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Actes des Apôtres 13

IL y avait alors dans l’Église d’Antioche des prophètes et des docteurs, entre lesquels étaient Barnabé, et Simon qu’on appelait le Noir, Lucius le Cyrénéen, Manahen, frère de lait d’Hérode le tétrarque, et Saul.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ici commence la troisième et dernière partie des Actes. Barnabé qui était sans doute à la tête de l'Eglise d'Antioche. ― Simon le Noir. En grec Suméôn, personnage inconnu. ― Lucius de Cyrène est peut-être le même qui est nommé dans Romains, 16, 21. Manahen est inconnu. ― Hérode le tétrarque. Voir Matthieu, 14, 1. Saul, saint Paul. Frère de lait : le mot grec est ainsi traduit par la Vulgate ; mais il a aussi la signification de nourri, élevé avec. On donnait alors aux enfants des grandes familles, non seulement des pédagogues ou précepteurs, mais encore d'autres enfants ou compagnons élevés avec eux. Ce dernier sens est généralement adopté par les exégètes modernes.

Or, pendant qu’ils s’acquittaient des fonctions de leur ministère devant le Seigneur, et qu’ils jeûnaient, le Saint-Esprit leur dit : Séparez-moi Saul et Barnabé, pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés.

Et après qu’ils eurent jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains, et les laissèrent aller.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

C'est ainsi que commença la première mission de saint Paul, l'an 45 de notre ère.

Étant ainsi envoyés par le Saint-Esprit, ils allèrent à Séleucie, et de là ils s’embarquèrent pour passer en Cypre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Séleucie, ville de Syrie sur la Méditerranée, au sud et à 120 stades d'Antioche vis-à-vis de l'île de Chypre, à 40 stades au nord de l'embouchure de l'Oronte. ― Chypre. Voir Actes des Apôtres, 11, 19.

Lorsqu’ils furent arrivés à Salamine, ils prêchaient la parole de Dieu dans les synagogues des Juifs ; et ils avaient avec eux Jean, pour leur servir d’aide et de ministre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

A Salamine. C'était une des villes principales de l'île de Chypre, sur la côte orientale, avec un bon port. Les Juifs y étaient nombreux. On voit aujourd'hui ses ruines près de la moderne Famagouste. ― Dans les synagogues. Quand un Juif étranger assistait aux offices de la synagogue, le chef de la synagogue l'invitait à parler et saint Paul ne manqua jamais, dans toute sa carrière apostolique, de saisir cette occasion d'annoncer l'Evangile. Comparer à Luc, 4, 16 et Actes des Apôtres, 13, 15.

Ayant été dans toute l’île jusqu’à Paphos, ils trouvèrent un Juif, magicien et faux prophète, nommé Bar-Jésu,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Jusqu'à Paphos. Cette ville, port de mer, était à l'opposé de Salamine, sur la côte occidentale de l'île de Chypre. Elle servait alors de résidence au proconsul romain. L'ancienne Paphos, célèbre chez les anciens par le culte de Vénus, était à soixante stades au nord. ― Barjésu. Ce nom signifie fils de Jésus.

