi qui vis, mais c’est Jésus-Christ qui vit en moi ; et si je vis maintenant dans ce corps mortel, j’y vis en la foi du Fils de Dieu, qui m’a aimé, et qui s’est livré lui-même à la mort pour moi.

Je ne veux point rendre la grâce de Dieu inutile. Car si la justice s’acquiert par la loi, Jésus-Christ sera donc mort en vain.