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Jean 2

TROIS jours après, il se fit des noces à Cana en Galilée ; et la mère de Jésus y était.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Cana en Galilée est célèbre non seulement par le miracle de l’eau changée en vin, mais aussi par un autre miracle raconté dans Jean, 4, 46-54. C’est là qu’était né Nathanaël, voir Jean, 21, 2. ― « Aujourd’hui, la Cana évangélique s’appelle Kafr-Kenna, sur le chemin de Nazareth à Tibériade. Les chrétiens y ont une église bâtie des débris d’une autre plus magnifique, changée plus tard en mosquée et détruite aujourd’hui. On y [montre] deux des hydries dans lesquelles l’eau fut changée en vin. Elles sont en calcaire compact du pays et travaillées assez grossièrement. Elles n’ont absolument aucune sculpture. Voici leurs dimensions : la grande urne, de forme plus arrondie a 1 mètre 20 centimètres sur 80 centimètres ; la seconde, plus allongée, a 90 centimètres sur 75. Chacun des hydries contenait, dit l’évangéliste, deux ou trois métrètes, or cette mesure vaut près de 39 litres. La capacité des urnes de l’Evangile variait de 78 à 117 litres. Or la plus grande des urnes actuelles peut contenir 100 litres et la plus petite 60 litres. Il y a donc complète coïncidence. Elles ont été vues à la fin du VIe siècle par Antonin le Martyr. ― On montre encore à Kenna les ruines de la maison de l’un des douze Apôtres, Simon, [que plusieurs croient être l’époux des noces de Cana]. ― Saint Jérôme nous apprend qu’il y a deux Cana. L’une du côté de Sidon, et celle-ci il l’appelle la Grande ; l’autre, qu’il appelle la Petite. Aujourd’hui les Arabes appellent Kenna-el-Djalil la Cana voisine de la Phénicie. Or, el-Djalil en arabe signifie la Grande. Cet accord du nom moderne avec le texte de saint Jérôme tranche la question. » (J.-H. MICHON.)

Jésus fut aussi convié aux noces avec ses disciples.

Et le vin venant à manquer, la mère de Jésus lui dit : Ils n’ont point de vin.

Jésus lui répondit : Femme, qu’y a-t-il de commun entre vous et moi ? Mon heure n’est pas encore venue.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Femme. Ce mot ne renfermait jamais chez les Hébreux une idée de mépris comme en français. Jésus attaché à la croix s’en sert, lorsqu’il recommande, de la manière la plus tendre, sa mère à son disciple bien-aimé. Les Romains et les Grecs donnaient le titre de femme à des princesses et à des reines, en leur adressant la parole. ― « Plusieurs traduisent, sur le latin : « Que nous importe à l’un et à l’autre ? » Mais la plupart entendent ces mots autrement : « Qu’avons-nous à faire ou à concerter ensemble ? Laissez-moi la liberté que demande mon ministère. » Ce second sens paraît mieux en harmonie avec l’acception de ces mots dans la Bible et avec l’esprit du quatrième évangile. Puisque saint Jean écrit pour prouver que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, il doit plutôt relever en lui un sentiment qui implique la conscience de sa divinité qu’un autre, où l’on verrait seulement un indice de sa nature humaine. « Un miracle, semble-t-il dire à sa Mère, est une œuvre toute divine : la chair et le sang n’y doivent avoir aucune part. C’est comme homme que je suis votre fils ; c’est comme Dieu que je dois agir en ce moment. » En parlant ainsi, Notre-Seigneur ne fait que répéter ce qu’il a déjà dit, en sortant du temple : que la volonté de son Père était la seule règle qu’il eût à suivre dans l’exercice de son ministère. Du reste, il n’y a dans ces paroles aucun reproche ni aucun blâme pour Marie, qui partage les sentiments de son Fils et qui entre dans sa pensée ; mais pour ceux qui l’entendaient, pour les Apôtres surtout, il y a une instruction importante : c’est que le Sauveur n’est pas avec sa Mère dans les mêmes rapports qu’un enfant ordinaire ; c’est que, dans l’exercice de leur ministère, les ministres de Dieu ne doivent avoir aucun égard aux inspirations de la chair et du sang. ― Quant au mot : « Femme, » c’est en hébreu comme en grec une appellation respectueuse, qui n’a rien de dur ni de dédaigneux. Sans exclure la tendresse filiale, elle réserve au Sauveur l’indépendance que son œuvre réclame. Il n’en emploiera pas d’autre quand il cherchera à consoler sa Mère au Calvaire, ni lorsqu’il se révélera à Madeleine, après sa résurrection. » (L. BACUEZ.)

