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Daniel 10
La troisième année du règne de Cyrus, roi des Perses, une parole fut révélée à Daniel, surnommé Baltassar, une parole véritable, et une grande vertu ; il comprit ce qui lui fut dit ; car on a besoin d'intelligence dans les visions.
En ce temps-là, moi, Daniel, je fus dans les pleurs tous les jours pendant trois semaines ;
Je ne mangeai d'aucun pain agréable au goût ; ni chair ni vin n'entra dans ma bouche, et je ne me servis d'aucune huile, jusqu'à ce que ces trois semaines fussent accomplies.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Pain désirable (panem desiderabilem) ; délicat, recherché. On l’a déjà remarqué, par le nom de pain, les Hébreux désignaient souvent la nourriture en général.
Le vingt-quatrième jour du premier mois, j'étais près du grand fleuve du Tigre ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Premier mois. Voir Ezéchiel, 29, 17.
Et ayant levé les yeux, je vis tout à coup un homme qui était vêtu de lin, dont les reins étaient ceints d'une ceinture d'or très-pur ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Un homme, etc. ; probablement l’ange Gabriel qui avait déjà apparu à Daniel.
Son corps était comme la pierre de chrysolithe, son visage brillait comme les éclairs, et ses yeux paraissaient une lampe ardente ; ses bras, et tout le reste du corps jusqu'aux pieds, étaient comme d'un airain étincelant ; et le son de sa voix comme le bruit d'une multitude d'hommes.
Moi, Daniel, je vis seul cette vision ; et ceux qui étaient avec moi ne la virent point ; mais ils furent saisis d'horreur et d'épouvante, et ils s'enfuirent dans des lieux obscurs.
Étant donc demeuré seul, j'eus cette grande vision ; la vigueur de mon corps m'abandonna, mon visage fut tout changé, je tombai en foiblesse, et il ne me demeura aucune force.
Et j'entendis le bruit de sa voix ; et l'entendant, j'étais couché sur le visage dans une extrême frayeur, et mon visage était collé à la terre.
Alors une main me toucha, et me fit lever sur mes genoux et sur mes mains.
Et il me dit : Daniel, homme de désirs, entendez les paroles que je viens vous dire, et tenez-vous debout ; car je suis maintenant envoyé vers vous. Après qu'il m'eut dit cela, je me tins debout, étant tout tremblant.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Homme de désirs. Voir Daniel, 9, 23.
Et il me dit : Daniel, ne craignez point ; car dès le premier jour que, vous affligeant en la présence de votre Dieu, vous avez appliqué votre cœur à l'intelligence, vos paroles ont été exaucées, et vos prières m'ont fait venir ici.
Le prince du royaume des Perses m'a résisté vingt et un jours ; mais Michel, le premier d'entre les premiers princes, est venu à mon secours ; et cependant j'ai demeuré là près du roi des Perses.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le prince du royaume des Perses ; c’est-à-dire, selon saint Jérôme, Théodoret, saint Chrysostome, saint Grégoire le Grand, plusieurs autres Pères et la plupart des interprètes, l’ange protecteur du royaume des Perses. Il est appelé prince, comme l’archange saint Michel lui-même. Ce prince des Perses désirait que les Juifs demeurassent dans la Perse, le plus longtemps possible, afin d’y propager la connaissance et le culte du vrai Dieu, tandis que Gabriel et Michel souhaitaient de les voir retourner dans leur patrie pour y rétablir la ville et le temple. Le concours de l’archange Michel a pour objet d’une part de faire connaître à l’ange protecteur des Perses la volonté prise de Dieu, et de l’autre, de persuader au roi des Perses de laisser partir les Juifs, ce en quoi néanmoins il ne réussit qu’après que Gabriel eut achevé sa mission.
Je suis venu pour vous apprendre ce qui doit arriver à votre peuple aux derniers jours, car cette vision ne s'accomplira qu'après bien du temps.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La vision, etc. ; c’est-à-dire, ne s’accomplira que dans ces derniers jours. ― Le mot ces de notre traduction est suffisamment justifié par l’article déterminatif qui dans le texte hébreu se trouve attaché au mot jours.
Lorsqu'il me disait ces paroles, je baissais le visage contre terre, et je demeurais dans le silence.
Et en même temps celui qui avait la ressemblance d'un homme me toucha les lèvres ; et ouvrant la bouche, je parlai, et je dis à celui qui se tenait debout devant moi : Mon seigneur, lorsque je vous ai vu, tout ce qu'il y a en moi de nerfs et de jointures s'est relâché, et il ne m'est resté aucune force ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Comme la ressemblance, etc. C’est l’ange Gabriel. ― Du fils d’un homme. Voir sur cette expression, Daniel, 2, 38. ― Mes jointures ; les jointures de mes lombes. Voir Daniel, 5, 6.
Et comment le serviteur de mon seigneur pourra-t-il parler avec mon seigneur ? je suis demeuré sans aucune force, et je perds même la respiration.
Celui donc que je voyais sous la figure d'un homme me toucha encore, me fortifia, et me dit :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Comme la vision, etc. C’est encore le même ange Gabriel.
Ne craignez point, Daniel, homme de désirs ; la paix soit avec vous ! reprenez vigueur, et soyez ferme. Lorsqu'il me parlait encore, je me trouvai plein de force, et je lui dis : Parlez, mon seigneur, parce que vous m'avez fortifié.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Homme de désirs. Voir Daniel, 9, 23.
Alors il me dit : Savez-vous pourquoi je suis venu à vous ? Je retourne maintenant pour combattre contre le prince des Perses. Lorsque je sortais, le prince des Grecs est venu à paraître.
Mais je vous annoncerai présentement ce qui est marqué dans l'Écriture de la vérité ; et nul ne m'assiste dans toutes ces choses, sinon Michel, qui est votre prince.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Une écriture de vérité ; hébraïsme, pour une écriture très véritable ; c’est-à-dire le livre où sont écrit les décrets divins dont l’accomplissement ne peut manquer. Comparer à Exode, 32, 32-33 ; Psaumes, 86, 6 ; 138, 16 ; Apocalypse, 3, 5. ― Michel votre prince. Toute l’antiquité a reconnu saint Michel comme l’ange protecteur de la synagogue ; l’Eglise chrétienne l’honore en la même qualité.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Une parole véritable ; une vraie prophétie. ― Force ; selon la Vulgate et la version grecque de Théodotion ; armée, suivant l’hébreu.