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Psaumes 88

Intelligence ou instruction d’Éthan, Ezrahite.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Intelligence à Ethan l’Ezrahite. Comparer au titre du psaume précédent et à 3 Rois, 4, 31. ― La date de ce psaume est incertaine. On l’a rapporté à l’poque de la révolte d’Absalom, au temps de l’invasion de Sennachérib et aux règnes de Joakim, de Jéchonias ou de Sédécias. On peut le placer avec plus vraisemblance au moment de l’invasion de Sésac, pharaon d’Egypte, sous Roboam, voir 3 Rois, chapitre 14 ; 2 Paralipomènes, chapitre 12. ― La poésie est élevée, vive, colorée. ― Trois parties bien distinctes : 1° versets 2 à 19 : le Psalmiste célèbre les bienfaits de Dieu envers la maison de David pour exciter sa confiance en lui ; 2°, versets 20 à 38, il rappelle les promesses divines à la famille royale, afin de préparer la prière finale ; 3° versets 39 à 52, il fait un tableau saisissant de l’état de désolation dans lequel est le royaume et implore le salut. ― Le verset 53 est la doxologie qui termine le livre 3e de la collection des Psaumes.

JE chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur ; et ma bouche annoncera la vérité de vos promesses dans toutes les races.

Car vous avez dit : La miséricorde s’élèvera comme un édifice éternel dans les cieux : votre vérité, Seigneur ! y sera établie d’une manière solide.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sera affermie ; solidement établie ; littéralement sera préparée. L’hébreu a les deux significations ; mais c’est évidemment la première qui convient ici et au verset 5 ; elle est exigée par le parallélisme, qui fait loi pour l’explication des livres prophétiques de la Bible.

J’ai fait un pacte avec ceux que j’ai choisis : j’ai juré à David, mon serviteur :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 2 Rois, 7, 12.

que je conserverai éternellement sa race, et que j’affermirai son trône dans toute la postérité.

Les cieux publieront, Seigneur ! vos merveilles ; et on louera votre vérité dans l’assemblée des saints.

Car qui dans les cieux sera égal au Seigneur ? et qui parmi les enfants de Dieu sera semblable à Dieu ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les fils de Dieu, dans le style de l’Ecriture, se dit ordinairement des anges, surtout lorsqu’on parle des cieux.

Dieu, qui est rempli de gloire au milieu des saints, est plus grand et plus redoutable que tous ceux qui l’environnent.

Seigneur, Dieu des armées ! qui est semblable à vous ? Vous êtes, Seigneur ! très-puissant ; et votre vérité est sans cesse autour de vous.

Vous dominez sur la puissance de la mer, et vous apaisez le mouvement de ses flots.

Vous avez humilié l’orgueilleux comme celui qui étant blessé n’a aucune force ; vous avez dispersé vos ennemis par la force de votre bras.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Un superbe. Voir Psaumes, 86, 4.

Les cieux sont à vous, et la terre vous appartient ; vous avez fondé l’univers avec tout ce qu’il contient.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Genèse, 1, 1.

Vous avez créé l’aquilon et la mer : Thabor et Hermon feront retentir leur joie par les louanges de votre nom.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le Thabor. Voir Juges, 4, 6. ― L’Hermon, chaîne de montagnes, au nord de la Palestine.

Votre bras est accompagné d’une souveraine puissance : que votre main s’affermisse, et que votre droite paraisse avec éclat.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Puissant ; littéralement et par hébraïsme, avec puissance. Voir milieu des Observations préliminaires, 1°.

La justice et l’équité sont l’appui de votre trône : la miséricorde et la vérité marcheront devant votre face.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La base ; littéralement la préparation. Comparer au verset 2.

Heureux est le peuple qui sait vous louer et se réjouir en vous : Seigneur ! ils marcheront dans la lumière de votre visage.

Ils se réjouiront dans les louanges qu’ils donneront à votre nom durant tout le jour ; et ils seront élevés par votre justice.

Car c’est à vous qu’est due la gloire de leur force ; et notre puissance ne s’élève que par l’effet de votre bon plaisir.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Corne ; c’est-à-dire force. Voir Psaumes, 17, 3.

Car c’est le Seigneur qui nous a pris pour son peuple ; c’est le Saint d’Israël et notre Roi.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sous sa protection. Ces mots, qui ne se lisent ni dans la Vulgate, ni dans les Septante, sont indiqués suffisamment par le texte hébreu, qui porte à la lettre : Parce que Jéhova est notre bouclier, et le saint d’Israël, notre roi. Or, en hébreu bouclier se prend très souvent pour Dieu protecteur, protection divine. ― Quant aux mots le saint d’Israël (c’est-à-dire Dieu), notre roi ; ils forment un second sujet grammatical du verbe il a pris. Toute autre analyse serait évidemment contraire à la Vulgate, aux Septante et à la version latine qui se trouve dans les œuvres de saint Jérôme, car le savant Père y dit expressément : « C’est du Seigneur et du saint d’Israël que vient notre protection : Qui a Domino est protectio nostra et a sancto Israel rege nostro. »

Alors vous parlâtes dans une vision à vos saints prophètes, et vous leur dîtes : J’ai mis mon secours dans un homme qui est puissant ; et j’ai élevé celui que j’ai choisi du milieu de mon peuple.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Alors ; c’est-à-dire au temps de la promesse mentionnée aux versets 3 et 4, promesse sur laquelle le Psalmiste revient après une longue digression, et qu’il présente avec plus de détail. ― A vos saints prophètes, Samuel, Nathan et Gad.

