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Jean 11

IL y avait un homme malade, nommé Lazare, qui était du bourg de Béthanie, où demeuraient Marie, et Marthe, sa sœur.

Cette Marie était celle qui répandit sur le Seigneur une huile de parfum, et qui lui essuya les pieds avec ses cheveux ; et Lazare, qui était alors malade, était son frère.

Commentaire (versets 1 à 2) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 1 à 2 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Béthanie, voir Matthieu, 21, 17. ― Marie Madeleine, voir Matthieu, 27, 56. ― Marthe, voir Luc, 10, 38. L’Evangéliste suppose connus de ses lecteurs les détails donnés par saint Matthieu et saint Luc sur cette famille aimée du Seigneur. Voir les concordances. Voir Matthieu, 26, 7 ; Luc, 7, 37 ; Jean, 12, 3.

Ses sœurs envoyèrent donc dire à Jésus : Seigneur ! celui que vous aimez est malade.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

« Souvent, on dit à Jésus dans son Evangile : venez Seigneur, et guérissez ; imposez vos mains, touchez le malade, ici on dit simplement : Celui que vous aimez est malade. Jésus entend la voix du besoin d’autant plus que cette manière de le prier a quelque chose, non seulement de plus respectueux et de plus soumis, mais encore de plus tendre. Qu’elle est aimable cette prière ! Pratiquons-la, principalement pour les maladies de l’âme. » (BOSSUET.)

Ce que Jésus ayant entendu, il dit : Cette maladie ne va point à la mort ; mais elle n’est que pour la gloire de Dieu, et afin que le Fils de Dieu en soit glorifié.

Or Jésus aimait Marthe, et Marie, sa sœur, et Lazare.

Ayant donc entendu dire qu’il était malade, il demeura encore deux jours au lieu où il était ;

et il dit ensuite à ses disciples : Retournons en Judée.

Ses disciples lui dirent : Maître ! il n’y a qu’un moment que les Juifs voulaient vous lapider, et vous parlez déjà de retourner parmi eux ?

Jésus leur répondit : N’y a-t-il pas douze heures au jour ? Celui qui marche durant le jour, ne se heurte point, parce qu’il voit la lumière de ce monde ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

N’y a-t-il pas douze heures dans le jour ? Les Juifs partageaient le jour de différentes manières.

mais celui qui marche la nuit, se heurte, parce qu’il n’a point de lumière.

Il leur parla de la sorte, et ensuite il leur dit : Notre ami Lazare dort ; mais je m’en vais le réveiller.

Ses disciples lui répondirent : Seigneur ! s’il dort, il sera guéri.

Mais Jésus entendait parler de sa mort ; au lieu qu’ils crurent qu’il leur parlait du sommeil ordinaire.

Jésus leur dit donc alors clairement : Lazare est mort ;

et je me réjouis pour vous de ce que je n’étais pas là, afin que vous croyiez. Mais allons à lui.

Sur quoi Thomas, appelé Didyme, dit aux autres disciples : Allons aussi nous autres, afin de mourir avec lui.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Didyme signifie en grec jumeau. Thomas a en hébreu le même sens. Une tradition dit qu’il avait une sœur jumelle appelée Lydie.

Jésus étant arrivé, trouva qu’il y avait déjà quatre jours que Lazare était dans le tombeau.

Et comme Béthanie n’était éloignée de Jérusalem que d’environ quinze stades,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

A environ quinze stades, un peu moins de trois kilomètres.

il y avait quantité de Juifs qui étaient venus voir Marthe et Marie, pour les consoler de la mort de leur frère.

Marthe ayant donc appris que Jésus venait, alla au-devant de lui, et Marie demeura dans la maison.

Alors Marthe dit à Jésus : Seigneur ! si vous eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort :

mais je sais que présentement même Dieu vous accordera tout ce que vous lui demanderez.

Jésus lui répondit : Votre frère ressuscitera.

Marthe lui dit : Je sais qu’il ressuscitera en la résurrection qui se fera au dernier jour.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Luc, 14, 14 ; Jean, 5, 21 (?).

Jésus lui repartit : Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, quand il serait mort, vivra.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Jean, 6, 40. ― C’est moi qui suis, etc. ; c’est-à-dire c’est moi qui ressuscite et qui vivifie. Pour donner plus d’énergie au discours, les Hébreux employaient souvent les noms abstraits pour les noms concrets.

Et quiconque vit et croit en moi, ne mourra point à jamais. Croyez-vous cela ?

Elle lui répondit : Oui, Seigneur ! je crois que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant, qui êtes venu dans ce monde.

Lorsqu’elle eut ainsi parlé, elle s’en alla, et appela secrètement Marie, sa sœur, en lui disant : Le Maître est venu, et il vous demande.

Ce qu’elle n’eut pas plutôt entendu, qu’elle se leva, et vint le trouver.

Car Jésus n’était pas encore entré dans le bourg ; mais il était au même lieu où Marthe l’avait rencontré.

Cependant les Juifs qui étaient avec Marie dans la maison, et qui la consolaient, ayant vu qu’elle s’était levée si promptement, et qu’elle était sortie, la suivirent, en disant : Elle s’en va au sépulcre, pour y pleurer.

