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Actes des Apôtres 28

NOUS étant ainsi sauvés, nous reconnûmes que l’île s’appelait Malte ; et les barbares nous traitèrent avec beaucoup de bonté :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les barbares ; c'est-à-dire les restes des paysans africains qui étaient restés dans l'île, depuis que les Romains s'en étaient rendus maîtres ; ces paysans, ne parlant ni grec ni latin, étaient de ceux que les Grecs appelaient alors barbares. ― Malte. Quelques commentateurs croient qu'il s'agit ici de Meleda, dans le golfe de Venise, mais le plus grand nombre pensent que l'île ici nommée est bien celle qui est connue aujourd'hui sous le nom de Malte, dans la mer Méditerranée, au sud de la Sicile.

car ils nous reçurent tous chez eux, et ils y allumèrent un grand feu, à cause de la pluie et du froid qu’il faisait.

Alors Paul ayant ramassé quelques sarments, et les ayant mis au feu, une vipère que la chaleur en fit sortir, le prit à la main.

Quand les barbares virent cette bête qui pendait à sa main, ils s’entre-dirent : Cet homme est sans doute quelque meurtrier, puisque après avoir été sauvé de la mer, la vengeance divine le poursuit encore, et ne veut pas le laisser vivre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La vengeance, en grec Dikê, la vengeance divine personnifiée d'après les idées païennes.

Mais Paul ayant secoué la vipère dans le feu, n’en reçut aucun mal.

Les barbares s’attendaient qu’il enflerait, ou qu’il tomberait mort tout d’un coup ; mais après avoir attendu longtemps, lorsqu’ils virent qu’il ne lui en arrivait aucun mal, ils changèrent de sentiment, et dirent que c’était un dieu.

Il y avait dans cet endroit-là des terres qui appartenaient à un nommé Publius, le premier de cette île, qui nous reçut fort humainement, et qui exerça envers nous l’hospitalité durant trois jours.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Au premier de l'île, nommé Publius. Deux inscriptions, l'une grecque, l'autre latine, nous apprennent que le magistrat suprême de Malte portait le titre de Premier de l'île.

Or il se rencontra que son père était malade de fièvre et de dyssenterie : Paul alla donc le voir, et ayant fait sa prière, il lui imposa les mains, et le guérit.

Après ce miracle, tous ceux de l’île qui étaient malades, vinrent à lui, et furent guéris.

Ils nous rendirent aussi de grands honneurs ; et lorsque nous nous remîmes en mer, ils nous pourvurent de tout ce qui nous était nécessaire pour notre voyage.

Au bout de trois mois, nous nous embarquâmes sur un vaisseau d’Alexandrie, qui avait passé l’hiver dans l’île, et qui portait pour enseigne Castor et Pollux.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les castors. En grec : les Dioscures, c'est-à-dire Castor et Pollux, fils de Jupiter et de Léda, dont on avait donné le nom à une constellation et que les marins honoraient comme une divinité tutélaire. Leur image était peinte sur la proue du vaisseau d'Alexandrie, qui, pour ce motif, portait leur nom.

Nous abordâmes à Syracuse, où nous demeurâmes trois jours.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Syracuse, capitale de la Sicile, sur la côte orientale de cette île.

De là, en côtoyant la Sicile, nous vînmes à Rhége ; et un jour après, le vent du midi s’étant levé, nous arrivâmes en deux jours à Pouzzoles ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Rhégium, aujourd'hui Reggio, dans le royaume de Naples, au sud-ouest, vis-à-vis de la Sicile. ― « Le lieu nommé Puteoli par la Vulgate est Pouzzoles, ville de la Campanie, sur le golfe de Naples. Le port d'Ostie ne pouvait recevoir que des barques, celui de Pouzzoles était le dernier où l'on abordât avant l'embouchure du Tibre. C'est vers ce port, parfaitement sûr, que cinglaient les nombreux vaisseaux qui venaient d'Alexandrie ; et c'est là que débarquaient les Juifs et les Syriens qui se rendaient à Rome. Saint Paul y arriva deux jours après son départ de Reggio. Les frères qui l'accueillirent avec une charité si empressée, et qui le retinrent toute la semaine avec saint Luc et Aristarque, étaient certainement des chrétiens, aussi bien que ceux qui vinrent à sa rencontre jusqu'au Marché d'Appius, à neuf lieues de Rome, et aux Trois Loges, à quatre lieues. Pouzzoles est à peu de distance de Pompéi. On a trouvé récemment dans les ruines de cette dernière ville, ensevelie dix-huit ans plus tard en 79, sous les laves du Vésuve, une synagogue, et dans une inscription gravée au trait sur le stuc d'une muraille, une trace certaine de l'existence du christianisme à cette époque : Audi christianos, sævos olores. » (L. BACUEZ.)

où nous trouvâmes des frères qui nous prièrent de demeurer chez eux sept jours ; et ensuite nous prîmes le chemin de Rome.

