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Osée 10

ISRAEL était une vigne qui poussait de grandes branches, et ne portait pas moins de raisin ; mais elle a multiplié ses autels à proportion de l’abondance de ses fruits, et elle a été féconde en idoles autant que sa terre a été fertile.

Leur cœur a été partagé entre Dieu et leurs idoles : mais le temps de leur désolation est venu ; le Seigneur va briser leurs idoles, et renverser leurs autels.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

S’est partagé entre le culte de Baal et celui du Seigneur.

Ils diront alors : Nous n’avons point de roi, parce que nous n’avons point craint le Seigneur : et que pourrait faire un roi pour nous ?

Entretenez-vous maintenant des fausses visions de vos prophètes ; faites alliance avec qui vous voudrez : vous n’empêcherez pas que les jugements de Dieu ne vous accablent, comme ces herbes amères qui étouffent le blé dans les champs.

Les habitants de Samarie ont adoré la vache de Bethaven : et le peuple adorateur de cette idole et les gardiens de son temple avaient fait leur joie de sa gloire ; mais elle leur est devenue un sujet de larmes, lorsqu’elle a été transférée hors de leur pays.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Vaches ; pour veaux. Chez les Hébreux aussi bien que chez les Grecs et les Romains, le féminin se mettait quelquefois au lieu du masculin, par mépris et par dérision. ― Bethaven. Voir Osée, 4, 15. ― Le peuple, etc. Pour que cette fin de verset puisse avoir un sens, il faut nécessairement, comme l’ont fait plusieurs interprètes, changer l’ordre des mots aussi bien dans l’hébreu que dans la Vulgate. Pour nous, voici l’explication de ce passage qui nous a paru la mieux fondée, parce qu’elle exige moins de suppositions plus ou moins forcées : ― Son peuple ; le peuple de Bethaven ; ― A pleuré sur lui ; sur Bethaven ; ― Et les gardiens de son temple ; qui autrefois se sont réjouis de sa gloire, de ce qui faisait sa gloire, de ses veaux d’or, ont aussi pleuré sur lui (super eum) ; ― Parce qu’elle, sa gloire ; ― S’est éloigné de lui (migravit ab eo) ; a été transportée hors de son pays.

Car leur Dieu même a été porté en Assyrie, et ils en ont fait un présent au roi, dont ils voulaient acheter la protection : mais Éphraïm n’en aura que la honte, et Israël rougira du peu de succès de ses desseins.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Lui-même (ipse) ; Bethaven, qui, par une figure très commune dans le style biblique, est mis ici pour son contenu. ― Un roi vengeur. Comparer à Osée, 5, 13.

Samarie a fait disparaître son roi comme une écume qui s’élève sur la surface de l’eau.

Les hauteurs consacrées à l’idole, qui font le péché d’Israël, seront désolées : il croîtra des ronces et des chardons sur leurs autels, et ils diront aux montagnes, Couvrez-nous ; et aux collines, Tombez sur nous.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Isaïe, 2, 19. ― Diront aux montagnes, etc. Jésus-Christ a employé les mêmes paroles, en annonçant aux Juifs le châtiment que Dieu devait exercer sur eux par les armes des Romanis (voir Luc, 23, 30), et saint Jean, pour marquer la frayeur des méchants au jugement dernier (voir Apocalypse, 6, 16).

Israël a péché dès le temps de ce qui se passa à Gabaa : ils cessèrent dès lors d'obéir à Dieu ; ils ne seront pas traités dans la guerre que je leur susciterai, comme lorsqu'ils combattirent à Gabaa contre les enfants d'iniquité.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Juges, 19, 25. ― Depuis les jours (ex diebus) ; ou bien plus que dans les jours ; l’hébreu est susceptible des deux sens. ― De Gabaa. Voir Osée, 9, 9. ― Là ils se sont arrêtés (ibi steterunt) ; c’est-à-dire, selon l’hébreu, ils sont restés debout, ils n’ont pas entièrement péri. Les Benjamites, en effet, ne périrent pas tous dans l’affaire de Gabaa ; il s’en trouva 600, qui servirent à rétablir leur tribu dans son premier état. Cette interprétation nous semble la meilleure, comme se liant très bien à ce qui suit. ― Ce ne sera pas, etc. La guerre contre les Israélites, annoncée ici, sera beaucoup plus terrible que celle qui eut lieu à Gabaa, puisque Samarie elle-même doit être détruite de fond en comble par les Assyriens.