Sa mère dit à ceux qui servaient : Faites tout ce qu’il vous dira.

Or il y avait là six grandes urnes de pierre, pour servir aux purifications qui étaient en usage parmi les Juifs, dont chacune tenait deux ou trois mesures.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Deux ou trois mesures, dans l’original, metretas. La metreta était la même chose que le bath, lequel avait une capacité de 38 litres 88. ― Pour la purification des Juifs, parce qu’ils se lavaient pour se purifier avant et après le repas.

Jésus leur dit : Emplissez les urnes d’eau. Et ils les remplirent jusqu’au haut.

Alors il leur dit : Puisez maintenant, et portez-en au maître d’hôtel. Et ils lui en portèrent.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le maître d’hôtel est appelé dans l’original architriclin, mot qu’on a francisé et qui vient d’archê, commandement et de triclinion, lit où l’on se couchait pour prendre ses repas. L’architriclin était l’intendant du festin, il était chargé de tout surveiller et de tout diriger.

Le maître d’hôtel ayant goûté cette eau qui avait été changée en vin, et ne sachant d’où venait ce vin, quoique les serviteurs qui avaient puisé l’eau le sussent bien, il appela l’époux,

et lui dit : Tout homme sert d’abord le bon vin, et après qu’on a beaucoup bu, il en sert alors de moindre ; mais pour vous, vous avez réservé le bon vin jusqu’à cette heure.

Ce fut là le premier des miracles de Jésus, qui fut fait à Cana en Galilée ; et par là il fit éclater sa gloire, et ses disciples crurent en lui.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Cela signifie que Jésus ne fit pas de miracles dans sa jeunesse (saint Chrysostome).

Après cela il alla à Capharnaüm, avec sa mère, ses frères et ses disciples ; mais ils n’y demeurèrent pas longtemps :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ses frères ; c’est-à-dire ses parents (saint Augustin). Voir Matthieu, 12, 46. ― A Capharnaüm. Voir Matthieu, 4, 13.

car la pâque des Juifs étant proche, Jésus s’en alla à Jérusalem.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La Pâque des Juifs. Voir Matthieu, 26, 2. C’est la première Pâque du ministère public de Jésus.

Et ayant trouvé dans le temple des gens qui vendaient des bœufs, des moutons et des colombes, comme aussi des changeurs qui étaient assis à leurs bureaux,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Et il trouva dans le temple, etc. Voir Matthieu, 21, 12.

il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du temple, avec les moutons et les bœufs ; et il jeta par terre l’argent des changeurs, et renversa leurs bureaux ;

et il dit à ceux qui vendaient des colombes : Ôtez tout cela d’ici, et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic

Alors ses disciples se souvinrent qu’il est écrit : Le zèle de votre maison me dévore.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Psaumes, 68, 10.

Les Juifs donc prenant la parole, lui dirent : Par quel miracle nous montrez-vous que vous avez droit de faire de telles choses ?

Jésus leur répondit : Détruisez ce temple, et je le rétablirai en trois jours.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 26, 61 ; Marc, 14, 58 ; 15, 29. ― Le Sauveur répond aux Juifs d’une manière énigmatique, parce qu’il connaît leur incrédulité et la malice de leur cœur. ― Voilà le signe que donne le Christ : sa victoire sur la mort (saint Chrysostome). ― Ce temple, en grec naos. Voir Matthieu, note 21.12 et 27, 40.

Les Juifs lui répartirent : Ce temple a été quarante-six ans à bâtir, et vous le rétablirez en trois jours !

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

On a mis quarante-six ans. Hérode-le-Grand fit rebâtir et embellir le temple de Jérusalem, vers l’an 20 avant Jésus-Christ. Le temple proprement dit fut achevé en un an et demi et les bâtiments accessoires en huit ans, mais la décoration n’en fut achevée que l’an 64 de notre ère, c’est-à-dire plusieurs années après la mort de Jésus-Christ. Les Juifs disent à Notre-Seigneur qu’il y a 46 ans qu’on travaille au temple, sans prétendre par là que tout est terminé.

Mais il entendait parler du temple de son corps.

Après donc qu’il fut ressuscité d’entre les morts, ses disciples se ressouvinrent qu’il leur avait dit cela, et ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Psaumes, 3, 6 ; 56, 9.

Pendant qu’il était dans Jérusalem, à la fête de Pâque, plusieurs crurent en son nom, voyant les miracles qu’il faisait.

Mais Jésus ne se fiait point à eux, parce qu’il les connaissait tous,

et qu’il n’avait pas besoin que personne lui rendît témoignage d’aucun homme : car il connaissait par lui-même ce qu’il y avait dans l’homme.