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Sagesse 14
Un autre aussi ayant entrepris de se mettre en mer, et commençant à faire voile sur les flots impétueux, invoque un bois plus fragile que n’est le bois qui le porte.
Car le désir de gagner a inventé la structure de ce bois, et l’ouvrier en a formé un vaisseau par son adresse.
Mais c’est votre prudence, ô Père, qui le gouverne ; car c’est vous qui avez ouvert un chemin au travers de la mer, et une route très-assurée au milieu des flots,
Pour faire voir que vous pouvez sauver de tous les périls, quand on s’engagerait même sur la mer sans le secours d’aucun art.
Mais afin que les ouvrages de votre sagesse ne fussent point inutiles, les hommes ne craignent pas de confier leur vie à un peu de bois, et, passant la mer, ils se sauvent des dangers avec un vaisseau.
Aussi, dès le commencement du monde, lorsque vous fîtes périr les géants superbes, un vaisseau fut l’asile et le dépositaire de l’espérance de l’univers ; et étant gouverné par votre main, il conserva au monde la tige de laquelle il devait renaître.
Car le bois qui sert à la justice est un bois béni :
Mais le bois dont on fait l’idole est maudit lui-même, aussi bien que l’ouvrier qui l’a faite : celui-ci, parce qu’il a fait une idole ; et celui-là parce que, n’étant qu’un bois fragile, il porte le nom de dieu.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Psaumes, 113, 4 ; Baruch, 6, 3.
Car Dieu a également en horreur l’impie et son impiété ;
Et l’ouvrage souffrira la même peine que l’ouvrier qui l’a fait.
C’est pourquoi les idoles des nations ne seront point épargnées, parce que les créatures de Dieu sont devenues un objet d’abomination, un sujet de tentation aux hommes, et un filet où les pieds des insensés se sont pris.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Pour les idoles des nations, etc. ; c’est-à-dire qu’elles ne seront pas épargnées, mais renversées et détruites. C’est ce que les prophètes avaient prédit. Voir Isaïe, 2, 20 ; Jérémie, 10, 5 ; Ezéchiel, 30, 13 ; Zacharie, 13, 2. Comparer au verset 13.
Le premier essai de former des idoles a été le commencement de prostitution ; et leur établissement a été l’entière corruption de la vie humaine :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La recherche des idoles ; c’est le premier essai qui a été fait pour en fabriquer. Or ce premier essai a été suivi de la fornication, qui est devenue une partie du culte des idoles. Par fornication, quelques interprètes entendent l’idolâtrie elle-même, qui est souvent appelée de ce nom. ― Leur découverte, etc. Une fois trouvé et établi, le culte des idoles a introduit la corruption, c’est-à-dire, outre la fornication, toute sorte d’affreux dérèglements parmi les hommes.
Car les idoles n’ont point été dès le commencement, et elles ne seront point pour toujours.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Car elles n’étaient pas au commencement. Les idoles n’existaient pas, en effet, lorsque fut créé le premier homme, qui ne connut et n’adora qu’un Dieu, son créateur. Par conséquent, l’idolâtrie, qui ne fut introduite que dans des temps postérieurs par des hommes pervers, loin d’être conforme à la nature de l’homme, y est entièrement opposée. ― Elles ne seront pas pour toujours. Les prophètes l’avaient prédit (voir verset 11), et la prédication de l’Evangile a confirmé leur prédiction ; car depuis la venue du Messie, qui lui a porté un coup mortel, l’idolâtrie n’a cessé de diminuer.
C’est la vanité des hommes qui les a introduites dans le monde ; c’est pourquoi on en verra bientôt la fin.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
S’est trouvée prompte (est inventus). Le verbe étant au passé dans le grec comme dans la Vulgate, l’auteur sacré fait sans doute allusion à la destruction du monde par le déluge, ou à quelque autre évènement antérieur à son époque, mais dont l’histoire ne nous a laissé aucune mention.
Un père affligé de la mort précipitée de son fils fit faire l’image de celui qui lui avait été ravi sitôt ; il commença à adorer comme dieu celui qui comme homme était mort un peu auparavant, et il lui établit parmi ses serviteurs un culte et des sacrifices.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Une des causes de l’idolâtrie fut le regret excessif causé par la perte des parents et des amis. Voir 2 Machabées, 11, 23. ― Il établit pour lui parmi ses serviteurs un culte et des sacrifices. C’est ce qui avait lieu en particulier en Egypte.
Cette coutume criminelle s’étant autorisée de plus en plus dans la suite du temps, l’erreur fut observée comme une loi, et les idoles furent adorées par le commandement des princes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Et par le commandement, etc. Voir Daniel, 3, 1-22.
Les hommes aussi ne pouvant honorer ceux qui étaient bien loin d’eux firent apporter leur tableau du lieu où ils étaient, et ils exposèrent devant tout le monde l’image du roi à qui ils voulaient rendre honneur, pour révérer ainsi avec une soumission religieuse comme présent celui qui était éloigné.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
On avait divinisé les rois dans divers pays. En Egypte, les Lagides payaient régulièrement des sommes destinées à rendre les honneurs divins à leurs prédécesseurs.
