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Daniel 14

Daniel mangeait à la table du roi, et le roi l’avait élevé en honneur au-dessus de tous ceux qui étaient aimés de lui.

Les Babyloniens avaient alors une idole nommée Bel, pour laquelle on sacrifiait tous les jours douze mesures de farine du plus pur froment, quarante brebis, et six grands vases de vin.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Bel ; ancien roi de Babylone qui fut mis au rang des dieux par ses sujets après sa mort. ― Artabes ; mesure en usage chez les Babyloniens ; elle contenait soixante-douze setiers, suivant saint Epiphane et saint Isidore de Séville ; mais d’autres lui donnent une capacité différente. ― Amphores. Il s’agit probablement ici de l’amphore attique, qui contenait trois urnes ou soixante-douze setiers, et non de la romaine qui était seulement de deux urnes ou quarante-huit setiers ; le grec lit métrètes, c’est-à-dire mesures. ― Pour la valeur de ces diverses mesures, voir la note 21 à la fin du volume.

Le roi honorait aussi cette idole, et il allait tous les jours l’adorer. Mais Daniel adorait son Dieu ; et le roi lui dit : Pourquoi n’adorez-vous point Bel ?

Daniel répondit au roi : Parce que je n’adore point les idoles qui sont faites de la main des hommes, mais le Dieu vivant qui a créé le ciel et la terre, et qui tient en sa puissance tout ce qui a vie.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Toute chair. Voir sur cette expression, Daniel, 4, 9.

Le roi dit à Daniel : Croyez-vous que Bel ne soit pas un dieu vivant ? Ne voyez-vous pas combien il mange et combien il boit chaque jour ?

Daniel lui répondit en souriant : O roi, ne vous y trompez pas ; ce Bel est de boue au dedans et d’airain au dehors, et il ne mangea jamais.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Est d’argile. Beaucoup de statues à Babylone étaient en argile, parce que la Chaldée n’a pas de pierre et que le bois y est rare. On recouvrait quelquefois d’un métal précieux ces statues de terre.

Alors le roi entrant en colère appela les prêtres de Bel, et leur dit : Si vous ne me dites qui est celui qui mange tout ce qui s’emploie pour Bel, vous mourrez.

Mais si vous me faites voir que c’est Bel qui mange toutes ces viandes, Daniel mourra, parce qu’il a blasphémé contre Bel. Daniel dit au roi : Qu’il soit fait selon votre parole.

Or il y avait soixante et dix prêtres de Bel, sans leurs femmes, leurs enfants, et leurs petits-enfants. Le roi alla avec Daniel au temple de Bel ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Et les petits enfants, etc. ; c’est-à-dire, tous les enfants grands et petits.

et les prêtres de Bel lui dirent : Nous allons sortir dehors ; et vous, ô roi, faites mettre les viandes et servir le vin ; fermez la porte du temple, et la scellez de votre anneau ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Mêlez le vin ; c’est-à-dire, préparez. Comparer à Proverbes, 9, 2.

et demain au matin, lorsque vous entrerez, si vous ne trouvez que Bel aura tout mangé, nous mourrons tous, ou bien Daniel mourra, pour avoir rendu un faux témoignage contre nous.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Nous mourrons de mort ; hébraïsme, pour irrémissiblement.

Ils parlaient ainsi avec mépris, et se tenaient assurés, parce qu’ils avaient fait sous la table de l’autel une entrée secrète par laquelle ils venaient toujours, et mangeaient ce qu’on avait servi pour Bel.

Après donc que les prêtres furent sortis, le roi mit les viandes devant Bel ; et Daniel commanda à ses gens d’apporter de la cendre, et il la répandit par tout le temple devant le roi, la faisant passer par un crible. Ils sortirent ensuite, et fermèrent la porte du temple ; et l’ayant scellée du cachet du roi, ils s’en allèrent.

Les prêtres entrèrent durant la nuit, selon leur coutume, avec leurs femmes et leurs enfants, et mangèrent et burent tout ce qui avait été servi.

Le roi se leva des la pointe du jour, et Daniel avec lui.

Le roi lui dit : Daniel, le sceau est-il en son entier ? Daniel répondit : 0 roi, le sceau est tout entier.

Aussitôt le roi ayant ouvert la porte, et voyant la table de l’autel, jeta un grand cri, en disant : Vous êtes grand, ô Bel, et il n’y a point en vous de tromperie !

Daniel commença à rire, et retenant le roi afin qu’il n’avançât pas plus avant, il lui dit : Voyez le pavé ; considérez de qui sont ces traces de pieds.

Je vois, dit le roi, des traces de pieds d’hommes, de femmes et de petits enfants. Et il entra dans une grande colère.

Il fit alors arrêter les prêtres, leurs femmes et leurs enfants ; et ils lui montrèrent les petites portes secrètes par on ils entraient, et venaient manger tout ce qui était sur la table.

