Aller au contenu
Quaestio
Confort de lecture
Taille
Espacement
Présentation
Police

Ces réglages restent sur cet appareil et valent pour toutes les pages de lecture du site.

← Sagesse 16 Sagesse 17 sur 19 chapitres Sagesse 18 →

Sagesse 17

Vos jugements sont grands, ô Seigneur, et vos paroles sont ineffables, C’est pourquoi les âmes sans science se sont égarées.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Inexprimables (inenarrabilia) ; ou difficiles à exposer, à expliquer, comme porte le texte grec. ― Les âmes sans science ; littéralement indisciplinées (indisciplinatæ) ; mais il faut se rappeler que dans l’Ecriture, et surtout dans les Livres sapientiaux, le mot disciplina s’emploie fréquemment pour science ; aussi le grec porte-t-il ici sans instruction, sans éducation. Or ces âmes sans science, de même que les impies, mentionnés dans le verset suivant, désignent les Egyptiens.

Car les méchants s’étant persuadés qu’ils pourraient dominer la nation sainte, ont été liés par une chaîne de ténèbres et d’une longue nuit ; et renfermés dans leur maison, ils ont langui dans cet état, malgré les efforts qu’ils faisaient pour se soustraire à cette Providence qui ne cesse jamais d’agir.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Exode, 10, 23. ― Fuyant (fugitivi), etc. ; allusion aux esclaves fugitifs, que leurs maîtres chargent de chaînes et enferment dans un sombre cachot. ― Description de la neuvième plaie d’Egypte, celle des ténèbres (du chapitre 17, verset 1 au chapitre 18, verset 4). Elle fut produite par le vent appelé khamsin, qui obscurcit l’air et le remplit d’une poussière impalpable qui pénètre partout. Les Egyptiens fuient la tempête en s’enfermant sous leurs toits.

Et s’imaginant qu’ils pourraient demeurer cachés dans la nuit obscure de leurs péchés, ils se trouvèrent dispersés et comme mis en oubli sous un voile de ténèbres, saisis d’une horrible frayeur, et frappés d’un profond étonneraient.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Saisis d’un horrible effroi. Les tempêtes de khamsin, surtout quand elles sont portées à un degré extraordinaire, comme dans le miracle de la neuvième plaie, produisent un grand malaise et par conséquent une grande terreur.

Les lieux secrets où ils s’étaient retirés ne les défendaient point de la crainte, parce qu’il s’élevait des bruits qui les effrayaient, et qu’ils voyaient paraître des spectres affreux qui les remplissaient encore d’épouvante.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Des spectres lugubres apparaissent aux Egyptiens enfiévrés par la tempête.

Il n’y avait point de feu si ardent qui leur pût donner aucune clarté, et les flammes si pures des étoiles ne pouvaient éclairer cette horrible nuit.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Aucun feu ardent ne pouvait leur donner la lumière du soleil, complètement voilé par le sable impalpable qui remplit l’atmosphère dans les tempêtes de khamsin.

Il leur paraissait tout d’un coup des éclairs de feu qui les remplissaient de crainte ; et étant épouvantés par ces fantômes qu’ils ne faisaient qu’entrevoir, tous ces objets leur en paraissaient encore plus effroyables.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Un feu subit, etc. Ce feu subit qui passait comme un éclair, leur permettait d’entrevoir les objets, mais non de les remarquer à loisir et distinctement. C’est cette vue subite et interrompue qui au lieu de les rassurer augmentait leur terreur, et par là même leur faisait juger les choses plus affreuses et plus terribles qu’elles ne l’étaient réellement. ― Il leur apparaissait un feu subit. Au lieu de subit, le texte original porte : « un bûcher qui s’allume de lui-même, » expression qui exprime très bien l’état de l’atmosphère embrasée par le khamsin. Elle est rougeâtre comme les lueurs d’un incendie.

C’est alors que toutes les illusions de l’art des magiciens devinrent inutiles, et que cette sagesse dont ils faisaient gloire fut convaincue honteusement de fausseté.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Exode, 7, 22 ; 8, 7.

Car au lieu qu’ils faisaient profession de bannir le trouble et la crainte de l’âme dans sa langueur, ils languissaient eux-mêmes ridiculement dans l’épouvante dont ils étaient tout remplis.

