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Ézéchiel 29

LE onzième jour du dixième mois de la dixième année, le Seigneur me parla et me dit :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La dixième année ; de la captivité de Jéchonias et d’Ezéchiel. Comparer à Ezéchiel, 8, 1. ― Dixième mois. Voir Ezéchiel, 24, 1. ― Disant (dicens). Voir Ezéchiel, 3, 16.

Fils de l’homme, tournez le visage contre Pharaon, roi d’Egypte, et prophétisez tout ce qui doit lui arriver, à lui et à l’Egypte.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Contre Pharaon. Apriès ou Hophra, celui qui est appelé Ephrée, dans Jérémie, 44, 30. Apriès mourut en 572 ou 571.

Parlez-lui, et dites-lui : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Je viens à vous, Pharaon, roi d’Egypte, grand dragon qui vous couchez au milieu de vos fleuves, et qui dites : Le fleuve est à moi, et c’est moi-même qui me suis créé.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Grand dragon ; probablement le crocodile. ― Au milieu de tes fleuves ; entre le Nil et ses bras.

Je mettrai un frein à vos mâchoires, et j’attacherai à vos écailles les poissons de vos fleuves ; je vous entraînerai du milieu de vos fleuves, et tous vos poissons demeureront attachés à vos écailles.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Tous les poissons ; ce sont les sujets du roi d’Egypte, qui s’attacheront à lui, le croyant invincible et impénétrable aux traits de ses ennemis ; mais ils seront pris avec lui et menés dans une terre étrangère où ils périront.

Je vous jetterai dans le désert avec tous les poissons de votre fleuve ; vous tomberez sur la face de la terre ; on ne vous relèvera point, et on ne vous ensevelira point : mais je vous donnerai en proie aux bêtes de la terre et aux oiseaux du ciel ;

et tous les habitants de l’Egypte sauront que c’est moi qui suis le Seigneur ; parce que vous avez été à la maison d’Israël un appui aussi faible qu’un roseau.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Isaïe, 36, 6.

Lorsqu’ils se sont attachés à vous en vous prenant avec la main, vous vous êtes rompu ; vous leur avez déchiré toute l’épaule ; et lorsqu’ils pensaient s’appuyer sur vous, vous vous êtes éclaté en pièces, et vous leur avez rompu tous les reins.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Tu t’es ; littéralement et par hébraïsme, et tu t’es. La particule et n’est pas ici conjonctive ; elle marque seulement l’apodose.

C’est pourquoi, voici ce que dit le Seigneur Dieu : Je vais faire tomber la guerre sur vous, et je tuerai parmi vous les hommes avec les bêtes.

Le pays d’Egypte sera réduit en un désert et en une solitude ; et ils sauront que c’est moi qui suis le Seigneur, parce que vous avez dit : Le fleuve est à moi, et c’est moi qui l’ai fait.

Je viens donc à vous et à vos fleuves ; et je changerai le pays d’Egypte en des solitudes, après que l’a guerre l’aura ravagé depuis la tour de Syène jusqu’aux confins de l’Ethiopie.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Depuis la tour de Syène ; ou plutôt conformément à l’hébreu : Depuis Migdol jusqu’à Syène. Le mot migdol, qui signifie tour, était aussi un nom propre de ville mentionnée dans l’Exode (voir Exode, 14, 2), dans les Nombres (voir Nombres, 33, 7), et dans Jérémie (voir Jérémie, 44, 1 ; 46, 14) ; or la Vulgate l’a rendu dans ces divers passages par Magdalum, et les Septante l’ont constamment traduit par Magdôlon. ― L’expression, depuis la tour de Syène, se trouve de nouveau dans Ezéchiel (voir Ezéchiel, 30, 6). Migdol était au nord, et Syène au midi. ― Nabuchodonosor poussa ses conquêtes en Egypte jusqu’à Syène, dans la Haute-Egypte, aujourd’hui Assouan, près de la première cataracte du Nil, presque sous le tropique.

Elle ne sera plus battue par le pied des hommes, ni par le pied des bêtes, et elle ne sera point habitée pendant quarante ans.

Je mettrai le pays d’Egypte au rang des pays déserts, et ses villes au rang des villes détruites, et elles seront désolées pendant quarante ans. J’écarterai les Egyptiens parmi les nations, et je les disperserai en divers pays.

