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Jean 19

PILATE prit donc alors Jésus, et le fit fouetter.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 27, 26 ; Marc, 15, 15.

Et les soldats ayant fait une couronne d’épines entrelacées, la lui mirent sur la tête, et le revêtirent d’un manteau d’écarlate.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Une couronne d’épines, un vêtement de pourpre. Voir Matthieu, 27, 28-29.

Puis ils venaient lui dire : Salut au Roi des Juifs ! Et ils lui donnaient des soufflets.

Pilate sortit donc encore une fois hors du palais, et dit aux Juifs : Voici que je vous l’amène dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun crime.

Jésus sortit donc, portant une couronne d’épines et un manteau d’écarlate ; et Pilate leur dit : Voici l’homme !

Les princes des prêtres et leurs gens l’ayant vu, se mirent à crier, en disant : Crucifiez-le ! crucifiez-le ! Pilate leur dit : Prenez-le vous-mêmes, et le crucifiez : car pour moi, je ne trouve en lui aucun crime.

Les Juifs lui répondirent : Nous avons une loi, et selon notre loi il doit mourir ; parce qu’il s’est fait Fils de Dieu.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Lévitique, 24, 14-16.

Pilate ayant donc entendu ces paroles, craignit encore davantage ;

et étant rentré dans le prétoire, il dit à Jésus : D’où êtes-vous ? Mais Jésus ne lui fit aucune réponse.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dans le prétoire. Voir Matthieu, 27, 27.

Alors Pilate lui dit : Vous ne me parlez point ? Ne savez-vous pas que j’ai le pouvoir de vous faire attacher à une croix, et que j’ai le pouvoir de vous délivrer ?

Jésus lui répondit : Vous n’auriez aucun pouvoir sur moi, s’il ne vous avait été donné d’en haut. C’est pourquoi celui qui m’a livré à vous, est coupable d’un plus grand péché.

Depuis cela Pilate cherchait un moyen de le délivrer. Mais les Juifs criaient : Si vous délivrez cet homme, vous n’êtes point ami de César : car quiconque se fait roi, se déclare contre César.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

De César, de Tibère. Voir Luc, 3, 1.

Pilate ayant entendu ce discours, mena Jésus hors du prétoire, et s’assit dans son tribunal, au lieu appelé en grec, Lithostrotos, et en hébreu, Gabbatha.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Lithostrotos vient de deux mots grecs qui signifient pavé avec des pierres ; il s’emploie surtout pour désigner un pavé en mosaïque. Josèphe nous apprend que la colline du temple était pavée en mosaïque du côté où était le prétoire. Le mot hébreu ou araméen Gabbatha désigne le même lieu que Lithostrotos, mais il n’a pas la même signification ; il a le sens de lieu élevé, estrade. Le siège de Pilate, qui lui servait pour juger les causes déférées à son tribunal, fut porté en cet endroit.

C’était le jour de la préparation de la pâque, et il était environ la sixième heure ; et il dit aux Juifs : Voilà votre Roi !

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La préparation de la pâque ; c’est-à-dire la veille de pâque, le vendredi. ― La sixième heure, c’est-à-dire midi.

Mais ils se mirent à crier : Ôtez-le, ôtez-le du monde ! crucifiez-le ! Pilate leur dit : Crucifierai-je votre Roi ? Les princes des prêtres lui répondirent : Nous n’avons point d’autre roi que César.

Alors donc il le leur abandonna pour être crucifié. Ainsi ils prirent Jésus, et l’emmenèrent.

Et portant sa croix, il vint au lieu appelé le Calvaire, qui se nomme en hébreu, Golgotha ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 27, 33 ; Marc, 15, 22 ; Luc, 23, 33. ― Calvaire, Golgotha. Voir Matthieu, note 27.33 ― Sur la croix, voir Matthieu, 27, 32.

où ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, l’un d’un côté, l’autre de l’autre, et Jésus au milieu.

Pilate fit aussi une inscription, qu’il fit mettre au haut de la croix, où étaient écrits ces mots : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Jésus de Nazareth. « Saint Jean est le seul qui [mentionne le mot Nazaréen ou de Nazareth dans le titre de la croix], afin de compléter ce que les autres avaient dit ; et, par une circonstance singulière, c’est presque l’unique mot que nous ait conservé la relique du titre [de l’Eglise Sainte-Croix de Jérusalem à Rome ; voir Matthieu, 27, 37], comme pour confirmer le texte de saint Jean, le seul qui n’ait pas quitté Notre-Seigneur un instant pendant sa passion. Il a vu et rapporté littéralement ce dont les autres ont donné l’esprit. » (ROHAULT DE FLEURY.)

Beaucoup de Juifs lurent cette inscription, parce que le lieu où Jésus avait été crucifié était proche de la ville ; et cette inscription était en hébreu, en grec et en latin.

