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Sagesse 10
C’est elle qui conserva celui que Dieu avait formé le premier pour être le père du monde, ayant d’abord été créé seul ;
C’est elle aussi qui le tira de son péché, et qui lui donna la force de gouverner toutes choses.
Lorsque l’injuste, dans sa colère, se sépara d’elle, il périt malheureusement par la fureur qui le rendit le meurtrier de son frère.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Genèse, 4, 8. ― Un injuste ; c’est-à-dire Caïn. ― Au meurtre de son frère, Abel.
Et lorsque le déluge inonda la terre à cause de lui, la sagesse sauva encore le monde, dirigeant le juste sur les eaux à l’aide d’un faible bois.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Genèse, 7, 21. ― A cause de lui ; à cause de ses péchés que ses descendants imitèrent. ― Un bois méprisable. L’arche de Noé, désigné ici sous le nom de juste, parut, en effet, méprisable aux yeux de ses contemporains impies.
Et lorsque les nations conspirèrent ensemble pour s’abandonner au mal, c’est elle qui connut le juste, qui qui le conserva irrépréhensible devant Dieu, et qui lui donna la force de vaincre la tendresse qu’il ressentait pour son fils.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Genèse, 11, 2. ― Le juste ; probablement Abraham, qui se conserva pur au milieu des peuples idolâtres, et même au milieu de la famille de son père, qui adorait les idoles. ― Et le conserva fort, etc. Ceci convient parfaitement à Abraham, qui, comme le remarque saint Ambroise, se montra sage en croyant à Dieu, qui lui parlait, et en ne préférant pas son amour pour son fils aux ordres de son Dieu ; juste, en rendant au créateur ce qu’il tenait de sa libéralité ; enfin, fort et généreux, en réprimant les sentiments de la nature, en offrant à Dieu un sacrifice entier de tout ce qu’il avait de plus cher au monde, et de tout ce qu’il ressentait de plus vif et de plus tendre.
C’est elle qui délivra le juste lorsqu’il fuyait du milieu des méchants, qui périrent par le feu tombé sur les cinq villes
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Genèse, 19, vv. 17, 22. ― Un juste ; c’est Lot. ― La Pentapole ; c’est-à-dire les cinq villes : Sodome, Gomorrhe, Adam, Séboïm et Ségor ; cette dernière fut préservée par les prières de Lot. Ce qui est dit dans ce verset et le suivant sur la Pentapole se trouve confirmé par les relations des voyageurs.
Dont la corruption est marquée par cette terre qui fume encore, qui est demeurée toute déserte, où les arbres portent des fruits qui ne mûrissent point. et où l’on voit une statue de sel, qui est le monument d’une âme incrédule.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Des fruits hors de saison (incerto tempore) ; qui ne mûrissent pas. C’est l’opposé des fruits qui viennent dans leur temps tempore suo), comme le dit le Psalmiste (voir Psaumes, 1, 3), et qui par là même arrivent à une parfaite maturité. ― Une statue de sel, etc. Voir Genèse, 19, 24-26. ― Il ya toujours une évaporation très forte sur la mer Morte ; elle suffit pour compenser l’apport que lui fait le Jourdain, apport que Tobler évalue à six millions quatre-vingt dix mille tonnes par jour. C’est peut-être à ce phénomène que fait allusion l’auteur de la Sagesse ; mais il faut remarquer de plus que sur la rive orientale, il y a plusieurs sources qui se jettent dans l’ouadi Zerka, et dont l’eau presque bouillante remplit la vallée de vapeur fumante. ― Portant des fruits hors de saison, les célèbres pommes de Sodome. Josèphe dit que la terre de Sodome produit des fruits qui paraissent bons à manger, mais qui se réduisent en poussière dès qu’on les touche. On croit communément que c’est le fruit de l’asclépiade géante, l’ochar des Arabes. Il est jaune et ressemble à une pomme. On trouve sur la côte occidentale de la mer Morte et principalement à Engaddi un fruit qu’on appelle « pomme de Sodome. Il a neuf centimètres de la queue à l’extrémité et onze centimètres de circonférence. Il n’a pas de chair et n’est vraiment qu’une peau verte ressemblant à celle d’une figue, contenant des graines semblables aux pépins des pommes ordinaires. Chacun de ces pépins porte une grosse barbe d’environ trois centimètres de long, plus douce que la soie. Cette barbe se file plus facilement que le coton, mais elle n’a pas beaucoup de résistance. La plante qui le produit est vivace est semi-ligneuse ; elle ne dépasse guère la hauteur de trois mètres, et ses feuilles ressemblent assez à une petite feuille de chou cabu, excepté cependant qu’elles ne sont pas bombées. Ne serait-ce pas là le fruit dont parle le livre de la Sagesse ? » (LIEVIN.)
Car ceux qui ne se sont pas mis en peine d’acquérir la sagesse, non seulement sont tombés dans l’ignorance du bien, mais ils ont encore laissé aux hommes des marques de leur folie, sans que leurs fautes aient pu demeurer cachées.
Mais la sagesse a délivré de tous les maux ceux qui ont eu soin de la révérer.
