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Job 40

LE Seigneur parlant à Job du milieu d’un tourbillon, lui dit :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

IIIe partie, chapitres 40 et 41. ― Pour lui faire reconnaître encore davantage son néant, Dieu continue : ― 1° Que Job montre sa sagesse en maîtrisant ce qu’il y a de plus indomptable au monde. Mais il n’est pas même en état de dominer Béhémoth, c’est-à-dire l’hippopotame, qu’on rencontre dans les eaux du Nil, en Egypte, où on l’appelait péhémouth, nom devenu, en hébreu, Béhémoth, c’est-à-dire « les bêtes ou le grand animal », chapitre 40, versets 2 à 19. ― 2° Il ne peut dompter non plus Léviathan, mot qui désigne le crocodile ; combien moins peut-il donc lutter contre Dieu, du chapitre 40, verset 20 au chapitre 41, verset 3. ― 3° Puissance redoutable et beauté de Léviathan, chapitre 41, versets 4 à 13. ― 4° Tableau de sa supériorité et de sa souveraineté incontestée dans son royaume, versets 14 à 26. ― Les chapitres 38 et 39 avaient parlé des animaux de la terre et des animaux de l’air ; la description se termine ainsi par les animaux aquatiques ou amphibies, par les deux animaux les plus singuliers de l’Egypte.

Ceignez vos reins comme un homme ; je vous interrogerai, et répondez-moi.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ceins tes reins. Voir Job, 38, 3.

Est-ce que vous prétendez détruire l’équité de mes jugements, et me condamner moi-même pour vous justifier ?

Avez-vous comme Dieu un bras tout-puissant ? et votre voix tonne-t-elle comme la sienne ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Semblable à celle de Dieu.

Revêtez-vous d’éclat et de beauté, montez sur un trône élevé, soyez plein de gloire, et parez-vous des vêtements les plus magnifiques.

Dissipez les superbes dans votre fureur, et humiliez les insolents par un seul de vos regards.

Jetez les yeux sur tous les orgueilleux, et confondez-les ; brisez et foulez aux pieds les impies dans le lieu même où ils s’élèvent.

Cachez-les tous ensemble dans la poussière ; ensevelissez leurs visages, et les jetez au fond de la terre.

Et alors je confesserai que votre droite a le pouvoir de vous sauver.

Considérez Béhémoth que j’ai créé avec vous ; il mangera le foin comme un bœuf.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Béhémoth ; à la lettre, bêtes d’une énorme grosseur, est ici un pluriel d’excellence. Quant à l’animal particulier que ce mot désigne, c’est la baleine, selon les anciens interprètes ; l’éléphant, selon quelques modernes ; mais Bochart semble avoir prouvé qu’on doit l’entendre de l’hippopotame. Les Pères de l’Eglise appliquent au démon ou aux méchants animés de son esprit ce qui est dit ici de Béhémoth. ― Le nom de Béhémoth est hébreu, mais il a été vraisemblablement choisi à cause de sa ressemblance avec le mot égyptien Pehemouth, l’hippopotame, littéralement le bœuf d’eau, composé de p, article, ehe bœuf, et mout eau. Il se nourrit d’herbe comme le bœuf. Ce trait est relevé parce qu’il est surprenant dans un animal qui vit dans l’eau. C’est parce qu’il est herbivore que cet animal est malfaisant. Il ravage pendant la nuit les récoltes sur le bord du Nil.

Sa force est dans ses reins ; sa vertu est dans le nombril de son ventre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Plusieurs commentateurs ont cru reconnaître l’éléphant dans Béhémoth. Le trait que nous avons ici : sa vertu dans le nombril de son ventre convient parfaitement à l’hippopotame, mais non pas à l’éléphant dont la peau du ventre est assez tendre. A 1 Machabées, 6, 46, Eléazar, tue un éléphant en lui perçant le ventre.

Sa queue se serre et s’élève comme un cèdre ; les nerfs de cette partie qui sert à la conservation de l’espèce sont entrelacés l’un dans l’autre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La queue de l’hippopotame est petite mais forte.

Ses os sont comme des tuyaux d’airain, ses cartilages sont comme des lames de fer.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les os de l’hippopotame sont d’une extrême dureté, quoiqu’ils soient minces comme doivent l’être ceux d’une bête destinée à nager dans l’eau.

Il est le commencement des voies de Dieu : celui qui l’a fait, appliquera et conduira son épée.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le commencement, etc. ; un chef-d’œuvre de la puissance de Dieu. ― Celui qui t’a fait, etc. ; c’est-à-dire Dieu seul qui l’a fait est capable de l’attaquer, de le vaincre et de le tuer ; ou selon d’autres (qui traduisent par le passé le futur du texte hébreu et de la Vulgate) : Dieu son créateur lui a donné son glaive, c’est-à-dire des dents tranchantes. L’hippopotame a des dents de la forme d’un sabre recourbé, harpé ; et l’éléphant, outre ses dents, a une trompe pour défense. ― Tous les commentateurs reconnaissent aujourd’hui dans ce glaive les dents de l’hippopotame. « Avec ses dents, dit Wood, l’hippopotame peut courber l’herbe aussi régulièrement qu’avec une faux. » Ces dents, dit l’abbé Prévot, dans son Histoire des voyages, « sont plus dures et plus blanches que l’ivoire. » Aussi les emploie-t-on volontiers comme dents artificielles.