Lors même qu’il ne leur paraissait rien qui les pût troubler, les bêtes qui passaient et les serpents qui sifflaient les mettant comme hors d’eux-mêmes, les faisaient mourir de peur, et ils eussent voulu s’empêcher de voir et de respirer l’air, quoique cela soit impossible.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’air…, ils refusaient de le voir. C’est en effet dans l’air qu’est le fléau.

Car comme la méchanceté est timide, elle se condamne par son propre témoignage ; et étant épouvantée par la mauvaise conscience, elle se figure toujours les maux plus grands qu’ils ne sont

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Troublée (turbala) ; se rapporte à méchanceté qui précède. ― Par la conscience (conscientia). C’est le sens formel des Septante. La Vulgate étant amphibologique, nous avons cru devoir l’interpréter par le texte grec, contrairement à Bible catholique anglaise, à celle de Scio (en espagnol), à celle d’Allioli et à celle de Loch et Reischl (en allemand).

Aussi la crainte n’est autre chose que le trouble de l’âme qui se croit abandonnée de tout secours.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’abandon, etc. ; le manque, la privation des secours que la pensée peut offrir.

Et moins elle attend de soulagement au dedans d’elle, plus elle grossit, sans les bien connaître, les sujets qu’elle a de se tourmenter.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La cause inconnue ; littéralement l’ignorance de la cause.

Mais étant alors tout abattus d’un même sommeil dans cette effroyable nuit, qui leur était survenue du plus profond des enfers,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Impuissante. Cette nuit est ainsi appelée, soit parce qu’elle mettait les Egyptiens dans l’impuissance d’agir, soit parce qu’elle ne pouvait être ni évitée, ni éclairée.

Ils étaient effrayés d’un côté par ces spectres qui leur apparaissaient, et de l’autre, parce que le cœur leur manquait, se trouvant surpris par des craintes soudaines et auxquelles ils ne s’attendaient pas.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Par l’abandon de leur âme ; dans le grec par la trahison de l’âme ; c’est-à-dire que leur âme effrayée elle-même les abandonnait.

Que si quelqu’un était tombé, il demeurait renfermé sans chaînes dans cette prison de ténèbres.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sans chaînes autres qui le retinssent que l’obscurité même qui les environnait de toutes parts. Comparer au verset 17. ― Quand le khamsin est déchaîné avec violence, l’indigène se couche dans son manteau et ne bouge plus, pour échapper autant que possible à la poussière impalpable et brûlante qui pénètre partout.

Car soit que ce fût un paysan ou un berger, ou un homme occupé aux travaux de la campagne, qui fût ainsi surpris, il se trouvait dans une nécessité et un abandonnement inévitables ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Une nécessité inévitable ; celle de ne pouvoir quitter le lieu où il avait été surpris par les ténèbres et la frayeur.

Parce qu’ils étaient tous liés d’une même chaîne de ténèbres. Un vent qui soufflait, le concert des oiseaux qui chantaient agréablement sur les branches touffues des arbres, le murmure de l’eau qui coulait avec impétuosité,

Le grand bruit que les pierres faisaient en tombant, le mouvement des animaux qui se jouaient ensemble sans qu’ils les pussent apercevoir, le hurlement des bêtes cruelles, ou les échos qui retentissaient du creux des montagnes, toutes ces choses frappant leur oreille les faisaient mourir d’effroi.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sans être aperçus. Ils entendaient le hurlement des animaux, mais ils ne les voyaient pas.

Car tout le reste du monde était éclairé d’une lumière très-pure, et s’occupait à son travail sans aucun empêchement.

Eux seuls étaient accablés d’une profonde nuit, image des ténèbres qui leur étaient réservées ; et ils étaient devenus plus insupportables à eux-mêmes que leurs propres ténèbres.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Image, etc. L’écrivain sacré fait allusion au malheur éternel qui attendait les Egyptiens après leur mort, sous l’image d’une nuit profonde. C’est ainsi que l’enfer et la damnation nous sont représentés dans l’Evangile et dans les écrits des Apôtres. Voir Matthieu, 8, 12 ; 22, 13 ; 2 Pierre, 2, 17 ; Jude, 1, 13, etc.