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Ézéchiel 28
LE Seigneur me dit encore ces paroles :
Fils de l’homme, dites au prince de Tyr : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Parce que votre cœur s’est élevé, et que vous avez dit en vous-même, Je suis Dieu, et je suis assis sur la chaire de Dieu au milieu de la mer ; quoique vous ne soyez qu’un homme, et non pas un Dieu ; et parce que votre cœur s’est élevé comme si c’était le cœur d’un Dieu :
car vous avez cru être plus sage que Daniel, et qu’il n’y avait point de secret qui vous fût caché.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Tu es plus sage que Daniel ; paroles dites par ironie. Daniel vivait alors à la cour du roi de Babylone, avec la réputation de l’homme le plus éclairé de cet empire. Il y avait quatorze ou quinze ans qu’il avait expliqué à Nabuchodonosor le songe de la statue composée de divers métaux (voir Daniel, 2, 27-28), ce qui avait été le commencement de sa grande réputation.
Par votre sagesse et votre prudence vous vous êtes rendu puissant, et vous avez amassé de l’or et de l’argent dans vos trésors.
Vous avez accru votre puissance par l’étendue de votre sagesse, et par la multiplication de votre commerce ; et votre cœur s’est élevé dans votre force.
C’est pourquoi, voici ce que dit le Seigneur Dieu : Parce que votre cœur s’est élevé comme si c’était le cœur d’un Dieu,
je ferai venir contre vous des étrangers qui sont les plus puissants d’entre les peuples, et ils viendront l’épée à la main exterminer votre sagesse avec tout son éclat, et ils souilleront votre beauté.
Ils vous tueront, et ils vous précipiteront du trône, et vous mourrez dans le carnage de ceux qui seront tués au milieu de la mer.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Dans la fosse. Ces mots sont dans l’hébreu.
Direz-vous encore lorsque vous serez devant vos meurtriers, lorsque vous serez sous la main de ceux qui vous ôteront la vie ; direz-vous encore, Je suis un Dieu ? vous qui n’êtes qu’un homme, et non pas un Dieu.
Vous mourrez de la mort des incirconcis et par la main des étrangers ; parce que c’est moi qui ai parlé, dit le Seigneur Dieu.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
De la mort des incirconcis, de mort violente.
Le Seigneur m’adressa encore sa parole, et me dit : Fils de l’homme, faites une plainte lugubre sur le roi de Tyr,
et dites-lui : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Vous étiez le sceau de la ressemblance de Dieu, vous étiez plein de sagesse et parfait en beauté ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La plupart des Pères regardent la description de la puissance du roi de Tyr comme une figure de la gloire et de la ruine de Lucifer.
vous avez été dans les délices du paradis de Dieu ; votre vêtement était enrichi de toutes sortes de pierres précieuses ; la sardoine, la topaze, le jaspe, la chrysolithe, l’onyx, le béryl, le saphir, l’escarboucle, l’émeraude et l’or ont été employés pour relever votre beauté ; et les instruments de musique les plus excellents ont été préparés pour célébrer le jour auquel vous avez été créé.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ta couverture (operimentum tuum) ; exprime non seulement le vêtement, mais tout ce qui sert à couvrir, comme les couvertures du lit, etc. ; il en est de même du terme hébreu correspondant, il signifie couverture en général. ― Tes bijoux percés ; littéralement, tes trous (foramina tua) ; c’est-à-dire, selon saint Jérôme, et les plus habiles hébraïsants modernes, les endroits où tu renfermes tes trésors ; suivant d’autres, des chatons de bague dans lesquels on enchâsse des pierres précieuses ; explication parfaitement conforme au contexte.
Vous étiez comme un chérubin qui étend ses ailes, et qui protège : je vous ai établi sur la montagne sainte de Dieu, et vous avez marché au milieu des pierres brûlantes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Tu étais un chérubin, etc., allusion aux chérubins qui couvraient et protégeaient ainsi l’arche dans le temple du Seigneur, sur sa montagne sainte. ― Tu as marché, etc. ; c’était la coutume chez les anciens d’orner les murs et le pavé des appartements, non seulement de marbre, mais encore de pierres précieuses. D. Calmet a cité plusieurs exemples de ces sortes de somptuosités dans son Comment. littér. sur le livre d’Esther, I, 6.
Vous étiez parfait dans vos voies au jour de votre création, jusqu’à ce que l’iniquité a été trouvée en vous.
