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Ecclésiaste 5

NE dites rien inconsidérément, et que votre cœur ne se hâte point de proférer des paroles devant Dieu. Car Dieu est dans le ciel, et vous sur la terre ; c’est pourquoi parlez peu.

La multitude des soins produit des songes ; et l’imprudence se trouve dans l’abondance des paroles.

Si vous avez fait un vœu à Dieu, ne différez point de vous en acquitter : car la promesse infidèle et imprudente lui déplaît. Mais accomplissez tous les vœux que vous aurez faits.

Il vaut beaucoup mieux ne faire point de vœux, que d’en faire et ne les pas accomplir.

Que la légèreté de votre bouche ne soit pas à votre chair une occasion de tomber dans le péché ; et ne dites pas devant l’ange, Il n’y a point de providence ; de peur que Dieu étant irrité contre vos paroles, ne détruise tous les ouvrages de vos mains.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ne permets pas que ta bouche fasse pécher ta chair. Cette phrase est susceptible de plusieurs sens ; le plus simple et le plus naturel, comme se liant parfaitement à ce qui précède, nous a paru être : Ne permets pas de prononcer aucun vœu témérairement ; parce que, en ne l’acquittant pas, tu te rendras coupable de péché. ― Ta chair, pour te, toi. Voir Ecclésiaste, 2, 3. ― L’ange ; probablement le prêtre à qui il appartenait de prononcer sur les vœux (voir Lévitique, 5, 4-8), et de la bouche duquel on recueillait l’explication de la loi, car le prophète Malachie (2, 7), l’appelle formellement l’ange du Seigneur. Saint Jean désigne aussi sous le nom d’anges les évêques (voir Apocalypse, 1, 20, etc.)

Où il y a beaucoup de songes, il y a aussi beaucoup de vanité et des discours sans fin ; mais pour vous, craignez Dieu.

Si vous voyez l’oppression des pauvres, la violence qui règne dans les jugements, et le renversement de la justice dans une province, que cela ne vous étonne pas : car celui qui est élevé en a un autre au-dessus de lui : et il y en a encore d’autres qui sont élevés au-dessus d’eux ;

et de plus, il y a un roi qui commande à tout le pays qui lui est assujetti.

L’avare n’aura jamais assez d’argent, et celui qui aime les richesses n’en recueillera point de fruit : c’est donc là encore une vanité.

Où il y a beaucoup de bien, il y a aussi beaucoup de personnes pour le manger. De quoi donc sert-il à celui qui le possède, sinon qu’il voit de ses yeux beaucoup de richesses ?

Le sommeil est doux à l’ouvrier qui travaille, soit qu’il ait peu ou beaucoup mangé ; mais le riche est si rempli de viandes, qu’il ne peut dormir.

Il y a encore une autre maladie bien fâcheuse que j’ai vue sous le soleil : des richesses conservées avec soin pour le tourment de celui qui les possède.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Job, 20, 20.

Il les voit périr avec une extrême affliction : il a mis au monde un fils qui sera réduit à la dernière pauvreté.

Comme il est sorti nu du sein de sa mère, il y retournera de même, et n’emportera rien avec lui de son travail.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Job, 1, 21 ; 1 Timothée, 6, 7.

C’est là vraiment une maladie bien digne de compassion : il s’en retournera comme il est venu. De quoi lui sert donc d’avoir tant travaillé en vain ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Pour le vent. Les Hébreux employaient le mot vent pour exprimer ce qu’il y a de plus léger, de plus vain.

Tous les jours de sa vie il a mangé dans les ténèbres, dans un embarras de soins, dans la misère et dans le chagrin.

J’ai donc cru qu’il est bon qu’un homme mange et boive, et qu’il se réjouisse dans le fruit qu’il tire de tout son travail qu’il endure sous le soleil, pendant les jours que Dieu lui a donnés pour la durée de sa vie ; et que c’est là son partage.

Et quand Dieu a donné à un homme des richesses, du bien, et le pouvoir d’en manger, de jouir de ce qu’il a eu en partage, et de trouver sa joie dans son travail, cela même est un don de Dieu.

Car il se souviendra peu des jours de sa vie, parce que Dieu occupe son cœur de délices.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Pas beaucoup ; c’est le sens donné par les Septante ; c’est aussi celui du non satis ou pas assez de la Vulgate, expliqué par l’hébreu. Ainsi l’auteur veut dire qu’en usant avec modération du fruit de ses travaux, l’homme dont il est question au verset précédent trouvera sa vie courte, parce que Dieu remplit son cœur de délices qui la lui font passer agréablement.