Lorsque les frères de Rome eurent appris des nouvelles de notre arrivée, ils vinrent au-devant de nous jusqu’au lieu appelé le Marché d’Appius, et aux Trois-Loges ; et Paul les ayant vus, rendit grâces à Dieu, et fut rempli d’une nouvelle confiance.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Forum ou marché d'Appius. Il était situé sur la voie Appienne, à quarante-trois milles de Rome, au nord-ouest de Terracine ; aujourd'hui San-Donato. ― Les trois Tavernes étaient encore plus au nord, sur la même voie Appienne, à trente-trois milles de Rome.

Quand nous fûmes arrivés à Rome, il fut permis à Paul de demeurer où il voudrait avec un soldat qui le gardait.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Seul avec le soldat qui le gardait. C'était un soldat prétorien, auquel saint Paul, d'après la coutume romaine, était attaché par une chaîne au bras. ― Saint Paul arriva à Rome au mois de mars de l'an 61, la 7e année du règne de Néron.

Trois jours après, Paul pria les principaux d’entre les Juifs de venir le trouver ; et quand ils furent venus, il leur dit : Mes frères, quoique je n’eusse rien fait contre le peuple, ni contre les coutumes de nos pères, j’ai été arrêté prisonnier à Jérusalem, et mis entre les mains des Romains ;

qui m’ayant examiné, voulaient me mettre en liberté, parce qu’ils ne me trouvaient coupable d’aucun crime qui méritât la mort.

Mais les Juifs s’y opposant, j’ai été contraint d’en appeler à César, sans que j’aie dessein néanmoins d’accuser en aucune chose ceux de ma nation.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

A César, alors Néron.

C’est pour ce sujet que je vous ai priés de venir ici, afin de vous voir et de vous parler : car c’est pour ce qui fait l’espérance d’Israël que je suis lié de cette chaîne.

Ils lui répondirent : Nous n’avons point recu de lettres de Judée sur votre sujet, et il n’est venu aucun de nos frères de ce pays-là qui nous ait dit du mal de vous.

Mais nous voudrions bien que vous nous dissiez vous-même vos sentiments : car ce que nous savons de cette secte, c’est qu’on la combat partout.

Commentaire (versets 21 à 22) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 21 à 22 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

« On sent, dans le langage des Juifs, une sorte de réserve diplomatique ; ils s'en tiennent vis-à-vis de Paul au point de vue purement officiel. ― De cette secte : religion de Jésus, à laquelle Paul a fait allusion verset 20. » (CRAMPON)

Ayant donc pris jour avec lui, ils vinrent en grand nombre le trouver en son logis ; et il leur prêchait le royaume de Dieu, leur confirmant ce qu’il leur disait par plusieurs témoignages ; et depuis le matin jusqu’au soir il tâchait de leur persuader, par la loi de Moïse et par les prophètes, ce qui regarde Jésus.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dans l'hôtellerie, proprement le logement où il recevait l'hospitalité, peut-être la maison d'Aquila et de Priscille.

Les uns croyaient ce qu’il disait, et les autres ne le croyaient pas.

Et ne pouvant s’accorder entre eux, ils se retiraient ; ce qui donna sujet à Paul de leur dire cette parole : C’est avec grande raison que le Saint-Esprit, qui a parlé à nos pères par le prophète Isaïe,

a dit : Allez vers ce peuple, et lui dites : Vous écouterez, et en écoutant vous n’entendrez point ; vous verrez, et en voyant vous ne verrez point.

Commentaire (versets 25 à 26) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 25 à 26 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Voir Isaïe, 6, verset 9 et suivants, cité d'après les Septante : comparer à Matthieu 13, 14 et Jean, 12, 40. Voir Isaïe, 6, 9 ; Matthieu, 13, 14 ; Marc, 4, 12 ; Luc, 8, 10 ; Jean, 12, 40 ; Romains, 11, 8. ― Regardant, vous regarderez ; répétition qui, comme on a pu le remarquer plusieurs fois, a pour but de donner de la force et de l'énergie au discours.

Car le cœur de ce peuple s’est appesanti, et leurs oreilles sont devenues sourdes, et ils ont fermé leurs yeux ; de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, et que s’étant convertis, je ne les guérisse.

Sachez donc, que ce salut de Dieu est envoyé aux gentils, et qu’ils le recevront.

Lorsqu’il leur eut dit ces choses, les Juifs s’en allèrent, ayant de grandes contestations entre eux.

Paul ensuite demeura deux ans entiers dans un logis qu’il avait loué, où il recevait tous ceux qui venaient le voir ;

prêchant le royaume de Dieu, et enseignant ce qui regarde le Seigneur Jésus-Christ avec toute liberté, sans que personne l’en empêchât.