Car voici ce que dit le Seigneur Dieu : Après que quarante ans seront passés, je rassemblerai les Egyptiens du milieu des peuples parmi lesquels ils avaient été dispersés ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Après la fin de quarante années ; c’est-à-dire probablement lorsque Cyrus, au commencement de son règne, rendit la liberté à tous les peuples que Nabuchodonosor et ses prédécesseurs avaient emmenés captifs au-delà de l’Euphrate. ― Les Egyptiens ; littéralement, l’Egypte ; mais le pluriel masculin, ils avaient été dispersés (dispersi fuerant) qui lui sert d’attribut, montre clairement que le pays est mis pour ses habitants.

je ramènerai les captifs d’Egypte, je les établirai dans la terre de Phathurès, dans la terre de leur naissance, et ils deviendront un royaume bas et humilié.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Phathurès ; canton situé dans la Haute-Egypte, vers la Thébaïde.

L’Egypte sera le plus faible de tous les royaumes, elle ne s’élèvera plus à l’avenir au-dessus des nations, et je les affaiblirai, afin qu’ils ne dominent plus sur les peuples.

Ils ne seront plus l’appui et la confiance des enfants d’Israël, et ils ne leur enseigneront plus l’iniquité, en les portant à me fuir, et à les suivre ; et ils sauront que c’est moi qui suis le Seigneur Dieu.

Le premier jour du premier mois de la vingt-septième année, le Seigneur me dit encore ces paroles :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La vingt-septième année de la captivité de Jéchonias (comparer à Ezéchiel, 8, 1) ; l’année même de la prise de Tyr, ou l’année suivante. Cette prophétie est postérieure à plusieurs autres ci-après. ― Premier mois de l’année sacrée et le septième de l’année civile. Il commençait à la nouvelle lune de mars, selon les rabbins, mais c’était plus probablement à celle d’avril.

Fils de l’homme, Nabuchodonosor, roi de Babylone, m’a rendu avec son armée un grand service au siège de Tyr : toutes les têtes de ses gens en ont perdu les cheveux, et toutes les épaules en sont écorchées, et néanmoins ni lui ni son armée n’a point reçu de récompense pour le service qu’il m’a rendu à la prise de Tyr.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Nabuchodonosor avait assiégé Tyr pendant quatorze ans. Voir plus haut, Ezéchiel, 26, 2. Au bout de ce temps, la ville fut prise, mais le roi de Babylone n’eut pas de récompense, parce que, dit saint Jérôme, lorsque les Tyriens virent qu’ils ne pouvaient plus résister, ils emportèrent leurs richesses dans leurs vaisseaux.

C’est pourquoi, voici ce que dit le Seigneur Dieu : Je vais donner à Nabuchodonosor, roi de Babylone, le pays d’Egypte ; il en prendra tout le peuple ; il en fera son butin, et il en partagera les dépouilles. Son armée recevra ainsi sa récompense,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Jérémie, 46, 2. ― Voilà que moi, etc. On a objecté contre la véracité de cette prophétie, que les auteurs profanes ne disent rien des conquêtes de Nabuchodonosor en Egypte. Mais Bérose et Mégasthène (300 ans avant Jésus-Christ), en ont parlé. D’ailleurs le silence des auteurs profanes ne formerait qu’un argument purement négatif, qui n’aurait aucune valeur contre le témoignage positif d’une nation entière. ― J’établirai ; c’est le sens du latin dabo, expliqué par l’hébreu, car le verbe hébreu donner, signifie, mettre, poser, quand il se trouve dans la phrase construite comme l’est ici celle de la Vulgate. ― La multitude ; c’est-à-dire le peuple tout entier.

et il sera payé du service qu’il m’a rendu dans le siège de cette ville. Je lui ai abandonné l’Egypte, parce qu’il a travaillé pour moi, dit le Seigneur Dieu.

En ce jour-là je ferai refleurir le règne et la puissance de la maison d’Israël, et je vous ouvrirai la bouche au milieu d’eux ; et ils sauront que c’est moi qui suis le Seigneur.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Corne ; mot qui, comme on l’a déjà vu plusieurs fois, était, chez les Hébreux, synonyme de force et de puissance.