Lorsque Marie fut venue au lieu où était Jésus, l’ayant vu, elle se jeta à ses pieds, et lui dit : Seigneur ! si vous eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort.

Jésus voyant qu’elle pleurait, et que les Juifs qui étaient venus avec elle pleuraient aussi, frémit en son esprit, et se troubla lui-même ;

et il leur dit : Où l’avez-vous mis ? Ils lui répondirent : Seigneur ! venez et voyez.

Alors Jésus pleura.

Et les Juifs dirent entre eux : Voyez comme il l’aimait.

Mais il y en eut aussi quelques-uns qui dirent : Ne pouvait-il pas empêcher qu’il ne mourût, lui qui a ouvert les yeux à un aveugle-né ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Jean, 9, 6.

Jésus frémissant donc de nouveau en lui-même, vint au sépulcre (c’était une grotte, et on avait mis une pierre par-dessus).

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

C’était une grotte. « Le tombeau de saint Lazare fut vénéré dès les premiers temps du Christianisme. La petite porte du tombeau regarde le nord. L’entrée est obscure et difficile. [On y descend par] vingt-trois marches toutes usées. Le tombeau est une grotte souterraine pratiquée dans le rocher, mais ce rocher est dissous depuis longtemps, de sorte qu’on le prendrait facilement pour de la terre argileuse, excepté la partie avoisinant l’entrée où il a conservé toute sa dureté primitive. Ce changement est cause que nous trouvons aujourd’hui ce monument revêtu d’une maçonnerie dont la voûte est en ogive. [Il] se compose de deux chambres carrées, presque de même grandeur, d’à peu près trois mètres de long sur autant de large, et revêtues d’une maçonnerie assez grossière. La première est la chambre où se trouvait Notre-Seigneur quand il ressuscita Lazare. Du côté de l’est, on remarque une porte cintrée qui est murée depuis des siècles. Cette porte est précisément à l’entrée primitive du tombeau. Par une ouverture qui se trouve dans la paroi nord, on peut regarder dans le sépulcre proprement dit. De cette chambre on descend par un escalier bas et étroit de trois marches dans la chambre sépulcrale. La voûte en est légèrement ogivale. Quant à la couche funèbre de saint Lazare, nous ne savons plus si elle avait la forme de four à cercueil, d’auge ou de banc ; mais si l’on considère la forme carrée de la chambre, il paraît probable que cette couche était un banc surmonté d’un arceau. Cette chambre était disposée pour en contenir encore deux autres, ainsi qu’on en voit d’ailleurs en grand nombre, chacune des trois parois ayant son banc, tandis que celle où se trouve la porte d’entrée reste libre. » (LIEVIN DE HAMME.) ― Une pierre était posée dessus. « Selon l’usage, une pierre fermait l’entrée de la grotte ; mais le corps de Lazare était au fond de la grotte, dans une chambre sépulcrale. Une pierre recouvrait la tombe proprement dite creusée dans le roc où était le corps de Lazare. Il y avait donc deux pierres à ôter : l’une qui permettait d’entrer dans la grotte, dans le monument ; l’autre, la véritable pierre tombale, dont l’encastrement dans le roc vif se voit encore. Ce fut celle-ci que Jésus ordonna de lever et qui laissa voir Lazare les pieds et les mains enveloppés de ses suaires. L’Evangéliste n’a mentionné naturellement que la pierre tombale qui recouvrait Lazare. Jésus avait dû descendre d’abord dans le monument par un escalier profond taillé dans le roc, puis de là descendre dans la chambre sépulcrale où Lazare avait été mis. » (J.-H. MICHON.)

Jésus leur dit : Ôtez la pierre. Marthe, qui était sœur du mort, lui dit : Seigneur ! il sent déjà mauvais : car il y a quatre jours qu’il est là.

Jésus lui répondit : Ne vous ai-je pas dit, que si vous croyez, vous verrez la gloire de Dieu ?

Ils ôtèrent donc la pierre ; et Jésus levant les yeux en haut, dit ces paroles : Mon Père ! je vous rends grâces de ce que vous m’avez exaucé.

Pour moi, je savais que vous m’exaucez toujours ; mais je dis ceci pour ce peuple qui m’environne, afin qu’ils croient que c’est vous qui m’avez envoyé.

Ayant dit ces mots, il cria d’une voix forte : Lazare, sortez dehors.

Et à l’heure même le mort sortit, ayant les pieds et les mains liés de bandes, et le visage enveloppé d’un linge. Alors Jésus leur dit : Déliez-le, et le laissez aller.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

De bandelettes. On enveloppait les cadavres d’une grande quantité de bandelettes à la façon des Egyptiens.

Plusieurs donc d’entre les Juifs, qui étaient venus voir Marie et Marthe, et qui avaient vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.

Mais quelques-uns d’eux s’en allèrent trouver les pharisiens, et leur rapportèrent ce que Jésus avait fait.