Les princes des prêtres dirent donc à Pilate : Ne mettez pas, Roi des Juifs : mais qu’il s’est dit Roi des Juifs.

Pilate leur répondit : Ce qui est écrit, est écrit.

Les soldats ayant crucifié Jésus, prirent ses vêtements et les divisèrent en quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; et comme elle était sans couture, et d’un seul tissu depuis le haut jusqu’en bas,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 27, 35 ; Marc, 15, 24 ; Luc, 23, 34. ― Après l’avoir crucifié. Voir Matthieu, note, 27.35 ― Or la tunique était sans couture. « La tunique était le principal vêtement de dessous ; elle se rapproche fort par son usage de la chemise et par sa forme de la blouse moderne. [La tradition rapporte que Charlemagne reçut la sainte Tunique en présent de l’impératrice de Constantinople Irène et qu’il la déposa à Argenteuil. Elle a été divisée au moment de la Révolution]. Le tissu est en poil de chameaux assez lâche et ressemble à du canevas dont les fils seraient très tors. Elle est tissée depuis le haut dans toute son étendue, sans couture, et faite à l’aiguille sur le plus simple des métiers tel qu’une tablette recevant sur ses deux faces la chaîne et la trame. C’était un vêtement descendant jusqu’au-dessous des genoux, près des pieds, avec deux manches qui ne pouvaient couvrir les bras qu’à moitié. Elle avait 1 m. 45 de hauteur et 1 m. 15 de largeur. » (ROHAULT DE FLEURY.)

ils dirent entre eux. Ne la coupons point, mais jetons au sort à qui l’aura : afin que cette parole de l’Écriture fût accomplie : Ils ont partagé entre eux mes vêtements, et ils ont jeté ma robe au sort. Voilà ce que firent les soldats.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Psaumes, 21, 19.

Cependant la mère de Jésus, et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie-Magdeleine, se tenaient auprès de sa croix.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Marie, femme de Cléophas. Voir Matthieu, 27, 56. ― Marie-Madeleine, voir Matthieu, 27, 56.

Jésus ayant donc vu sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : Femme, voilà votre fils.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le disciple qu’il aimait, saint Jean l’Evangéliste.

Puis il dit au disciple : Voilà votre mère. Et depuis cette heure-là, ce disciple la prit chez lui.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le disciple saint Jean la prit avec lui dans sa maison, comme le signifie le texte original.

Après cela Jésus sachant que toutes choses étaient accomplies ; afin qu’une parole de l’Écriture s’accomplît encore, il dit : J’ai soif.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Psaumes, 68, 22.

Et comme il y avait là un vase plein de vinaigre, les soldats en emplirent une éponge, et l’environnant d’hysope, la lui présentèrent à la bouche.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Entourant d’hysope. « Il existe, dit Benoît XIV, deux espèces d’hysope, l’une, plante parasite qui s’attache aux murs, l’autre qui croît dans les champs et s’élève jusqu’à deux mètres de hauteur. On ne sait pas si le suc de cette plante a été mêlé au vinaigre, ou si sa tige a servi de support pour approcher l’éponge, ou si ses rameaux flexibles ont composé un panier léger dans lequel se trouvait l’éponge ; enfin si de sa tige on a pu tirer un bâton qui n’avait pas besoin de plus de 60 à 65 centimètres de longueur pour atteindre la tête du Crucifié. »

Jésus ayant donc pris le vinaigre, dit : Tout est accompli. Et baissant la tête, il rendit l’esprit.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Jésus boit du vinaigre pour accomplir les prophéties de la passion. « Jésus avait tout prévu, et sachant les prophéties, il les accomplissait toutes avec connaissance. C’est ce qu’il fit jusqu’à la mort ; et c’est pourquoi, jusque sur la croix, voyant que tout s’accomplissait, et qu’il ne lui restait plus rien à accomplir durant sa vie que cette prophétie de David : Ils m’ont donné du fiel à boire, et, dans ma soif, ils m’ont abreuvé avec du vinaigre, il dit : J’ai soif. On lui présenta le breuvage qui lui avait été prédestiné ; il en goûta autant qu’il fallait pour accomplir la prophétie ; après il dit : Tout est accompli ; il n’y a plus qu’à rendre l’âme ; à l’instant il baissa la tête, et se mit volontairement en la posture d’un homme mourant, et il expira. Jésus donc savait ce qu’il voulait, qui était l’accomplissement des prophéties ; mais une vertu cachée exécutait tout le reste. Il se trouva précisément un vaisseau où il y avait du vinaigre [mêlé de fiel] ; il se trouva une éponge dans laquelle on lui pouvait présenter à la croix le vinaigre où on la trempa ; on l’attacha au bout d’une lance et on la lui mit sur la bouche. La haine implacable de ses ennemis, que le démon animait, mais que Dieu gouvernait secrètement, fit tout le préparatif nécessaire à l’accomplissement de la prophétie. » (BOSSUET.) ― Il rendit l’esprit. Voir Matthieu, 27, 50. ― Tout est consommé : « Les prophéties sont réalisées, les décrets éternels de mon Père sont exécutés, l’œuvre de la rédemption du monde est accomplie. Ce fut un vendredi que le premier homme fut créé, un vendredi que Jésus naquit, un vendredi qu’il expira et racheta l’humanité. » (CRAMPON, 1885)

