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Jean 18

JÉSUS ayant dit ces choses, s’en alla avec ses disciples au delà du torrent de Cédron, où il y avait un jardin, dans lequel il entra, lui et ses disciples.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 2 Rois, 15, 23 ; Matthieu, 26, 36 ; Marc, 14, 32 ; Luc, 22, 39. ― Un jardin. Gethsémani. Voir Matthieu, note 26.36. ― Au-delà du torrent de Cédron. Pour aller de Jérusalem au jardin de Gethsémani, il faut nécessairement franchir le Cédron, auprès et au-delà duquel le jardin est situé, à l’est, au bas du mont des Oliviers. Le mot Cédron signifie noir. Le torrent coule dans une gorge profonde à l’époque des pluies de l’hiver. Il recueille les eaux des trois vallées situées au nord et au nord-ouest de Jérusalem. En dehors des temps d’orage ou de pluie, il est à sec. Les eaux ne coulent guère qu’une journée ou une demi-journée, mais elles sont quelquefois très abondantes et roulent avec elles des pierres, des racines et des troncs d’arbres. Le lit du Cédron est parsemé de silex-agathes tombés des hauteurs du mont des Oliviers. Certaines années, les graviers et les terres charriés par les eaux sont suffisants pour qu’on puisse ensemencer le fond du torrent. Comme la gorge aux pieds du Temple est très encaissée et que sa pente est très considérable, elle forme en quelques endroits un fossé très profond et rend la ville inexpugnable de ce côté. La vallée du Cédron porte aussi le nom de vallée de Josaphat.

Judas qui le trahissait, connaissait aussi ce lieu-là ; parce que Jésus y avait souvent été avec ses disciples.

Judas ayant donc pris avec lui une compagnie de soldats, et des gens envoyés par les princes des prêtres et par les pharisiens, il vint en ce lieu avec des lanternes, des flambeaux et des armes.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 26, 47 ; Marc, 14, 43 ; Luc, 22, 47. ― La cohorte romaine était composée de six cent vingt-cinq hommes. ― Le procurateur romain conduisait tous les ans à Jérusalem une cohorte à l’époque de la fête de Pâque pour maintenir l’ordre au milieu de la multitude qu’attirait cette solennité. Les soldats romains étaient logés dans la forteresse Antonia au nord-ouest du temple.

Mais Jésus, qui savait tout ce qui devait lui arriver, vint au-devant d’eux, et leur dit : Qui cherchez-vous ?

Ils lui répondirent : Jésus de Nazareth. Jésus leur dit : C’est moi. Or Judas qui le trahissait, était aussi là présent avec eux.

Lors donc que Jésus leur eut dit, C’est moi ; ils reculèrent, et tombèrent par terre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Par terre. « Avant que l’Agneau de Dieu se livre aux loups, sa voix laisse deviner qu’il est aussi le lion de la tribu de Juda (voir Apocalypse, 5, 5). » (saint Augustin).

Il leur demanda encore une fois : Qui cherchez-vous ? Et ils lui dirent : Jésus de Nazareth.

Jésus leur répondit : Je vous ai dit que c’est moi. Si c’est donc moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci.

Afin que cette parole qu’il avait dite, fût accomplie : Je n’ai perdu aucun de ceux que vous m’avez donnés.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Jean, 17, 12.

Alors Simon-Pierre qui avait une épée, la tira, en frappa un des gens du grand prêtre, et lui coupa l’oreille droite ; et cet homme s’appelait Malchus.

Mais Jésus dit à Pierre : Remettez votre épée dans le fourreau ; ne faut-il pas que je boive le calice que mon Père m’a donné ?

Les soldats et leur capitaine, avec les gens envoyés par les Juifs, prirent donc Jésus, et le lièrent ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le tribun était le chef de la cohorte.

et ils l’amenèrent premièrement chez Anne, parce qu’il était beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Luc, 3, 2. ― Anne. Voir Luc, note 3.2. ― Caïphe, voir Matthieu, 26, 3. ― Ils l’emmenèrent d’abord chez Anne. Saint Jean, qui est plus circonstancié sur cette partie de la passion que les autres évangélistes, nous apprend que Jésus fut conduit chez Anne avant d’être conduit chez Caïphe. La maison d’Anne, d’après la tradition, était sur le mon Sion, tout près et au nord-est de celle de Caïphe (voir Matthieu, 26, 57), à l’est du grand couvent des Arméniens et à peu de distance de la porte de Sion. Sur son emplacement s’élève aujourd’hui l’église du couvent des sœurs de charité arméniennes, appelé Deir Zéitoun. L’église se compose de deux oratoires séparés, mais communiquant ensemble. Dans l’un est une citerne à fleur de terre dont l’eau est fort bonne. Dans l’autre on montre aux pèlerins une chapelle latérale placée à gauche en entrant, où l’on suppose qu’eut lieu l’interrogatoire de Notre-Seigneur et où il fut souffleté. Hors de l’église, dans une petite cour située au nord, on voit plusieurs petits oliviers qu’on considère comme les rejetons d’un grand arbre auquel le Sauveur aurait été attaché pendant que les Juifs délibéraient sur son sort.

Et Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs : qu’il était avantageux qu’un seul homme mourût pour tout le peuple.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Jean, 11, 49-50.

Cependant Simon-Pierre suivit Jésus, comme aussi un autre disciple qui, étant connu du grand prêtre, entra avec Jésus dans la cour de la maison du grand prêtre ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’autre disciple, saint Jean l’évangéliste.

mais Pierre demeura dehors à la porte. Alors cet autre disciple qui était connu du grand prêtre, sortit, et parla à la portière, qui fit entrer Pierre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 26, 58 ; Marc, 14, 54 ; Luc, 22, 55.