qui était avec le proconsul Serge Paul, homme sage et prudent. Ce proconsul ayant envoyé quérir Barnabé et Saul, désirait d’entendre la parole de Dieu.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sergius Paulus. « Les Actes donnent à Sergius Paulus le titre de proconsul. On sait, en effet, que la Chypre, à raison de son importance et de son étendue, formait à elle seule une province dans l'empire, et l'on voit par plusieurs médailles qu'elle avait pour gouverneur un proconsul annuel, comme toutes les provinces dont le gouvernement dépendant du Sénat. L'éloge que saint Luc fait des lumières et de la sagesse de Sergius Paulus, et l'impression que l'Evangile produisit sur son esprit, donnent lieu de croire qu'il devint un des appuis du christianisme naissant. Le Martyrologe romain le nomme au 22 mars, avec le titre d'évêque de Narbonne ; et l'église de cette ville l'a toujours regardé comme son apôtre. D'après la tradition, saint Paul l'aurait établi sur ce siège, dans le voyage qu'il fit pour se rendre en Espagne. Narbonne est bien, en effet sur la voie qui conduisait de l'Italie dans la Bétique. L'itinéraire d'Antonin, qui décrit cette voie, nomme Nice, Arles Narbonne, les monts Pyrénées, Barcelone. ― Plusieurs pensent que c'est en souvenir de la conversion de Sergius Paulus, comme signe de l'estime et de l'affection dont il honorait son généreux disciple, que l'Apôtre aurait pris le nom de Paul, à la place de celui de Saul qu'il avait porté jusque là. Mais, si cette conjoncture a quelque vraisemblance, elle n'est pas nécessaire pour l'explication du fait. L'usage des doubles noms, ou des surnoms grecs et latins, était alors commun chez les Juifs. Un certain nombre qui avaient un nom significatif, le traduisaient dans l'une de ces langues, comme Céphas qui s'appela Petrus, Silas qu'on nomma Tertius ou Silvanus, etc. D'autres, renonçant tout à fait à leur nom, en prenaient un suivant leur goût, comme Jean qui prit le nom de Marc, Jannès qui se nomma Alexandre, Onias qui s'appela Ménélaüs, Jésus qui prit celui de Juste. D'autres enfin se bornaient à changer quelque lettre ou à modifier la désinence de leur nom pour lui donner une apparence grecque ou latine. Ainsi on disait Jason au lieu de Jésus, Alcime pour Eliacim, Hégésippe au lieu de Joseph, Dosithée au lieu de Dosithai, Trypho pour Tarphon, Alphée pour Clopé, Diocletianus pour Dioclès. C'est ce qu'aura fait probablement saint Paul. Au moment d'entrer dans l'empire et de se mettre en rapport avec les Romains, il aura latinisé son nom, en l'altérant le moins possible. » (L. BACUEZ.)

Mais Élymas, c’est-à dire, le magicien (car c’est ce que signifie ce nom d’Élymas), leur résistait, s’efforçant d’empêcher le proconsul d’embrasser la foi.

Alors Saul, qui s’appelle aussi Paul, étant rempli du Saint-Esprit, et regardant fixement cet homme,

lui dit : Ô homme plein de toute sorte de tromperie et de fourberie, enfant du diable, ennemi de toute justice ! ne cesserez-vous jamais de pervertir les voies droites du Seigneur ?

Mais maintenant la main du Seigneur est sur vous : vous allez devenir aveugle, et vous ne verrez point le soleil jusqu’à un certain temps. Aussitôt les ténèbres tombèrent sur lui, ses yeux s’obscurcirent ; et tournant de tous côtés, il cherchait quelqu’un qui lui donnât la main.

Le proconsul ayant vu ce miracle, embrassa la foi, et il admirait la doctrine du Seigneur.

Quand Paul, et ceux qui étaient avec lui, furent partis de Paphos, ils vinrent à Perge, en Pamphylie ; mais Jean les ayant quittés, s’en retourna à Jérusalem.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

A Perge, capitale de la Pamphylie, sur la rivière Cestros, à soixante stades de la Méditerranée. Dans le voisinage, sur une éminence, était un temple célèbre de Diane. ― La Pamphylie, province de l'Asie Mineure, est déjà mentionnée, voir Actes des Apôtres, 2, 10. ― Jean Marc. Voir Actes des Apôtres, 12, 12.

Et pour eux, étant partis de Perge sans s’y arrêter, ils vinrent à Antioche de Pisidie ; et étant entrés dans la synagogue au jour du sabbat, ils s’assirent.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Du sabbat ; littéralement, des sabbats. Le pluriel de ce mot se met quelquefois pour le singulier. ― Antioche de Pisidie était une ville de Phrygie, mais on l'appelait de Pisidie, à cause de la proximité de cette province et afin de la distinguer d'Antioche de Syrie. Comme cette dernière, elle avait été bâtie par Séleucus Nicanor qui l'avait ainsi nommée en l'honneur de son père Antiochus. C'était une ville importante. Auguste en avait fait une colonie romaine.