J’ai trouvé David, mon serviteur, et je l’ai oint de mon huile sainte.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 1 Rois, 16, vv. 1, 12 ; Actes des Apôtres, 13, 22. ― J’ai trouvé, etc. Voir 1 Rois, 16, 11-13.

Car ma main l’assistera, et mon bras le fortifiera.

L’ennemi ne pourra prévaloir sur lui ; et le méchant ne pourra lui nuire.

Je taillerai en pièces à sa vue ses ennemis, et je ferai prendre la fuite à ceux qui le haïssent.

Ma miséricorde et ma vérité seront toujours avec lui, et il sera élevé en puissance par la vertu de mon nom.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Corne ; c’est-à-dire force. Voir Psaumes, 17, 3.

Et j’étendrai la puissance de sa main sur la mer, et de sa droite sur les fleuves.

Il m’invoquera en disant : Vous êtes mon Père, mon Dieu, et l’auteur de mon salut.

Je l’établirai le premier-né, et je relèverai au-dessus des rois de la terre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Premier-né signifie ici, comme en plusieurs autres passages de l’Ecriture, un fils bien-aimé, préféré par le père à ses autres enfants ou distingué par quelque glorieuse prérogative. Comparer à Exode, 4, 22 ; Ecclésiastique, 36, 14.

Je lui conserverai éternellement ma miséricorde, et l’alliance que j’ai faite avec lui sera inviolable.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Et mon alliance, etc. ; j’observerai fidèlement l’alliance que j’ai faite avec lui.

Et je ferai subsister sa race dans tous les siècles, et son trône autant que les cieux.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Et j’établirai… son trône, de manière qu’il dure autant que le ciel. Ces paroles ne conviennent qu’au règne de Jésus-Christ.

Si ses enfants abandonnent ma loi, et s’ils ne marchent point dans mes préceptes ;

s’ils violent la justice de mes ordonnances, et s’ils ne gardent point mes commandements ;

je visiterai avec la verge leurs iniquités, et je punirai leurs péchés par des plaies différentes :

mais je ne retirerai point de dessus lui ma miséricorde, et je ne manquerai point à la vérité des promesses que je lui ai faites.

Je ne violerai point mon alliance ; et je ne rendrai point inutiles les paroles qui sont sorties de mes lèvres.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Je ne profanerai point, par une violation.

J’ai fait à David un serment irrévocable par mon saint nom ; et je ne lui mentirai point :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Une fois pour toutes ; c’est-à-dire irrévocablement. ― Par ma sainteté ; par mon saint nom.

Je lui ai promis que sa race demeurera éternellement ; et que son trône sera éternel en ma présence comme le soleil ;

comme la lune qui est pleine, et comme l’arc qui est dans le ciel le témoin fidèle de mon alliance.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Et son trône, etc. Voir 2 Rois, 7, 16. ― Et comme le témoin fidèle dans le ciel. Ce témoin fidèle est probablement l’arc-en-ciel, qui est un signe de l’alliance de Dieu avec les hommes. Comparer à Genèse, 9, 9-16.

Cependant vous avez rejeté et méprisé votre peuple ; vous avez éloigné de vous votre Christ.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Plusieurs expliquent ce verset de Sédécias, dernier roi de Juda, conduit en captivité, et mort à Babylone ; mais d’autres l’entendent du Messie, qui devait délivrer la nation juive.

Vous avez renversé l’alliance que vous avez faite avec votre serviteur ; et vous avez jeté par terre comme une chose profane les marques sacrées de sa dignité.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Vous avez profané, etc. Comparer à Psaumes, 73, 7.

Vous avez détruit toutes les haies qui l’environnaient ; vous avez rempli de frayeur ses forteresses.

Tous ceux qui passaient dans le chemin l’ont pillé ; et il est devenu en opprobre à ses voisins.

Vous avez relevé la main de ceux qui travaillaient à l’accabler ; vous avez rempli de joie tous ses ennemis.

Vous avez ôté toute la force à son épée, et ne l’avez point secouru durant la guerre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Vous avez détourné l’aide de son glaive ; c’est-à-dire vous avez rendu ses armes impuissantes et inutiles.

Vous l’avez dépouillé de tout son éclat, et vous avez brisé son trône contre la terre.

Vous avez abrégé les jours de son règne, vous l’avez couvert de confusion.

Jusques à quand, Seigneur ! détournerez-vous toujours votre visage de dessus nous ? jusques a quand votre colère s’embrasera-t-elle comme un feu ?

Souvenez-vous combien c’est peu de chose que ma vie : car est-ce en vain que vous avez créé tous les enfants des hommes ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les fils des hommes ; hébraïsme, pour les hommes.

Qui est l’homme qui pourra vivre sans voir la mort ? et qui est-ce qui retirera son âme de la puissance de l’enfer ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ne verra pas ; hébraïsme, pour n’éprouvera pas.

Où sont, Seigneur ! vos anciennes miséricordes que vous avez promises à David avec serment, et en prenant votre vérité à témoin ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 2 Rois, 7, 11.

Souvenez-vous, Seigneur ! de l’opprobre que vos serviteurs ont souffert de la part de plusieurs nations, et que j’ai tenu comme renfermé dans mon sein ;

du reproche de vos ennemis, de ce reproche qu’ils ont fait, Seigneur ! que vous avez changé à l’égard de votre Christ.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le changement de votre Christ ; le changement de vos dispositions envers votre Christ, en ne lui accordant point le règne éternel que vous lui aviez promis.

Que le Seigneur soit béni éternellement ! que cela soit ainsi ! que cela soit ainsi !