Or, de peur que les corps ne demeurassent à la croix le jour du sabbat, parce que c’en était la veille et la préparation, et que ce jour du sabbat était une grande fête, les Juifs prièrent Pilate de leur faire rompre les jambes, et de les faire ôter de là.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La préparation. Voir le verset 14. ― Etait très solennel, à cause de la fête de pâque qui tomba cette année-là en ce même jour. ― Qu’on leur rompît les jambes. « Le brisement des os était le complément ou la fin du supplice. Chez les Romains, le brisement des os était en usage, peut-être comme un adoucissement à la peine, puisqu’il accélérait la mort. Mais pour Notre-Seigneur, les Juifs étaient devenus plus cruels que les Romains, et ce ne fut pas chez eux un motif d’humanité qui les fit agir, ce fut la crainte que les corps ne restassent exposés pendant la Pâque. » (ROHAULT DE FLEURY)

Il vint donc des soldats qui rompirent les jambes au premier, et de même à l’autre qu’on avait crucifié avec lui.

Puis étant venus à Jésus, et voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui rompirent point les jambes ;

mais un des soldats lui perça le côté avec une lance ; et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Un des soldats ouvrit son côté avec une lance. D’après une tradition consignée dans le martyrologe romain, au 15 mars, ce soldat s’appelait Longin et se convertit plus tard au christianisme. ― Avec une lance. « La lance, longue et légère, avec une tête large et plate servant à la fois de pique et de trait, avait une bride en cuir attachée au bois. » (RICH.)

Celui qui l’a vu, en rend témoignage (et son témoignage est véritable, et il sait qu’il dit vrai), afin que vous le croyiez aussi.

Car ces choses ont été faites afin que cette parole de l’Écriture fût accomplie : Vous ne briserez aucun de ses os.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Exode, 12, 46 ; Nombres, 9, 12.

Il est dit encore dans un autre endroit de l’Écriture : Ils verront celui qu’ils ont percé.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Zacharie, 12, 10.

Après cela Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret, parce qu’il craignait les Juifs, demanda à Pilate qu’il lui permît d’enlever le corps de Jésus ; et Pilate le lui ayant permis, il vint et enleva le corps de Jésus.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 27, 57 ; Marc, 15, 43 ; Luc, 23, 50. ― Joseph d’Arimathie. Voir Matthieu, note 27.57. ― Demanda… le corps de Jésus. Voir Matthieu, 27, 58.

Nicodème, qui était venu trouver Jésus la première fois durant la nuit, y vint aussi, avec environ cent livres d’une composition de myrrhe et d’aloès ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Jean, 3, 2. ― Nicodème. Voir Jean, 3, 1. ― Une composition de myrrhe et d’aloès d’environ cent livres. « La myrrhe et l’aloès, dont les sucs [sont] très amers, ont la propriété de préserver les corps de la putréfaction. Quatre ou cinq livres eussent suffi à la rigueur. Cette grande quantité d’aromates fait voir qu’il n’était pas seulement enduit, mais plongé dans les parfums pour accélérer l’opération, en évitant de toucher au corps. » (ROHAULT DE FLEURY.) Sur la myrrhe, voir Matthieu, 2, 11.

et ayant pris le corps de Jésus, ils l’enveloppèrent dans des linceuls avec des aromates, selon la manière d’ensevelir qui est en usage parmi les Juifs.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’enveloppèrent dans des linges dont un grand Linceul, le Saint Suaire, exposé à Turin ; précieuse relique conservée jusqu’à nos jours, et dont l’authenticité est désormais scientifiquement bien établie. « Les observations les plus scrupuleuses s’accordent à faire reconnaître jusqu’à deux et trois cent mètres superficiels de linges en lin sur une seule momie [égyptienne]. Un grand nombre de linges ont dû être employés à l’ensevelissement du Sauveur. La respectueuse prodigalité indiquée dans l’emploi des aromates prouve qu’on n’a pas dû épargner davantage les linges et les bandelettes, d’ailleurs nécessaires pour les maintenir. » (ROHAULT DE FLEURY.)

Or il y avait au lieu où il avait été crucifié un jardin, et dans ce jardin un sépulcre tout neuf, où personne n’avait encore été mis.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Un sépulcre neuf. Voir Matthieu, 27, 60-61.

Comme donc c’était le jour de la préparation du grand jour du sabbat des Juifs, et que ce sépulcre était proche, ils y mirent Jésus.