L’adresse admirable des sculpteurs augmenta encore beaucoup ce culte dans l’esprit des ignorants.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Et les adorateurs ignorants ; littéralement et ceux qui ignoraient (et hos qui ignorabant). Cet accusatif hos de la Vulgate peut être le régime de la préposition ad, exposant du premier complément culturam du verbe provexit, ou second complément de ce même verbe ; car ces deux sortes de constructions sont également usitées, au moins en hébreu.
Chacun d’eux, voulant plaire à celui qui l’employait, épuisa tout son art pour faire une figure parfaitement achevée.
Et le peuple ignorant, surpris par la beauté de cet ouvrage, commença de prendre pour un dieu celui qu’un peu auparavant il avait honoré comme un homme.
Ç’a été là la source de l’illusion de la vie humaine, de ce que les hommes, ou possédés par leur affection particulière, ou se rendant trop complaisants aux rois, ont donné à des pierres et à du bois un nom incommunicable à la créature.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le nom incommunicable, le nom de Dieu, Jéhovah, qui ne se communique pas aux créatures, comme quelques autres, par exemple Elôhim, Adônâï. Les Juifs, par respect, ne le prononcent jamais ; ils y subsistent Adônâï, que les Septante et la Vulgate ont constamment traduit par le Seigneur. Phrase suivante supprimée.
Il n’a pas même suffi aux hommes d’être dans ces erreurs touchant la connaissance de Dieu ; mais vivant dans une grande confusion causée par l’ignorance, ils donnent le nom de paix à des maux si grands et en si grand nombre.
Car ou ils immolent leurs propres enfants, ou ils font en secret des sacrifices infâmes, ou ils célèbrent des veilles pleines d’une brutalité furieuse :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Deutéronome, 18, 10 ; Jérémie, 7, 6. ― En immolant leurs propres enfants. Voir Sagesse, note 12.4-5. Cet usage barbare subsistait encore à Carthage, quand écrivait l’auteur de la Sagesse. ― Ou faisant des sacrifices clandestins, allusion aux mystères, tels que ceux d’Eleusis, etc. ― Célébrant des villes pleines d’une brutalité furieuse, dans les orgies du culte de Bacchus, voir 2 Machabées, 6, 4 ; Romains, 13, 13 ; Baruch, 6, 43.
De là vient qu’ils ne gardent plus aucune honnêteté, ni dans leur vie, ni dans leur mariage ; mais l’un tue l’autre par envie, ou l’outrage par l’adultère :
Tout est dans la confusion, le sang, le meurtre, le vol, la tromperie, la corruption, l’infidélité, le tumulte, le parjure, le trouble des gens de bien,
L’oubli de Dieu, l’impureté des âmes, l’avortement, l’inconstance des mariages, et les dissolutions de l’adultère et de l’impudicité.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le changement de naissance ; la confusion dans la naissance des enfants, dont la vraie origine ne saurait être assurée au milieu d’une si affreuse corruption des mariages.
Car le culte des idoles abominables est la cause, le principe et la fin de tous les maux.
Car ou ils s’abandonnent à la fureur dans leurs divertissements, ou ils font des prédictions pleines de mensonge, ou ils vivent dans l’injustice, ou ils se parjurent sans aucun scrupule ;
Parce que ayant mis leur confiance en des idoles qui n’ont point d’âme, ils ne craignent point d’être punis de leurs parjures.
Mais ils recevront la punition de ce double crime, parce qu’ils ont eu des sentiments impies de Dieu en révérant les idoles, et parce qu’ils ont fait de faux serments sans se mettre en peine de blesser la justice par leur perfidie.
Car ce n’est point la puissance de ceux par qui on a juré, mais la justice armée contre les pécheurs, qui punit toujours l’infidélité des hommes injustes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Parmi les païens, il s’en trouvait qui croyaient que les dieux punissaient quelquefois les parjures ; le Sage leur montre ici que, si cela arrive, ce n’est pas à ces fausses divinités qu’il faut l’attribuer, mais au souverain Seigneur.
Commentaire (versets 2 à 7) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 2 à 7 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Ces versets forment une parenthèse, dans laquelle l’auteur montre comment, avec la permission de Dieu, la navigation a été inventée par les hommes, afin de faire éclater sa toute-puissance et comment Dieu s’en est servi dans le déluge pour répandre ses bénédictions sur le genre humain. Béni est le bois, etc. ; expression mystérieuse dans laquelle les Pères découvrent le bois de la croix du Sauveur, laquelle, contribuant à son sacrifice, a procuré au monde le don de la justice qu’il nous a méritée par son sang. Ce bois sacré est figuré par le bois même de l’Arche qui sauva Noé et sa famille.