Après la lecture de la loi et des prophètes, les chefs de la synagogue leur envoyèrent dire : Mes frères, si vous avez quelque exhortation à faire au peuple, vous pouvez parler.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les chefs de la synagogue. Le premier archisynagogus (voir Marc, 5, 22) était assisté d'un conseil composé d'un nombre plus ou moins considérable de membres, selon l'importance des synagogues. On les appelait quelquefois Archisynagogi ou chefs de la synagogue. Ils avaient dans l'assemblée des sièges particuliers, près du coffre destiné à recevoir les Saintes Ecritures.

Aussitôt Paul se levant, fit signe de la main qu’on lui donnât audience, et leur dit : Ô Israélites, et vous qui craignez Dieu ! écoutez :

Le Dieu du peuple d’Israël a choisi nos pères, et a élevé ce peuple en honneur pendant qu’ils demeuraient en Égypte, d’où il les tira avec un bras fort et élevé ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Exode, 1, 1 ; 13, 21-22.

et durant l’espace de quarante ans, il souffrit leurs mœurs déréglées dans le désert.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Exode, 16, 3.

Puis ayant détruit sept nations de la terre de Chanaan, il la leur distribua par sort,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Josué, 14, 2.

environ quatre cent cinquante ans après. Il leur donna ensuite des juges, jusqu’au prophète Samuel.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Juges, 3, 9.

Alors ils demandèrent un roi ; et Dieu leur donna Saül, fils de Cis, de la tribu de Benjamin, qui régna quarante ans.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 1 Samuel, 8, 5 ; 9, 16 ; 10, 1.

Puis l’ayant ôté du monde, il leur donna David pour roi, à qui il rendit témoignage, en disant : J’ai trouvé David, fils de Jessé, qui est un homme selon mon cœur, et qui accomplira toutes mes volontés.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 1 Samuel, 13, 14 ; 16, 13 ; Psaumes, 88, 21.

Ç’a été de sa race que Dieu, selon sa promesse, a suscite Jésus pour être le Sauveur d’Israël ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Isaïe, 11, 1.

Jean ayant prêché avant lui à tout le peuple d’Israël le baptême de la pénitence, pour le préparer à son avènement.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 3, 1 ; Marc, 1, 4 ; Luc, 3, 3.

Et lorsque Jean achevait sa course, il disait : Qui croyez-vous que je sois ? Je ne suis point celui que vous pensez ; mais il en vient un autre après moi, dont je ne suis pas digne de délier les souliers.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 3, 11 ; Marc, 1, 7 ; Jean, 1, 27. ― La chaussure, les sandales. Voir Marc, 6, 9.

C’est à vous, mes frères, qui êtes enfants de la race d’Abraham, et à ceux d’entre vous qui craignent Dieu, que cette parole de salut a été envoyée.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La parole de ce salut ; c'est-à-dire du salut dont Jésus-Christ est l'auteur. Comparer au verset 23. Dans Actes des Apôtres, 5, 20, on a pu remarquer une construction de phrase tout à fait semblable.

Car les habitants de Jérusalem, et leurs princes, l’ayant méconnu, ils ont accompli, en le condamnant, les paroles des prophètes, qui se lisent chaque jour de sabbat.

Et quoiqu’ils ne trouvassent rien en lui qui fût digne de mort, ils demandèrent à Pilate, qu’il le fît mourir.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 27, vv. 20, 23 ; Marc, 15, 13 ; Luc, 23, vv. 21, 23 ; Jean, 19, 15.

Et lorsque tout ce qui avait été écrit de lui, fut accompli, on le descendit de la croix, et on le mit dans le tombeau.

Mais Dieu l’a ressuscité d’entre les morts le troisième jour ; et il a été vu durant plusieurs jours par ceux

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 28 ; Marc, 16 ; Luc, 24 ; Jean, 20.

qui étaient venus avec lui de Galilée à Jérusalem, qui lui rendent encore aujourd’hui témoignage devant le peuple.