Le roi les fit donc mourir, et il livra l’idole de Bel en la puissance de Daniel, qui la renversa avec son temple.

Il se trouva aussi en ce lieu-là un grand dragon que les Babyloniens adoraient ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Un grand dragon ; probablement un grand serpent consacré au dieu Bel.

et le roi dit à Daniel : Vous ne pouvez pas dire présentement que celui-ci ne soit un dieu vivant : Adorez-le donc.

Daniel lui répondit : J’adore le Seigneur mon Dieu, parce que c’est lui qui est un Dieu vivant ; mais celui-ci n’est point un Dieu vivant.

Que s’il vous plait, ô roi, de me le permettre, je tuerai ce dragon sans me servir ni d’épée ni de bâton. Le roi lui dit : Je vous le permets.

Daniel prit donc de la poix, de la graisse, et du poil ; et ayant fait cuire tout cela ensemble, il en fit des masses qu’il jeta dans la gueule du dragon ; et le dragon creva. Et Daniel dit : Voila celui que vous adoriez.

Les Babyloniens ayant appris ceci en conçurent une extrême colère ; et s’étant assemblés contre le roi, ils dirent : Le roi est devenu juif ; il a renversé Bel, il a tué le dragon, et il a fait mourir les prêtres.

Étant donc venus trouver le roi, ils lui dirent : Abandonnez-nous Daniel, ou autrement nous vous ferons mourir avec toute votre maison.

Le roi voyant qu’ils le pressaient avec tant de violence, et étant contraint par la nécessité, leur abandonna Daniel.

Ils le jetèrent aussitôt dans la fosse des lions ; et il y demeura six jours.

Il y avait dans la fosse sept lions, et on leur donnait chaque jour deux corps avec deux brebis ; mais on ne leur en donna point alors, afin qu’ils dévorassent Daniel.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Deux corps d’hommes probablement condamnés à mort.

En ce même temps le prophête Habacuc était en Judée ; et ayant apprêté du potage, il le mit avec du pain trempé dans un vase, et l’allait porter dans le champ à ses moissonneurs.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Habacuc, etc. On a prétendu que le prophète Habacuc ne pouvait exister sous Cyrus. Mais rien ne prouve qu’il s’agisse ici d’Habacuc, un des douze petits prophètes. D’un autre côté, Habacuc ne datant pas ses prophéties, et ayant vécu, comme Daniel, avant la captivité, il a pu fort bien, quoique plus âgé que lui, vivre jusqu’au règne de Cyrus.

L’ange du Seigneur dit à Habacuc : Portez à Babylone le dîner que vous avez, pour le donner à Daniel qui est dans la fosse des lions.

Habacuc répondit : Seigneur, je n’ai jamais été à Babylone, et je ne sais on est la fosse.

Alors l’ange du Seigneur le prit par le haut de la tête, et le tenant par les cheveux, il le porta dans l’impétuosité de son esprit jusqu’à Babylone, où il le mit au-dessus de la fosse des lions.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Ezéchiel, 8, 3. ― L’ange, etc. Si ce transport d’Habacuc par l’ange était faux à cause de son invraisemblance et de son absurdité même, comme le prétendent les incrédules, Daniel se serait bien gardé de l’insérer dans son livre. Si donc il l’a rapporté, c’est parce qu’il avait des preuves de sa réalité. D’ailleurs ces sortes de transports ne sont pas sans exemples dans l’Ancien et le Nouveau Testament (voir 3 Rois, 18, 12 ; Matthieu, 4, vv. 5, 8 ; Actes des Apôtres, 8, 39-40).

Et Habacuc dit avec un grand cri : Daniel, serviteur de Dieu, recevez le dîner que Dieu vous a envoyé !

Daniel répondit : 0 Dieu, vous vous êtes souvenu de moi, et vous n’avez point abandonné ceux qui vous aiment.

Et se levant il mangea. Mais l’ange du Seigneur remit aussitôt Habacuc dans le même lieu ou il l’avait pris.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

En son lieu ; dans le lieu où il l’avait pris.

Le septiéme jour le roi vint pour pleurer Daniel ; et s’étant approché de la fosse, il regardait dedans, et il vit Daniel qui était assis au milieu des lions.

Il jeta aussitôt un grand cri, et il dit : Vous êtes grand, ô Seigneur Dieu de Daniel ! et il le fit tirer de la fosse des lions.

En même temps il y fit jeter ceux qui avoient voulu perdre Daniel ; et les lions les dévorèrent devant lui en un moment.

Alors le roi dit : Que tous ceux qui sont dans toute la terre révèrent avec frayeur le Dieu de Daniel, parce que c’est lui qui est le Sauveur qui fait des prodiges et des merveilles sur la terre, et qui a délivré Daniel de la fosse des lions.