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Jérémie 22
VOICI ce que dit le Seigneur : Descendez dans la maison du roi de Juda, et vous lui parlerez en ces termes :
Ecoutez la parole du Seigneur, roi de Juda, qui êtes assis sur le trône de David : écoutez-la, vous et vos serviteurs, et votre peuple, qui entrez par les portes de la maison royale.
Voici ce que dit le Seigneur : Agissez selon l’équité et la justice, et délivrez de la main du calomniateur celui qui est opprimé par violence. N’affligez point l’étranger, l’orphelin et la veuve ; ne les opprimez point injustement, et ne répandez point en ce lieu le sang innocent.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Jérémie, 21, 12. ― De l’oppresseur (calumniatoris). Nous avons déjà fait remarquer que la Vulgate rend souvent par calomnier le verbe hébreu traiter injustement et avec violence, opprimer.
Car si vous vous conduisez de cette sorte, des rois qui seront de la race de David, qui s’assiéront sur son trône, et qui monteront sur des chariots et sur des chevaux, passeront par les portes de ce palais, eux, et leurs serviteurs, et leurs peuples.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Si observant vous observez ; hébraïsme, pour si vous observez entièrement.
Mais si vous n’écoutez point mes paroles, je jure par moi-même, dit le Seigneur, que ce palais sera réduit en un désert.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Galaad ; pays très beau et très fertile au-delà du Jourdain, et qui avait fait partie du royaume d’Israël. Dieu donne ce nom au palais de Juda pour relever sa magnificence et ses richesses, mais en même temps pour faire connaître que, comme cette province du royaume d’Israël avait été désolée par Théglathphalasar, roi des Assyriens (voir 4 Rois, 15, 29), la maison de Juda devait craindre le même châtiment, si elle imitait l’infidélité de la maison d’Israël. ― Liban ; montagne élevée, au nord-ouest de la Palestine.
Car voici ce que le Seigneur dit de la maison du roi de Juda : Maison riche comme Galaad, et qui es devant moi comme la tête du Liban, je jure que je te réduirai en une affreuse solitude, et que je rendrai tes villes inhabitables.
Je consacrerai les mains et les armes de tes ennemis qui tueront ceux qui t’habitent : ils abattront tes cèdres les plus hauts, et les jetteront dans le feu.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Je consacrerai (sanctificabo). Comparer pour le sens de ce mot, à Jérémie, 6, 4.
Plusieurs peuples passeront par cette ville, et ils se diront l’un à l’autre : Pourquoi Dieu a-t-il ainsi traité cette ville si puissante ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Deutéronome, 29, 24 ; 3 Rois, 9, 8.
Et on leur répondra : C’est parce qu’ils ont abandonné l’alliance du Seigneur, leur Dieu, et qu’ils ont adoré et servi des dieux étrangers.
Ne pleurez point un roi mort, ne faites point pour lui le deuil ordinaire ; mais pleurez avec beaucoup de larmes celui qui sort de cette ville, parce qu’il n’y reviendra plus, et qu’il ne reverra jamais le pays de sa naissance.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Un mort, selon l’hébreu ; le mort, suivant les Septante ; c’est-à-dire, le roi Josias, mort pieusement peu auparavant et fort regretté du peuple (voir 2 Paralipomènes, 35, 24). ― Celui qui sort ; Joachaz, appelé aussi Sellum. Voir le verset suivant.
Car voici ce que dit le Seigneur touchant Sellum, fils de Josias, roi de Juda, qui a régné après Josias, son père, et qui est sorti de cette ville : Il n’y reviendra jamais ;
mais il mourra au lieu où je l’ai fait transférer, et il ne verra plus cette terre.
Malheur à celui qui bâtit sa maison dans l’injustice, et qui se fait de grands appartements dans l’iniquité ; qui opprimera son ami sans aucun sujet, et qui ne le récompensera point de ce qu’il lui aura ravi ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Celui qui bâtit, etc. ; Joakim établi roi par Néchao en la place de Sellum.
qui dit en lui-même : Je me ferai bâtir une maison vaste, et des appartements spacieux ; qui s’y fait faire de grandes fenêtres, des lambris de cèdre qu’il peint d’un rouge éclatant.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La terre de Sinope ; servait à faire une couleur rouge d’un vif éclat. ― Le texte original, au lieu de terre de Sinope, parle d’un rouge vif.
Prétendez-vous affermir votre règne, parce que vous vous comparez au cèdre ? Votre père n’a-t-il pas vécu heureusement en suivant l’équité, et en rendant la justice ? et tout ne lui succédait-il pas alors à souhait ?
En défendant la cause du pauvre et de l’indigent, il s’est fait du bien à lui-même. Car tout son bonheur ne lui est-il pas arrive parce qu’il m’a connu ? dit le Seigneur.
