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Psaumes 68
Pour la fin, pour ceux qui seront changés, Psaume de David.
SAUVEZ-MOI, ô Dieu ! parce que les eaux sont entrées jusque dans mon âme.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Des eaux, etc. Les eaux, l’inondation, aussi bien que la tempête marquent, dans le style de l’Ecriture, de grandes calamités.
Je suis enfoncé dans une boue profonde, et je n’y trouve pas où poser le pied ; je suis descendu dans la profondeur de la mer ; et la tempête m’a submergé.
Je me suis fatigué à crier, et ma gorge en a été enrouée ; mes yeux se sont épuisés par la longue attente qui les tient attachés sur mon Dieu.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Une boue profonde ; littéralement de profondeur, d’abîme (limo profundi). ― Dans la profondeur. Le mot latin altitudinem de la Vulgate signifie également hauteur, élévation ; mais il ne saurait avoir ici ce sens ; le texte hébreu et la version grecque ne laissent aucun doute à cet égard.
Ceux qui me haïssent sans sujet sont en plus grand nombre que les cheveux de ma tête ; mes ennemis qui me persécutent injustement, se sont fortifiés contre moi ; et j’ai payé ce que je n’avais pas pris.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ce que je n’avais pas pris, etc. C’est une espèce de proverbe.
Ô Dieu ! vous connaissez ma folie, et mes péchés ne vous sont point cachés.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Folie signifie ici, comme dans une foule d’autres endroits de la Bible, erreur, égarement, faute.
Seigneur, qui êtes le Dieu des armées ! que ceux qui vous attendent ne rougissent point à cause de moi, que ceux qui vous cherchent ne soient point confondus sur mon sujet, ô Dieu d’Israël !
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Des armées ; littéralement des vertus. Voir Psaumes, 23, 10.
car c’est pour votre gloire que j’ai souffert tant d’opprobres, et que mon visage a été couvert de confusion.
Je suis devenu comme un étranger à mes frères, et comme un inconnu aux enfants de ma mère ;
parce que le zèle de la gloire de votre maison m’a dévoré ; et que les outrages de ceux qui vous insultaient sont tombés sur moi.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Jean, 2, 17 ; Romains, 15, 3.
J’ai affligé et humilié mon âme par le jeûne ; et cela même a été pour moi un sujet d’opprobre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
J’ai couvert, etc. Il y a probablement ici une ellipse ; et le sens de la phrase est : J’ai couvert mon âme d’un cilice pendant mon jeûne ; c’est-à-dire je me suis revêtu d’un cilice. Nous avons déjà fait observer plus d’une fois qu’en hébreu, comme en arabe, le mot âme s’employait souvent pour personne, individu. Quant à l’ellipse du mot cilice, elle paraîtra toute naturelle si on rapproche ces paroles de Psaumes, 34, 13 : « Et moi, pendant qu’ils me tourmentaient, j’étais revêtu d’un cilice. J’humiliais mon âme par le jeûne ; » et si l’on considère qu’on revêtait le cilice dans la pénitence aussi bien que dans le deuil et dans une extrême pauvreté. Enfin, le verset 12 suivant semble ne laisser aucun doute à cet égard. Les Septante portent à la lettre : J’ai courbé dans le jeûne mon âme ; et l’hébreu : J’ai pleuré dans le jeûne mon âme. Si l’on traduisait le verbe operui de la Vulgate par j’ai accablé, écrasé, sens qu’il a incontestablement dans les auteurs latins, on entrerait dans l’idée des traducteurs grecs : mais nous préférons notre interprétation, d’autant mieux que les Septante de l’édition de Complute, et la plupart des exemplaires grecs et latins, portent expressément : J’ai couvert.
J’ai pris pour mon vêtement un cilice ; et je suis par là devenu encore le sujet de leur raillerie.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Un proverbe de mépris, un sujet de raillerie. ― Un cilice, un sac, vêtement étroit, marque de deuil et de tristesse.
Ceux qui étaient assis à la porte, parlaient contre moi ; et ceux qui buvaient du vin, me raillaient par leurs chansons.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Anciennement les lieux d’assemblées et les places publiques étaient à la porte des villes.
Mais pour moi, Seigneur ! je vous offrais ma prière en vous disant : Voici le temps, ô Dieu ! de faire éclater votre bonté : exaucez-moi selon la grandeur de votre miséricorde, et selon la vérité des promesses que vous m’avez faites de me sauver.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
La vérité de votre salut. Voir, pour le sens de cette expression, Psaumes, 39, 11.
Retirez-moi du milieu de cette boue, afin que je n’y demeure point enfoncé : délivrez-moi de ceux qui me haïssent, et du fond des eaux.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Du fond des eaux ; c’est-à-dire de l’enfer. Comparer à Job, 26, 5.
Que la tempête ne me submerge point ; que je ne sois point enseveli dans cet abîme ; et que l’ouverture du puits où je suis tombé, ne soit point fermée sur moi.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Qu’une tempête d’eau. Comparer au verset 1.
Exaucez-moi, Seigneur ! vous dont la miséricorde est remplie de douceur : regardez-moi favorablement selon l’abondance de vos divines miséricordes.
Ne détournez point votre visage de dessus votre serviteur : exaucez-moi promptement, parce que je suis accablé d’affliction.
Soyez attentif sur mon âme, et délivrez-la : tirez-moi de cet état pour humilier mes ennemis.
Vous connaissez les opprobres dont ils m’ont chargé ; la confusion et la honte dont je suis couvert : tous ceux qui me persécutent sont exposés à vos yeux.