Mais je vais me satisfaire en les punissant ; et les peuples s'assembleront contre eux, lorsque je les punirai pour leur double iniquité.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Leur double iniquité ; c’est-à-dire, le mépris qu’ils ont fait de Dieu, et le culte qu’ils ont rendu aux idoles ; ou bien les deux veaux d’or qu’ils ont adorés, l’un à Dan, et l’autre à Béthel.

Éphraïm est une génisse instruite et qui se plaît à fouler le grain : je mettrai un joug sur son cou superbe : je monterai sur Éphraïm : et après cela Juda labourera, et Jacob fendra les mottes de ses sillons.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

J’ai passé ; j’ai fait passer le joug. ― Son beau cou ; littéralement et par hébraïsme, la beauté de son cou. ― Je monterai sur Ephraïm ; je le dompterai.

Semez pour vous dans la justice, et moissonnez dans la miséricorde : travaillez à défricher votre terre ; et il sera temps de rechercher le Seigneur, lorsque celui qui doit vous enseigner la justice sera venu.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Jérémie, 4, 3. ― Et vous moissonnerez ; littéralement et par hébraïsme, et moissonnerez. ― En proportion de ; est le vrai sens de l’expression hébraïque, rendue exactement d’ailleurs dans la Vulgate par in ore. ― Votre miséricorde ; le bien que vous faites. Comparer à Osée, 14, 3. ― Celui qui, etc. Les Pères et après eux le commun des interprètes appliquent ce passage à Jésus-Christ, maître par excellence de la justice.

Mais vous avez cultivé l'impiété, et vous avez moissonné l'iniquité ; vous vous êtes nourris du fruit du mensonge ; parce que vous avez mis votre confiance dans votre propre conduite, et dans le nombre et la valeur de vos soldats.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Un fruit de mensonge ; un fruit trompeur, qui ne saurait nourrir.

Le bruit de l'armée ennemie s'élèvera parmi votre peuple ; toutes vos fortifications seront détruites : vous périrez comme Salmana fut exterminé par l'armée de celui qui lui fit la guerre, après avoir détruit l'autel de Baal ; et la mère sera écrasée sur les enfants.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Juges, 8, 12. ― Salmana ; un des princes madianites, qui furent défaits par Gédéon (voir Juges, du chapitre 6 au chapitre 8). ― Celui qui jugea Baal (qui judicavit Baal), Gédéon, qui détruisit l’autel de Baal et le bois qui était autour (voir Juges, 6, 25). ― Le nom de Salmana, dans ce passage d’Osée, n’est pas écrit en hébreu comme celui dont il est question dans le livre des Juges. Le texte hébreu porte : Comme Schalman a dévasté Beth-Arbel au jour de la guerre. Saint Jérôme ne connaissant aucun fait biblique auquel ce passage put faire allusion, si ce n’est la victoire de Gédéon sur Salmana, supposa, comme il le dit lui-même, qu’Arbel était le même mot que Jérobaal, surnom de Gédéon. De là sa traduction de ce passage. Osée faisait allusion à un fait connu de ses contemporains, mais oublié depuis. Nous en avons peut-être l’explication dans un passage des annales de Théglathphalasar, roi d’Assyrie, qui mentionne un roi de Moab, appelé Schalamanu. Il est possible que ce roi ait pris et saccagé Beth-Arbel. Il existait deux villes de ce nom, l’une en Galilée, entre Sepphoris et Tibériade ; l’autre à l’est du Jourdain, dans les environs de Pella.

C'est là le malheur que Béthel attirera sur vous, à cause de l'excès de votre méchanceté.