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Ecclésiaste 4
J’AI porté mon esprit ailleurs : j’ai vu les oppressions qui se font sous le soleil, les larmes des innocents qui n’ont personne pour les consoler, et l’impuissance où ils se trouvent de résister à la violence, abandonnés qu’ils sont du secours de tout le monde.
Et j’ai préféré l’état des morts à celui des vivants :
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Et j’ai loué, etc. ; c’est-à-dire j’ai trouvé l’état des morts préférable à celui des vivants. Saint Jérôme remarque que le sage ne considère dans cette expression que la souffrance dans l’état des vivants, et que le repos dans celui des morts. C’est ainsi que plusieurs saints personnages ont trouvé, dans certaines circonstances, la mort préférable à la vie. Voir 3 Rois, 19, 4 ; Tobie, 3, 1 ; 1 Machabée, 3, 50.
j’ai estimé plus heureux que les uns et les autres, celui qui n’est pas encore né, et qui n’a point vu les maux qui se font sous le soleil.
J’ai considéré aussi tous les travaux des hommes, et j’ai reconnu que leur industrie est exposée à l’envie des autres ; et qu’ainsi cela même est une vanité et une inquiétude inutile.
L’insensé met ses mains l’une dans l’autre, et il mange sa propre chair, en disant :
Un peu dans le creux de la main vaut mieux avec du repos, que plein les deux mains avec travail et affliction d’esprit.
En considérant toutes choses, j’ai trouvé encore une autre vanité sous le soleil :
Tel est seul et n’a personne avec lui, ni enfant, ni frère, qui néanmoins travaille sans cesse : ses yeux sont insatiables de richesses ; et il ne lui vient point dans l’esprit de se dire à lui-même : Pour qui est-ce que je travaille ? et pourquoi me priver moi-même de l’usage de mes biens ? C’est là encore une vanité, et une affliction bien malheureuse.
Il vaut donc mieux être deux ensemble, que d’être seul : car ils tirent de l’avantage de leur société.
Si l’un tombe, l’autre le soutient : malheur à l’homme seul ! car lorsqu’il sera tombé, il n’aura personne pour le relever.
Si deux dorment ensemble, ils s’échauffent l’un l’autre ; mais comment un seul s’échauffera-t-il ?
Si quelqu’un a de l’avantage sur l’un des deux, tous deux lui résistent : un triple cordon se rompt difficilement.
Un enfant pauvre, mais qui est sage, vaut mieux qu’un roi vieux et insensé, qui ne saurait rien prévoir pour l’avenir.
Car quelquefois tel est dans la prison et dans les chaînes, qui en sort pour être roi ; et tel est né roi, qui tombe dans une extrême pauvreté.
J’ai vu tous les hommes vivants qui marchent sous le soleil, avec le second jeune homme qui doit se lever en la place de l’autre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Le second ; l’héritier d’un roi, lequel doit régner en sa place, a souvent beaucoup plus de partisans que le roi régnant lui-même ; tout le peuple porte sur lui ses espérances. ― Pro eo. Le pronom eo tient lieu de primo ou rege, sous-entendu, et que suppose évidemment l’adjectif secundo. Plusieurs pensent que l’auteur fait ici allusion au roi vieux et insensé, et à l’enfant pauvre et sage du verset 13.
Tous ceux qui ont été avant lui sont un peuple infini en nombre, et ceux qui doivent venir après, ne se réjouiront point en lui ; mais cela même est une vanité et une affliction d’esprit.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Du peuple ; c’est-à-dire de la multitude.
Considérez où vous mettez le pied, lorsque vous entrez dans la maison du Seigneur, et approchez-vous pour écouter. Car l’obéissance vaut beaucoup mieux que les victimes des insensés, qui ne connaissent pas le mal qu’ils font.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Garde, etc. Considère où tu mets le pied, quand tu entres dans le temple ; c’est-à-dire songe à la conduite que tu dois y tenir ; et approche-toi de ceux qui annoncent sa parole, pour écouter et pratiquer les vérités qu’ils t’enseigneront. Cette docilité te rendra agréable au Seigneur. ― Car l’obéissance, etc. Voir 1 Rois, 15, 22 ; Osée, 6, 6.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les oppressions ; littéralement les calomnies. Voir Proverbes, 14, 31. ― Des oppresseurs ; littéralement d’eux (eorum), c’est-à-dire de ceux qui sont les auteurs des oppressions et des larmes dont il vient d’être fait mention.