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Jean 14
QUE votre cœur ne se trouble point. Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi.
Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. Si cela n’était, je vous l’aurais dit : car je m’en vais vous préparer le lieu ;
et après que je m’en serai allé, et que je vous aurai préparé le lieu, je reviendrai, et vous retirerai à moi, afin que là où je serai, vous y soyez aussi.
Vous savez bien où je vais, et vous en savez la voie.
Thomas lui dit : Seigneur ! nous ne savons où vous allez ; et comment pouvons-nous en savoir la voie ?
Jésus lui dit : Je suis la voie, la vérité et la vie : personne ne vient au Père que par moi.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
« Comment Notre-Seigneur est-il la voie, la vérité et la vie ? ― Etant homme et Dieu tout ensemble, Notre-Seigneur est à la fois médiateur et fin. Il possède tout ce qui nous manque, la gloire comme la grâce ; mais son office propre est de nous mettre en possession de tous les biens. Ainsi il est : 1° La voie ; puisqu’il nous offre le moyen de parvenir au ciel, soit en nous dirigeant par sa doctrine et ses exemples, soit en nous attirant par sa grâce, soit en nous y introduisant par ses mérites. 2° La vérité. Vérité absolue comme Verbe, il est devenu pour nous, comme Verbe incarné, la vérité révélée, la lumière de la foi. C’est lui seul qui connaît le Père, qui le fait connaître et qui peut mener à lui. 3° La vie. Vie essentielle et infinie, comme Dieu, il est notre vie surnaturelle, comme Homme-Dieu ; car il possède en son humanité la plénitude de la vie divine, et son but en venant parmi nous est de nous y associer, par sa grâce d’abord et par la gloire ensuite. Tous les biens sont donc réunis en sa personne et il n’y a rien à chercher hors de lui. Quand on le possède, on échappe à tous les périls, aux précipices, aux ténèbres, à la mort. Qu’on juge quelle grâce c’est de le bien connaître et pourquoi l’Apôtre ne voulait pas d’autre science. » (L. BACUEZ.)
Si vous m’aviez connu, vous auriez aussi connu mon Père ; et vous le connaîtrez bientôt, et vous l’avez déjà vu.
Philippe lui dit : Seigneur ! montrez-nous votre Père, et il nous suffit.
Jésus lui répondit : Il y a si longtemps que je suis avec vous, et vous ne me connaissez pas encore ? Philippe, celui qui me voit, voit aussi mon Père. Comment donc dites-vous : Montrez-nous votre Père ?
Ne croyez-vous pas que je suis dans mon Père, et que mon Père est en moi ? Ce que je vous dis, je ne vous le dis pas de moi-même ; mais mon Père qui demeure en moi, fait lui-même les œuvres que je fais.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les œuvres ; que vous me voyez faire, et que vous admirez. Ainsi c’est mon Père qui parle et qui agit en moi.
Ne croyez-vous pas que je suis dans mon Père, et que mon Père est en moi ? Croyez-le au moins à cause des œuvres que je fais.
En vérité, en vérité je vous le dis : celui qui croit en moi, fera lui-même les œuvres que je fais, et en fera encore de plus grandes ; parce que je m’en vais à mon Père.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
« Des œuvres plus grandes : a. Notre-Seigneur ne sortit pas de la Palestine : les Apôtres évangéliseront le monde et étendront par toute la terre la doctrine de Jésus-Christ ; b. Les miracles de Jésus rendant la vue aux aveugles, ressuscitant les morts, etc., n’étaient que la figure des œuvres plus excellentes que devaient faire les Apôtres en administrant les sacrements, dans lesquels, non [seulement] le corps, mais l’âme est éclairée, guérie, etc. ― Parce que : Jésus donnera du haut du Ciel ce pouvoir à ses Apôtres. » (CRAMPON, 1885)
Et tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, je le ferai ; afin que le Père soit glorifié dans le Fils.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 7, 7 ; 21, 22 ; Marc, 11, 24 ; Jean, 16, 23.
Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai.
Si vous m’aimez, gardez mes commandements ;
et je prierai mon Père, et il vous donnera un autre Consolateur, afin qu’il demeure éternellement avec vous :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Paraclet ; c’est-à-dire avocat, comme l’explique la Vulgate elle-même dans 1 Jean, 2, 1. ― Eternellement avec vous. Ce qui prouve que l’Esprit-Saint a été promis non seulement aux apôtres, mais encore à leur successeurs dans la suite des générations.
l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit point, et qu’il ne le connaît point. Mais pour vous, vous le connaîtrez ; parce qu’il demeurera avec vous, et qu’il sera en vous.
Je ne vous laisserai point orphelins : je viendrai à vous.
Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus. Mais pour vous, vous me verrez ; parce que je vivrai, et que vous vivrez aussi.
En ce jour-là vous connaîtrez que je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous.
Celui qui a mes commandements, et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime. Or celui qui m’aime, sera aimé de mon Père ; et je l’aimerai aussi, et je me découvrirai moi-même à lui.
Judas, non pas l’Iscariote, lui dit : Seigneur ! d’où vient que vous vous découvrirez vous-même à nous, et non pas au monde ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Judas, non pas l’Iscariote. Ce Judas, frère de Jacques, est communément appelé Jude, précisément pour qu’on ne le confonde pas avec Judas l’Iscariote.
Jésus lui répondit : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure.
Celui qui ne m’aime point, ne garde point mes paroles ; et la parole que vous avez entendue, n’est point ma parole, mais celle de mon Père qui m’a envoyé.
Je vous ai dit ceci, demeurant encore avec vous.
Mais le Consolateur, qui est le Saint-Esprit, que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Mais le Paraclet. Voir au verset 16.
Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble point, et qu’il ne soit point saisi de frayeur.
Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens à vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je m’en vais à mon Père ; parce que mon Père est plus grand que moi.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Mon Père est plus grand que moi. Jésus-Christ, en tant qu’homme, est inférieur à son Père ; mais il lui est égal en tant que Dieu.
Et je vous le dis maintenant avant que cela arrive, afin que lorsqu’il sera arrivé, vous ayez une ferme croyance en moi.
Je ne vous parlerai plus guère : car le prince de ce monde va venir, quoiqu’il n’ait rien en moi qui lui appartienne :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Vient, pour exercer sa cruauté contre moi. ― Et il n’a, etc. Et il ne trouvera rien en moi qui lui appartienne.
mais afin que le monde connaisse que j’aime mon Père, et que je fais ce que mon Père m’a ordonné. Levez-vous, sortons d’ici.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Actes des Apôtres, 2, 23. ― Mais je veux bien m’abandonner à sa fureur et à sa rage, afin que le monde, etc. ― Levez-vous, sortons d’ici. « Cette expression : levez-vous, sortons d’ici, ferait croire, et cela très vraisemblablement, que le reste du discours de Jésus a été tenu en chemin depuis la maison où se fit la Cène jusqu’à Gethsémani. La distance est de plus d’un kilomètre, le chemin très abrupt. » (H.-J. MICHON.)
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les discours contenus dans les chapitres 14 à 17 comptent parmi les plus beaux morceaux de l’Evangile. « Il y a un sermon de la Cène qui me paraît contenir toute notre religion, dit La Harpe, où chaque parole est un oracle du ciel ; je ne l’ai jamais lu sans une émotion singulière, et que de fois je me suis dit ce que disait aux Pharisiens cet agent de la Synagogue, en s’excusant de n’avoir pas fait arrêter Jésus-Christ (voir Jean, 7, 46) : Que voulez-vous ? jamais homme n’a parlé comme cet Homme ! et c’est un juif qui disait cela. Quel terrible arrêt contre les chrétiens infidèles ! Il m’est impossible, à chaque verset de ce sermon, de ne pas entendre un Dieu, et j’en suis aussi sûr que si je l’avais entendu en personne. »