Mais vos yeux et votre cœur ne sont attentifs qu’à satisfaire votre avarice, qu’à répandre le sang innocent, qu’à inventer des calomnies, qu’à courir au mal.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ton, seulement (ou si ce n’est) sont exprimés dans l’hébreu. ― Calomnie ; ou bien selon l’hébreu, injustice violente, oppression.
C’est pourquoi, voici ce que dit le Seigneur touchant Joakim, fils de Josias, roi de Juda : Ils ne le pleureront point en disant : Ah ! frère malheureux ! ah ! sœur malheureuse ! Ils ne le plaindront point en criant : Ah ! prince déplorable ! ah ! grandeur bientôt finie !
Sa sépulture sera comme celle d’un âne mort ; on le jettera tout pourri hors des portes de Jérusalem.
Commentaire (versets 18 à 19) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 18 à 19 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Voir plus haut, Jérémie, note 21.2 ― Malheur, frère ! malheur, maître. Ce sont les cris de lamentation qu’on faisait entendre dans la cérémonie des funérailles. Voir plus loin, Jérémie, 34, 5 ; 3 Rois, 13, 30. ― Joakim. Le quatrième livre des Rois (voir 4 Rois, 24, 5) raconte sa mort, comme le fait remarquer saint Jérôme, mais il ne dit pas qu’il fut enseveli, parce qu’il fut privé de cet honneur. Voir Jérémie, 36, 30.
Montez, fille de Sion, sur le Liban, et criez ; élevez votre voix sur le Basan, et criez à ceux qui passent, parce que tous ceux qui vous aimaient ont été réduits en poudre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Monte, élève, crie ; étant au féminin en hébreu, on ne peut leur supposer pour sujet ou nominatif que le mot Jérusalem ou Sion. ― Liban. Voir le verset 6. ― Basan ; montagne fertile, au nord-est de la Palestine ; l’une et l’autre peuvent être le symbole des montagnes mêmes sur lesquelles Jérusalem était bâtie.
Je vous ai parlé lorsque vous étiez dans l’abondance, et vous avez dit : Je n’écouterai point. Ç’a été votre conduite ordinaire dès votre jeunesse, de vous rendre toujours sourde à ma voix.
Tous vos pasteurs ne se repaîtront que de vent, et tous ceux qui vous aimaient seront emmenés captifs. C’est alors que vous serez confondue, et que vous rougirez de toute votre malice.
Vous qui êtes assise sur le Liban, et qui faites votre nid dans les cèdres, combien jetterez-vous de cris, lorsque vous vous sentirez tout d’un coup attaquée par des douleurs pareilles à celles d’une femme qui est en travail d’enfant ?
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le Liban ; désigne ici Jérusalem, assise sur ses montagnes.
Je jure par moi-même, dit le Seigneur, que quand Jéchonias, fils de Joakim, roi de Juda, serait comme un anneau dans ma main droite, je ne laisserais pas de l’arracher de mon doigt,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Je vis, moi ; formule de serment expliquée dans Isaïe, 49, 18. ― Un anneau, qui sert à sceller, est un objet précieux, cher à son possesseur, qui ne s’en sépare pas volontiers.
et de le livrer entre les mains de ceux qui cherchent à lui ôter la vie, entre les mains de ceux dont vous redoutez le visage ; entre les mains de Nabuchodonosor, roi de Babylone, et entre les mains des Chaldéens.
Et je vous enverrai, vous et votre mère qui vous a mis au monde, dans une terre étrangère dans laquelle vous n’êtes point nés, et vous y mourrez.
Et ils ne reviendront jamais dans cette terre vers laquelle leur âme soupirera dans le désir d’y revenir.
Ce prince Jéchonias n’est-il donc plus que comme un pot de terre qui est cassé, ou comme un vaisseau qui n’a plus rien que de méprisable ? Pourquoi a-t-il été rejeté, lui et sa race, et envoyé dans un pays qui lui était inconnu ?
Terre ! terre ! terre ! écoutez la parole du Seigneur.
Voici ce que dit le Seigneur : Écrivez que cet homme sera stérile ; que rien ne lui réussira durant sa vie, et qu’il ne sortira point d’homme de sa race qui soit assis sur le trône de David, ni qui exerce à l’avenir la puissance souveraine dans Juda.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Inscris ; dans les tables généalogiques. ― Stérile ; non pas qu’il ait été positivement privé d’enfants, puisque l’Ecriture elle-même dit le contraire (voir 1 Paralipomènes, 3, 17 ; Matthieu, 1, 12) ; mais stérile en ce sens qu’aucun de ses enfants ne régna après lui.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voici, etc. Cette prophétie se rapporte au temps du règne de Joakim, qui monta sur le trône après que le Pharaon Néchao eut déposé et emmené en Egypte son frère Joachaz. Comparer à 4 Rois, 23, 34.