Les montagnes lui produisent des herbages : c’est là que toutes les bêtes des champs viendront se jouer.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Là ; près de lui, autour de lui. ― L’hippopotame va paître sur les collines qui bordent le Nil dans l’Egypte supérieure. Tous les animaux des champs se jouent autour de lui. Comme il est herbivore et non carnivore, les autres animaux n’ont pas à le redouter.

Il dort sous l’ombre dans le secret des roseaux, et dans les lieux humides.

Les ombres couvrent son ombre ; les saules du torrent l’environnent.

Il absorbera le fleuve, et il n’en sera point étonné ; il se promet même que le Jourdain viendra couler dans sa gueule.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Allusion aux crues du Nil. Le Jourdain désigne ici, non le Jourdain de Palestine, mais le Nil.

On le prendra par les yeux comme un poisson se prend à l’amorce, et on lui percera les narines avec des pieux.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

On prendra, on percera, littéralement et par hébraïsme, il prendra, il percera. On emploie souvent en hébreu un verbe actif d’une manière impersonnelle.

Pourrez-vous enlever Léviathan avec l’hameçon, et lui lier la langue avec une corde ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Léviathan ; c’est le crocodile, selon l’opinion commune. Voir Job, 3, 8. Les Pères expliquent allégoriquement du démon ce qui est dit dans ce récit de Léviathan. ― Léviathan est moins un nom spécial qu’un nom générique. Etymologiquement, il signifie une chose qui se replie en guirlande, un serpent. Ici, il est appliqué au crocodile.

Lui mettrez-vous un cercle au nez ? et lui percerez-vous la mâchoire avec un anneau ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Un passage du Voyage à la recherche des sources du Nil, de J. Bruce, nous donne un excellent commentaire de ce verset. Ce voyageur raconte que les pêcheurs des bords du Nil, quand ils prennent un poisson, le tirent à terre, lui passent un anneau de fer dans les branchies et le rejettent dans le fleuve, après lui avoir fait passer dans l’anneau une corde qui est solidement attachée au rivage. « Ceux qui désirent du poisson l’achètent ainsi vivant. Nous en achetâmes deux et le pêcheur nous en montra dix ou douze autres qui étaient ainsi prisonniers dans l’eau. »

Le réduirez-vous à vous faire d’instantes prières, et à vous dire des paroles douces ?

Fera-t-il un pacte avec vous ? et le recevrez-vous comme un esclave éternel ?

Vous jouerez-vous de lui comme d’un oiseau ? et le lierez-vous pour servir de jouet à vos servantes ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Pour tes servantes ; c’est-à-dire pour amuser tes servantes. ― Dans l’Egypte supérieure, au rapport d’Hasselquist, les crocodiles dévorent très souvent les femmes qui viennent puiser de l’eau dans le Nil, et les enfants qui jouent sur le bord du fleuve.

Ferez-vous que vos amis le coupent par pièces, et que ceux qui trafiquent le divisent par morceaux ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Des amis, etc. Tes amis découperont-ils le Léviathan sur ta table, ou des marchands en feront-ils trafic ? ― Ou plutôt, les associés, les pêcheurs qui s’unissent ensemble pour la pêche. ― Quoique le crocodile fût sacré dans quelques parties de l’Egypte, à Eléphantine et à Apollinopolis, on le salait, et on le vendait par morceaux, mais on ne pouvait le faire souvent, parce que comme l’indique le verset 26, il était très difficile de le prendre. ― Des marchands, en hébreu ; les Chananéens ou Phéniciens qui étaient des marchands si fameux que leur nom étaient devenu synonyme de marchands.

Remplirez-vous de sa peau les filets des pêcheurs, et de sa tête le réservoir des poissons ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dans le texte original : Transperceras-tu sa peau avec des dards, et lui enfonceras-tu le harpon dans la tête ? Harponnait-on déjà le crocodile au temps de Job ? Ce verset semble prouver le contraire, ou au moins l’inefficacité du procédé. D’ailleurs encore aujourd’hui le harpon est généralement sans résultat, à moins qu’il ne frappe l’animal juste entre le cou et la tête ou dans le ventre. Les balles glissent sur ses écailles sans les entamer.

Mettez la main sur lui : souvenez-vous de la guerre, et ne parlez plus.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Mets sur lui, etc. Si tu l’attaques, tu te souviendras du combat par les nombreuses et sanglantes blessures que tu y auras reçues et tu n’oseras pas en parler.

Il se verra enfin trompé dans ses espérances, et il sera précipité à la vue de tout le monde.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Son espoir le trompera ; c’est-à-dire l’espoir de celui qui voudra le prendre sera trompé ; Léviathan, furieux, se précipitera au fond de la mer, à la vue de tout le monde.