Cette servante qui gardait la porte, dit donc à Pierre : N’êtes-vous pas aussi des disciples de cet homme ? Il lui répondit : Je n’en suis point.

Les serviteurs et les gens qui avaient pris Jésus, étaient auprès du feu, où ils se chauffaient, parce qu’il faisait froid ; et Pierre était aussi avec eux, et se chauffait.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Auprès du feu. Voir Marc, 14, 54.

Cependant le grand prêtre interrogea Jésus touchant ses disciples et touchant sa doctrine.

Jésus lui répondit : J’ai parlé publiquement à tout le monde ; j’ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple, où tous les Juifs s’assemblent ; et je n’ai rien dit en secret.

Pourquoi donc m’interrogez-vous ? Interrogez ceux qui m’ont entendu, pour savoir ce que je leur ai dit. Ce sont ceux-là qui savent ce que j’ai enseigné.

Comme il eut dit cela, un des officiers qui était là présent, donna un soufflet à Jésus, en lui disant : Est-ce ainsi que vous répondez au grand prêtre ?

Jésus lui répondit : Si j’ai mal parlé, faites voir le mal que j’ai dit ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappez-vous ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Me frappes-tu ? Littéralement me déchires-tu ? Comparer à Matthieu, 21, 35.

Anne l’envoya donc alors lié à Caïphe, le grand prêtre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 26, 57 ; Marc, 14, 53 ; Luc, 22, 54.

Cependant Simon-Pierre était debout près du feu, et se chauffait. Quelques-uns donc lui dirent : N’êtes-vous pas aussi de ses disciples. Il le nia, en disant : Je n’en suis point.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 26, 69 ; Marc, 14, 67 ; Luc, 22, 56.

Alors un des gens du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, lui dit : Ne vous ai-je pas vu dans le jardin avec cet homme ?

Pierre le nia encore une fois ; et le coq chanta aussitôt.

Ils menèrent donc ensuite Jésus de chez Caïphe au prétoire. C’était le matin ; et pour eux, ils n’entrèrent point dans le prétoire, afin de ne se pas souiller, et de pouvoir manger la pâque.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 27, 2 ; Marc, 15, 1 ; Luc, 23, 1 ; Actes des Apôtres, 10, 28 ; 11, 3. ― Les Juifs croyaient qu’en entrant dans la maison d’un païen, ils contractaient une souillure légale qui les empêchaient de prendre part aux cérémonies de la religion, au moins jusqu’au soir du même jour. ― Dans le prétoire. Voir Matthieu, 27, 27.

Pilate vint donc les trouver dehors, et leur dit : Quel est le crime dont vous accusez cet homme ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Pilate. Voir Matthieu, 27, 2.

Ils lui répondirent : Si ce n’était point un méchant, nous ne vous l’aurions pas livré entre les mains.

Pilate leur dit : Prenez-le vous-mêmes, et le jugez selon votre loi. Mais les Juifs lui répondirent, Il ne nous est pas permis de faire mourir personne :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les Romains avaient ôté aux Juifs le pouvoir de vie et de mort, et se l’étaient réservé.

afin que ce que Jésus avait dit, lorsqu’il avait marqué de quelle mort il devait mourir, fût accompli.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 20, 19.

Pilate étant donc rentré dans le palais, et ayant fait venir Jésus, lui dit : Êtes-vous le Roi des Juifs ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 27, 11 ; Marc, 15, 2 ; Luc, 23, 3.

Jésus lui répondit : Dites-vous cela de vous-même, ou si d’autres vous l’ont dit de moi ?

Pilate lui répliqua : Est-ce que je suis Juif ? Ceux de votre nation et les princes des prêtres vous ont livré entre mes mains : qu’avez-vous fait ?

Jésus lui répondit : Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour m’empêcher de tomber entre les mains des Juifs ; mais mon royaume n’est point d’ici.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Je l’assure ; sens de la particule (nunc autem regnum meum non est hinc), traduite généralement par maintenant, et qui est ici, comme en bien d’autres passages analogues, purement enclitique. Certains l’ont rendue par maintenant, pour le moment… (Comparer à Jean, 19, 21). Jésus-Christ était vraiment roi ; mais il n’avait pas reçu son pouvoir des hommes : « C’est pourquoi, remarque saint Augustin, il ne dit pas ici : Mon royaume n’est pas en ce monde, mais n’est pas de ce monde ; » idée que rend parfaitement saint Chrysostome quand il dit : « Il s’exprime ainsi, parce qu’il ne tient pas de royaume, comme le tiennent ici-bas les rois de la terre, et qu’il a reçu d’en haut sa principauté qui n’est pas humaine, mais qui est bien plus grande et plus illustre. » Voir Luc, note 17.21. Le royaume de Dieu est au dedans de vous…

Pilate lui dit alors : Vous êtes donc Roi ? Jésus lui repartit : Vous le dites ; je suis Roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité, écoute ma voix.

Pilate lui dit : Qu’est-ce que la vérité ? Et ayant dit ces mots, il sortit encore pour aller vers les Juifs, et leur dit : Je ne trouve aucun crime en cet homme.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

De mort. Comparer à Luc, 23, 22.

Mais comme c’est la coutume que je vous délivre un criminel à la fête de Pâque, voulez-vous que je vous délivre le Roi des Juifs ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Matthieu, 27, 15 ; Marc, 15, 6 ; Luc, 23, 17.

Alors ils se mirent de nouveau à crier tous ensemble : Nous ne voulons point celui-ci, mais Barabbas. Or Barabbas était un voleur.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Barabbas. Voir Matthieu, 27,16.