Les princes des prêtres et les pharisiens tinrent donc conseil ensemble, et dirent : Que faisons-nous ? Cet homme fait plusieurs miracles.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le conseil, le sanhédrin. ― Les pontifes et les pharisiens assemblèrent le conseil. Suivant une ancienne tradition, le conseil fut assemblé à la maison de campagne de Caïphe, située sur le mont du Mauvais Conseil, qui a tiré de là son nom. Ce mont est à l’ouest de Jérusalem et forme la limite méridionale de la vallée de Ben-Hinnom.

si nous le laissons faire, tous croiront en lui ; et les Romains viendront, et ruineront notre ville et notre nation.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les Romains viendront et ruineront notre pays. ― Les Romains viendront, et ils détruiront notre ville, notre temple et toute notre nation. C’est le prétexte dont ils couvraient leur intérêt caché et leur ambition. Le bien public impose aux hommes, et peut-être que les pontifes et les pharisiens en étaient véritablement touchés, car la politique mal entendue est le moyen le plus sûr pour jeter les hommes dans l’aveuglement et les faire résister à Dieu.

Mais l’un d’eux, nommé Caïphe, qui était le grand prêtre de cette année-là, leur dit : Vous n’y entendez rien ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Jean, 18, 14. ― « Que signifient ces mots de saint Jean sur Caïphe : il était le pontife de cette année-là ? Les interprètes se divisent dans l’explication de ce passage. Suivant un certain nombre, par ces mots, Pontifex anni illius, répétés encore plus loin, saint Jean voudrait indiquer que c’était la première année du pontificat de Caïphe, le Sadducéen. Suivant d’autres, son intention serait de faire sentir l’avilissement du pontificat, sujet à passer, presque chaque année d’une personne à une autre, au gré des gouverneurs romains, et perdant à la fois l’inamovibilité, la considération et la sainteté. Plusieurs croient qu’il signale cette année entre les autres parce qu’elle a été marquée par des évènements d’une suprême importance, surtout par la substitution du sacerdoce de Jésus-Christ à celui d’Aaron. Toutes ces interprétations sont plausibles à quelque degré. Mais il ne paraît pas qu’on puisse supposer qu’Anne et Caïphe exerçaient alternativement le pontificat d’année en année. On n’a aucun exemple d’un pareil fait. S’il est dit dans les Actes des Apôtres qu’Anne était prince des prêtres, cela signifie seulement qu’il était à la tête d’une famille sacerdotale ; car saint Luc distingue parfaitement en cet endroit le grand-prêtre des princes des prêtres. Quant à la liaison qu’établit saint Jean entre la prophétie de Caïphe et son titre de grand-prêtre : « étant le pontife de cette année-là, il prophétisa, » il ne pouvait en être assuré que par révélation. C’était bien l’usage de recourir aux grands-prêtres dans les cas difficiles pour connaître la volonté de Dieu, et l’Ecriture en certains endroits semble leur attribuer des lumières surnaturelles. Mais rien n’autorise à dire que le don de prophétie fût une de leurs attributions. D’ailleurs ce mot de saint Jean, « il prophétisa », ne doit pas se prendre à la lettre, dit saint Thomas. Ce qui résulte des paroles de l’évangéliste, c’est que l’immolation du Sauveur a été décidée par celui qui avait la charge d’offrir chaque année le sacrifice d’expiation pour le peuple. Le grand-prêtre désigne bien ici et immole en quelque façon la victime divine qui va satisfaire pour les péchés du monde entier. En cela, il est, sans le savoir, l’instrument du ciel et l’organe de l’esprit de Dieu. » (L. BACUEZ.)

et vous ne considérez pas qu’il vous est avantageux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que toute la nation ne périsse point.

Or il ne disait pas ceci de lui-même : mais étant grand prêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation des Juifs ;

et non-seulement pour cette nation, mais aussi pour rassembler et réunir les enfants de Dieu, qui étaient dispersés.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les enfants de Dieu : l’Evangéliste appelle ainsi les Gentils par anticipation.

Ils ne pensèrent donc plus depuis ce jour-là, qu’à trouver le moyen de le faire mourir.

C’est pourquoi Jésus ne se montrait plus en public parmi les Juifs ; mais il se retira dans une contrée près du désert, en une ville nommée Éphrem, où il se tint avec ses disciples.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ephrem, ville dont la situation n’est pas bien connue. Elle était dans le voisinage de Béthel, d’après Josèphe, et par conséquent au nord de Jérusalem.

Or la pâque des Juifs était proche ; et plusieurs de ce quartier-là étant allés à Jérusalem avant la pâque pour se purifier,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La Pâque des Juifs. Voir Matthieu, 26, 2. ― Pour se purifier : ceux qui avaient commis quelque faute, encouru quelque impureté légale, désiraient se purifier d’avance à Jérusalem, afin de pouvoir, immédiatement après, célébrer convenablement la Pâque.

ils cherchaient Jésus, et se disaient dans le temple les uns aux autres : Que pensez-vous de ce qu’il n’est point venu à ce jour de fête ? Mais les princes des prêtres et les pharisiens avaient donné ordre, que si quelqu’un savait où il était, il le découvrît, afin qu’ils le fissent prendre.