C’est elle qui a conduit par des voies droites le juste, lorsqu’il fuyait la colère de son frère ; elle lui a fait voir le royaume de Dieu, lui a donné la science des saints, l’a enrichi dans ses travaux, et lui en a fait recueillir de grands fruits.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Genèse, 28, vv. 5, 10. ― Un juste ; Jacob, frère d’Esaü. ― L’a enrichi (honestavit). Voir Sagesse, 7, 11. Pour les autres détails concernant Jacob, et compris dans les versets 11 et 12, on peut comparer à Genèse, chapitres 31 à 33.
C’est elle qui l’a aidé contre ceux qui voulaient le surprendre par leurs tromperies, et qui l’a fait devenir riche.
Elle l’a protégé contre ses ennemis, l’a défendu des séducteurs, et l’a engagé dans un rude combat, afin qu’il demeurât victorieux, et qu’il sût que la sagesse est plus puissante que toutes choses.
C’est elle qui n’a point abandonné le juste lorsqu’il fut vendu, mais l’a délivré des mains des pécheurs : elle est descendue avec lui dans la fosse,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Genèse, 37, 28. ― Ce verset et le suivant tracent les principaux traits de l’histoire de Joseph, fils du patriarche Jacob.
Et elle ne l’a point quitté dans ses chaines jusqu’à ce qu’elle lui eût mis entre les mains le sceptre royal, et qu’elle l’eût rendu maitre de ceux qui l’avaient traité si injustement : elle a convaincu de mensonge ceux qui l’avaient déshonoré, et lui a donné un nom éternel.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Genèse, 41, 40 ; Actes des Apôtres, 7, 10. ― Le sceptre du royaume. Moïse dit que Pharaon établit Joseph sur toute sa maison, et qu’il lui donna une autorité absolue sur toute l’Egypte ; cela suffit pour justifier l’expression sceptre du royaume, surtout si on considère que dans le pays de Chanaan on donnait le nom de rois à tous ceux qui gouvernaient une ville ou qui étaient élevés à de grands honneurs, et qu’Abraham et Moïse sont appelés rois par Justin, Nicolas de Damas et l’historien Josèphe. ― Qui l’ont déshonoré ; c’est-à-dire qui ont cherché à le déshonorer par de fausses accusations, comme la femme de Putiphar.
C’est elle qui a délivré le peuple juste, la race irrépréhensible de la nation qui l’opprimait.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Exode, 1, 11. ― Un peuple, etc. Les Israélites pouvaient être appelés justes et irrépréhensibles, par rapport aux Egyptiens qu’ils n’avaient jamais offensés et qui les avaient réduits à la plus cruelle servitude, et même un peuple saint, avec le texte grec, puisque ce peuple était choisi de Dieu pour lui être consacré, et que dès lors il servait et adorait le Dieu que ses pères avaient servi et adoré, et que, de plus, les prémices en étaient consacrées à Dieu dans la personne des anciens patriarches et des autres justes qui leur avaient succédé dans ce même peuple. C’est ainsi que saint Paul, dans le temps même de la réprobation d’une partie du peuple juif, dit en parlant de cette nation : Que si les prémices sont saintes, la masse l’est aussi ; et si la racine est sainte, les rameaux aussi (voir Romains, 11, 16).
Elle est entrée dans l’âme d’un serviteur de Dieu, et elle s’est élevée avec des signes et des prodiges contre les rois redoutables.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
D’un serviteur de Dieu ; de moïse. ― Des rois redoutables. Moïse ne parut que devant Pharaon ; mais, comme on l’a vu au verset 14, on donnait dans ces temps-là le nom de roi aux grands et aux princes.
Elle a rendu aux justes la récompense de leurs travaux, les a conduits par une voie admirable, et leur a tenu lieu de couvert pendant tout le jour, et de la lumière des étoiles pendant la nuit ;
Elle les a conduits par la mer Rouge, et les a fait passer au travers des eaux profondes.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Exode, 14, 22 ; Psaumes, 67, 13 (?).
Elle a enseveli leurs ennemis dans la mer, et a retiré les siens du fond des abîmes. Ainsi les justes ont remporté les dépouilles des méchants ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Exode, 12, 35. ― Elle les a retirés eux-mêmes ; c’est-à-dire les Israélites appelés justes dans les versets précédents. La plupart des interprètes expliquent ainsi le texte ; mais quelques-uns appliquent le pronom les (illos) aux Egyptiens, nommés dans le même verset les ennemis des Israélites (inimicos illorum). Ces derniers se fondent : 1° sur ce que Moïse dit expressément qu’après avoir traversé la mer à pied sec, les enfants d’Israël virent les Egyptiens morts sur le rivage (voir Exode, 14, 31) ; 2° sur ce que l’auteur de la Sagesse ajoute immédiatement : C’est pour cela que les justes ont emporté les dépouilles des impies (des Egyptiens) ; arguments, il faut en convenir, plus spécieux que solides.
Ils ont honoré par leurs cantiques votre saint nom, ô Seigneur, et ils ont loué tous ensemble votre main victorieuse,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Exode, 15, 1.
Parce que la sagesse a ouvert la bouche des muets, et qu’elle a rendu éloquentes les langues des petits enfants.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Genèse, 2, 7. (?)