Ainsi nous vous annonçons l’accomplissement de la promesse qui a été faite a nos pères ;

Dieu nous en ayant fait voir l’effet, à nous qui sommes leurs enfants, en ressuscitant Jésus ; selon qu’il est écrit dans le second psaume : Vous êtes mon Fils ; je vous ai engendré aujourd’hui.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Psaumes, 2, 7.

Et pour montrer qu’il l’a ressuscité d’entre les morts pour ne plus retourner dans la corruption du tombeau, il dit : J’accomplirai fidèlement les promesses que j’ai faites à David.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Isaïe, 55, 3.

Et il dit encore en un autre endroit : Vous ne permettrez pas que votre Saint éprouve la corruption.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Psaumes, 15, 10. ― Voie la corruption. Comparer à Actes des Apôtres, 2, 27.

Car pour David, après avoir servi en son temps aux desseins de Dieu, il s’est endormi, et a été mis avec ses pères, et il a éprouvé la corruption.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 1 Rois, 2, 10.

Mais celui que Dieu a ressuscité d’entre les morts, n’a point éprouvé la corruption.

Sachez donc, mes frères, que c’est par lui que la rémission des péchés vous est annoncée,

et que quiconque croit en lui, est justifié par lui de toutes les choses dont vous n’avez pu être justifiés par la loi de Moïse.

Prenez donc garde qu’il ne vous arrive ce qui est prédit par les prophètes :

Voyez, vous qui méprisez ma parole, soyez dans l’étonnement, et tremblez de frayeur : car je ferai une œuvre en vos jours, une œuvre que vous ne croirez pas, lors même qu’on vous l’annoncera.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Habacuc, 1, 5.

Lorsqu’ils sortaient de la synagogue, on les pria de parler encore du même sujet au sabbat suivant.

Et quand l’assemblée fut séparée, plusieurs des Juifs et des prosélytes craignant Dieu, suivirent Paul et Barnabé, qui les exhortaient à persévérer dans la grâce de Dieu.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

De prosélytes, gentils convertis au judaïsme.

Le sabbat suivant, presque toute la ville s’assembla pour entendre la parole de Dieu.

Mais les Juifs voyant ce concours de peuple, furent remplis d’envie et de colère, et ils s’opposaient avec des paroles de blasphème, à ce que Paul disait.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

De jalousie : les Juifs s'imaginaient qu'eux seuls avaient droit au salut rapporté par le Messie. D'autres traduisent, d'une haine violente.

Alors Paul et Barnabé leur dirent hardiment : Vous étiez les premiers à qui il fallait annoncer la parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez, et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, nous nous en allons présentement vers les gentils.

Car le Seigneur nous l’a ainsi commandé, selon qu’il est écrit : Je vous ai établi pour être la lumière des gentils ; afin que vous soyez leur salut jusqu’aux extrémités de la terre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Isaïe, 49, 6.

Les gentils entendant ceci, se réjouirent, et ils glorifiaient la parole du Seigneur : et tous ceux qui avaient été prédestinés à la vie éternelle, embrassèrent la foi.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Préordonnés. Voir sur ce mot, Actes des Apôtres, 10, 41.

Ainsi la parole du Seigneur se répandait dans tout le pays.

Mais les Juifs ayant animé des femmes dévotes et de qualité, et les principaux de la ville, excitèrent une persécution contre Paul et Barnabé, et les chassèrent de leur pays.

Alors Paul et Barnabé ayant secoué contre eux la poussière de leurs pieds, vinrent à Icone.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 10, 14 ; Marc, 6, 11 ; Luc, 9, 5. ― Iconium, aujourd'hui Konyéh, ville importante de l'Asie Mineure, chef-lieu de la province de Lycaonie, dans une plaine fertile, au pied du mont Taurus, sur la grande ligne de communication entre Ephèse et les villes de Tarse et d'Antioche de Pisidie. Elle était avantageusement placée pour servir de centre aux missions de saint Paul dans ces parages ; aussi l'y reverrons-nous encore.

Cependant les disciples étaient remplis de joie et du Saint-Esprit.