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Daniel 6

Darius fit un édit, et établit six-vingts satrapes sur son royaume, afin qu’ils eussent l’autorité dans toutes les provinces de son État.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Cent vingt satrapes. Du temps d’Esther, où le royaume de Perse avait pris de plus grands accroissements par les conquêtes postérieures, on comptait cent vingt-sept satrap(i ?)es (voir Esther, 1, 1 ; 8, 9).

Mais il mit au-dessus d’eux trois princes, dont Daniel était un, afin que ces satrapes leur rendissent compte, et que le roi fût déchargé de tout soin.

Daniel surpassait donc en autorité tous les princes et tous les satrapes, parce qu’il était plus rempli de l’esprit de Dieu.

Et comme le roi pensait à l’établir sur tout son royaume, les princes et les satrapes cherchaient un sujet de l’accuser dans ce qui regardait les affaires du roi ; mais ils ne purent trouver aucun prétexte pour le rendre suspect, parce qu’il était très-fidèle, et qu’on ne pouvait faire tomber sur lui le soupçon de la moindre faute.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Du côté du roi ; dans les affaires qu’il faisait pour le roi.

Ils dirent donc entre eux : Nous ne trouverons point d’occasion d’accuser Daniel, si nous ne la faisons naître de la loi de son Dieu.

Alors les princes et les satrapes surprirent le roi en cette manière, et lui dirent : O roi, vivez éternellement !

tous les princes de votre royaume, les principaux officiers, les satrapes, les sénateurs et les juges, sont d'avis qu'il se fasse un édit par votre puissance impériale qui ordonne que tout homme qui, durant l'espace de trente jours, demandera quoi que ce soit à quelque dieu ou à quelque homme que ce puisse être, sinon à vous seul, ô roi, soit jeté dans la fosse aux lions.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dans la fosse aux lions. C’était, avec la fournaise, un des supplices les plus usités en Chaldée.

Confirmez donc maintenant, ô roi, cet avis, et faites cet édit, afin qu'il demeure ferme comme ayant été établi par les Mèdes et par les Perses, et qu'il ne soit permis à personne de le violer.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Afin que ce qui a été statué, etc. Chez les Perses une loi ou une ordonnance ou un édit fait avec les formalités ordinaires ne pouvait plus être révoqué même par le roi (voir Esther, 1, 19 ; 8, 8).

Le roi Darius fit donc publier cet édit et cette défense.

Daniel, ayant appris que cette loi avait été faite, entra dans sa maison ; et ouvrant les fenêtres de sa chambre du côté de Jérusalem, il fléchissait les genoux chaque jour à trois différentes heures, et il adorait son Dieu, et lui rendait ses actions de grâces, comme il avait coutume de faire auparavant.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dans sa chambre haute (in cænaculo). Comparer à Tobie, 3, 10 ; Actes des Apôtres, 1, 13. ― Tourné, etc. Les Juifs, hors de Jérusalem tournaient leur visage, pendant la prière, du côté de cette ville (voir 3 Rois, 8, 44). ― Trois fois le jour. Voir Psaumes, 54, 18 ; Actes des Apôtres, 3, 1.

Ces hommes donc, qui épiaient avec grand soin toutes les actions de Daniel, le trouvèrent qui priait et qui adorait son Dieu.

Et ils vinrent aussitôt auprès du roi pour lui représenter son édit, et lui dirent : O roi, n'avez-vous pas ordonné que, pendant l'espace de trente jours, tout homme qui ferait quelque prière à quelqu'un des dieux ou des hommes, sinon à vous seul, ô roi, serait jeté dans la fosse aux lions ? Le roi leur répondit : Ce que vous dites est vrai, et c'est une ordonnance des Perses et des Mèdes, qu'il n'est permis à personne de violer.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Qu’il n’est pas permis, etc. Voir le verset 8.

Alors ils dirent au roi : Daniel, un des captifs d'entre les enfants de Juda, sans avoir égard à votre loi ni à l'édit que vous avez fait, prie son Dieu chaque jour à trois heures différentes.

Ce que le roi ayant entendu, il fut extrêmement affligé, il prit en lui-même la résolution de délivrer Daniel, et jusqu'au soleil couché il fit ce qu'il put pour le sauver.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Extrêmement (salis). Voir Daniel, 5, 9.

Mais ces personnes, voyant bien quelle était l'intention du roi, lui dirent : O roi, sachez que c'est une loi des Mèdes et des Perses, qu'il n'est permis de rien changer à tous les édits que le roi a faits.

Alors Daniel fut emmené par le commandement du roi, et ils le jetèrent dans la fosse aux lions. Et le roi dit à Daniel : Votre Dieu, que vous adorez sans cesse, vous délivrera.

En même temps on apporta une pierre qui fut mise à l'entrée de la fosse, et scellée du sceau du roi, et du sceau des grands de sa cour, de peur qu'on ne fît quelque chose contre Daniel.

Le roi rentra dans sa maison, et se mit au lit sans avoir soupé ; on ne servit point de viandes devant lui, et il ne put pas même dormir.

Le lendemain il se leva dès le point du jour, et alla en diligence à la fosse aux lions ;

Et étant près de la fosse, il appela Daniel avec une voix triste et entrecoupée de soupirs, et lui cria : Daniel, serviteur du Dieu vivant, votre Dieu que vous servez sans cesse, aurait-il bien pu vous délivrer de la gueule des lions ?

Daniel lui répondit : O roi, vivez éternellement !

Mon Dieu a envoyé son ange, qui a fermé la gueule des lions, et ils ne m'ont fait aucun mal, parce que j'ai été trouvé juste devant lui ; et je n'ai rien fait non plus devant vous, ô roi, qui puisse me rendre coupable.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 1 Machabées, 2, 60.

Alors le roi fut transporté de joie, et il commanda qu'on fît sortir Daniel de la fosse aux lions ; Daniel fut donc retiré de la fosse, et on ne trouva sur son corps aucune blessure, parce qu'il avait cru eu son Dieu.

En même temps le roi commanda qu'on fît venir ceux qui avaient accusé Daniel, et ils furent jetés dans la fosse aux lions avec leurs femmes et leurs enfants ; et avant qu'ils fussent venus jusqu'au pavé de la fosse, les lions les saisirent entre leurs dents, et leur brisèrent tous les os.

Alors Darius envoya cette ordonnance à tous les peuples et à toutes les nations, de quelque langue qu'elles fussent, qui habitaient dans toute la terre : Que la paix s'affermisse parmi vous de plus en plus !

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Et aux langues. Voir Daniel, 3, 4.

J'ordonne par cet édit que, dans tout mon empire et mon royaume, tous mes sujets révèrent le Dieu de Daniel avec crainte et tremblement ; car c'est lui qui est le Dieu vivant, l'Éternel qui vit dans tous les siècles ; son royaume ne sera jamais détruit, et sa puissance passera jusque dans l'éternité.

C'est lui qui est le Libérateur et le Sauveur, qui fait des prodiges et des merveilles dans le ciel et sur la terre, qui a délivré Daniel de la fosse aux lions.

Or Daniel fut toujours en dignité jusqu'au règne de Darius, et au règne de Cyrus, roi de Perse.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Daniel, 1, 21. ― Pour suivre l’ordre des temps, il faut passer de ce verset au chapitre 9, les chapitres 7 et 8 se rapportant, comme nous l’avons dit plus haut (voir Daniel, 4, 34), aux temps qui ont précédé les faits marqués aux chapitres 5 et 6.