Dans la multiplication de votre commerce vos entrailles ont été remplies d’iniquité : vous êtes tombé dans le péché, et je vous ai chassé de la montagne de Dieu. Je vous ai exterminé, ô chérubin ! qui protégiez les autres, du milieu des pierres brûlantes.
Car votre cœur s’est élevé dans son éclat, vous avez perdu la sagesse dans votre beauté. Je vous ai précipité en terre ; je vous ai exposé devant la face des rois, afin qu’ils jetassent les yeux sur vous.
Vous avez violé la sainteté de votre demeure par la multitude de vos iniquités, et par les injustices de votre commerce ; c’est pourquoi je ferai sortir du milieu de vous un feu qui vous dévorera, et je vous réduirai en cendres sur la terre, aux yeux de tous ceux qui vous verront.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ton sanctuaire ; la montagne sainte de Dieu. Comparer au verset 14.
Tous ceux qui vous considéreront parmi les peuples, en seront frappés d’étonnement ; vous avez été anéanti, et vous ne serez plus pour jamais.
Le Seigneur me parla encore, et me dit :
Fils de l’homme, tournez votre visage contre Sidon, et prophétisez contre cette ville,
et dites : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Je viens à vous, Sidon, je serai glorifié au milieu de vous ; et vos habitants sauront que je suis le Seigneur, lorsque j’aurai exercé mes jugements sur eux, et que j’aurai fait éclater ma puissance et ma sainteté au milieu d’eux.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Je serai glorifié ; par les châtiments que j’exercerai sur toi. ― Ils sauront ; c’est-à-dire ses habitants. ― Sur elle. Le Seigneur ne s’adresse plus directement à Sidon, mais à son prophète. Ce changement subit de personne est très commun dans le style prophétique. ― Que j’aurai été sanctifié en elle ; voir sur cette expression, Ezéchiel, 20, 41.
J’enverrai la peste dans Sidon ; je ferai couler le sang dans ses rues ; ses habitants tomberont de tous côtés au milieu d’elle, et périront par l’épée ; et ils sauront que c’est moi qui suis le Seigneur.
Alors il n’y aura plus de sujet d’amertume pour la maison d’Israël, ni d’épine qui la blesse, de la part de tous ceux qui les environnaient et qui s’élevaient contre eux ; et ils sauront que c’est moi qui suis le Seigneur Dieu.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Sidon ne sera plus, etc. Sidon, en effet, fut un sujet de honte et de scandale pour la maison d’Israël, en l’engageant dans l’idolâtrie par Jézabel, femme d’Achab et fille d’Ethbaal, roi des Sidoniens (voir 3 Rois, 16, 31). Sidon fut aussi un sujet d’affliction et d’amertume pour le peuple du Seigneur en insultant à son malheur et à sa captivité. Enfin elle fut comme une épine qui pique et qui blesse douloureusement, par les vexations et les violences qu’elle commit contre les Israélites, aussi bien que leurs autres voisins les Tyriens, les Moabites, les Ammonites, etc. ― L’environnent, la combattent. Dans l’hébreu comme dans la Vulgate, au lieu du singulier féminin la, on lit le masculin pluriel les ; parce que Sidon, et maison d’Israël, sont mis ici pour les Sidoniens et les Israélites. ― A Sidon, « pas de traces de sa grandeur passée, dit Lamartine. Une jetée circulaire, formée de rochers énormes, enceint une darse comblée de sable, et quelques pêcheurs, avec leurs enfants, les jambes dans l’eau, poussent à la mer une barque sans mâture et sans voiles, seule image maritime de cette seconde reine des mers. »
Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Lorsque j’aurai rassemblé la maison d’Israël d’entre tous les peuples parmi lesquels je les ai dispersés, je serai sanctifié parmi eux à la vue des nations, et ils habiteront dans leur terre, que j’avais donnée à mon serviteur Jacob.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ils ; c’est-à-dire les Israélites, désignés par l’expression la maison d’Israël. Voir la note précédente. ― Je serai sanctifié. Voir sur cette expression, Ezéchiel, 20, 41.
Ils y habiteront sans aucune crainte, ils bâtiront des maisons, ils planteront des vignes, et ils vivront dans une pleine assurance, lorsque j’aurai exercé mes jugements sur tous ceux qui sont autour d’eux, et qui les combattent ; et ils sauront que c’est moi qui suis le Seigneur, leur Dieu.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ils. Voir la note précédente.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Disant (dicens). Voir sur ce mot, Ezéchiel, 3, 16.