Mon cœur s’est préparé à toutes sortes d’opprobres et de misères : et j’ai attendu que quelqu’un s’attristât avec moi ; mais nul ne l’a fait : j’ai attendu que quelqu’un me consolât ; mais je n’ai trouvé personne qui voulût le faire.
Ils m’ont donné du fiel pour ma nourriture ; et dans ma soif ils m’ont présenté du vinaigre à boire.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Matthieu, 27, 48.
Que leur table soit devant eux comme un filet où ils soient pris ; qu’elle leur soit une juste punition, et une pierre de scandale.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Romains, 11, 9. ― Que leur table, etc. Voir, sur le vrai sans de cette imprécation et toutes les autres contenues dans ce psaumes la fin des Observations préliminaires.
Que leurs yeux soient tellement obscurcis, qu’ils ne voient point ; et faites que leur dos soit toujours courbé contre terre.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Tenez leur dos, etc. ; c’est-à-dire qu’ils soient accablés des fardeaux.
Faites fondre sur eux tous les traits de votre colère ; et qu’ils se trouvent exposés à toute la violence de votre fureur.
Que leur demeure devienne déserte ; et qu’il n’y ait personne qui habite dans leurs tentes ;
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Actes des Apôtres, 1, 20. ― Que leur habitation, etc. La ruine de Jérusalem a été l’accomplissement de cette prophétie.
parce qu’ils ont persécuté celui que vous avez frappé, et qu’ils ont ajouté à la douleur de mes plaies des douleurs nouvelles.
Faites qu’ils ajoutent iniquité sur iniquité ; et qu’ils n’entrent point dans votre justice.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Mettez iniquité ; c’est-à-dire selon le style des écrivains sacrés, laissez les mettre, etc. ― Dans votre justice ; dans les voies de votre justice, de vos bonnes grâces.
Qu’ils soient effacés du livre des vivants ; et qu’ils ne soient point écrits avec les justes.
Pour moi, je suis pauvre et dans la douleur : mais votre puissance, ô Dieu ! m’a sauvé.
Je louerai le nom de Dieu en chantant un cantique ; et je relèverai sa grandeur par mes louanges :
et cela sera plus agréable à Dieu que le sacrifice d’un jeune veau, à qui les cornes et les ongles ont commencé à pousser.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Qu’un jeune veau ; que le sacrifice d’un jeune veau.
Que les pauvres voient ceci, et qu’ils se réjouissent : cherchez Dieu ; et votre âme vivra.
Car le Seigneur a exaucé les pauvres ; et il n’a point méprisé ses serviteurs qui étaient dans les liens.
Que les cieux et la terre le louent, aussi bien que la mer, et tous les animaux qu’ils contiennent.
Car Dieu sauvera Sion, et les villes de Juda seront bâties de nouveau : ses enfants y habiteront, et possèderont de nouveau cette terre comme leur héritage.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Cette prophétie s’explique littéralement du rétablissement de la Judée après la captivité de Babylone. Or, ce rétablissement était une figure de l’établissement de l’Eglise.
Et la race de ses serviteurs la possédera ; et ceux qui aiment son nom, y établiront leur demeure.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Prophétie des souffrances de Notre-Seigneur dans sa Passion. Le titre hébreu porte : « Au chef de chœur. Sur les schoschannîm. » Voir ce mot dans la note 20 à la fin du volume. Ce psaume a été composé peut-être pendant la persécution de Saül, mais il se rapporte si exclusivement et si parfaitement à Jésus-Christ, à part peut-être un petit nombre de traits accessoires, qu’il est impossible de trouver dans la vie de David aucune circonstance à laquelle il s’applique pleinement ; il prédit les souffrances de Notre-Seigneur dans sa passion et est le pendant en même temps que le complément du Psaume 21 ; aussi est-il, avec ce dernier, celui qui est le plus fréquemment cité dans le Nouveau Testament : ― 1° Les ennemis du Sauveur le haïssent sans cause, voir Jean, 15, 25 et Psaumes, 68, 5 (et aussi Psaumes, 24, 19). ― 2° Jésus est dévoré du zèle de la maison de Dieu, voir Psaumes, 68, 10a et Jean, 2, 17. ― 3° Il supporte volontairement les opprobres, voir Psaumes, 68, 10b et Romains, 15, 3. ― 4° La malédiction de Psaumes, 68, 26a, s’accomplit dans la personne de Judas Iscariote, voir Actes des Apôtres, 1, 20. ― 5° La réprobation d’Israël est indiquée, voir Psaumes, 68, 23-24 ; Romains, 11, 9. ― 6° Le vinaigre donné à Jésus-Christ sur la croix est prophétisé, voir Psaumes, 68, 22 ; Jean, 19, 28 ; Matthieu, 27, 48. Aussi tous les Pères sont-ils unanimes à voir dans ce psaume une prophétie littérale de la passion et de la résurrection de Notre-Seigneur. ― Il se divise en trois parties : 1° souffrances du Messie, versets 2 à 19 ; ― 2° causées par ses ennemis qui doivent en être punis, versets 20 à 29 ; ― 3° tandis que lui sera sauvé et que les Gentils convertis le loueront avec lui, versets 30 à 37. ― La suite des pensées est celle-ci : ― Ire partie. 1° Le Messie souffre, versets 2 à 5 ; ― 2° pour Dieu, versets 6 à 13 ; ― 3° par conséquent Dieu doit le sauver, versets 14 à 19. ― IIe partie. Puisque c’est par la malice de ses ennemis qu’il souffre, versets 20 à 22 ; Dieu doit les châtier, versets 23 à 29. ― IIIe partie. Mais lui, Dieu le sauvera et il l’en remerciera, versets 30 à 32. La conversion des Gentils sera sa récompense et ils loueront Dieu avec lui, versets 33 à 37.