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Job 32
APRÈS cela les trois amis de Job cessèrent de lui répondre, voyant qu’il continuait à se croire juste.
Et alors Eliu, fils de Barachel de Buz, de la famille de Ram, entra dans une grande colère, et se fâcha contre Job, de ce qu’il assurait qu’il était juste devant Dieu.
Il s’irrita aussi contre ses amis, de ce qu’ils n’avaient rien trouvé de raisonnable pour répondre à Job, mais qu’ils s’étaient contentés de le condamner.
Eliu attendit donc que Job eût cessé de parler, parce qu’il était moins âgé que ceux qui lui avaient répondu.
Mais voyant qu’ils n’avaient pu tous trois répondre à Job, il fut transporté de colère.
Et voici la manière dont Eliu, fils de Barachel, de la race de Buz, leur parla : Je suis le plus jeune, et vous êtes plus vieux que moi : c’est pourquoi je suis demeuré la tête baissée, sans oser seulement dire mon avis.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ier discours d’Eliu : L’homme n’est pas sans tache aux yeux de Dieu, chapitres 32 et 33. ― Après l’introduction historique, en prose, chapitre 32, versets 1 à 6a, dans laquelle sont mentionnées l’indignation de Job contre ses amis, versets 1 et 3, et les raisons qu’a eues Eliu de se taire d’abord et de parler maintenant, ― 1° Eliu commence en disant qu’il a laissé parler les amis plus âgés de Job, dans l’espérance qu’ils le réfuteraient mais puisqu’il s’est trompé, il prend la parole, versets 6b à 14. ― 2° Quand ils ont eu fini leurs discours, il s’est tu quelque temps encore ; l’esprit le pousse maintenant à exposer sans partialité ce qu’il pense, versets 15 à 22. ― 3° Que Job l’écoute, car il sera sincère et clair ; Job n’a pas d’ailleurs à craindre devant lui comme devant Dieu, puisqu’il est son semblable, chapitre 33, versets 1 à 7. ― 4° Quand il a fini ce long exorde, il entre dans le cœur de son sujet. Job s’est déclaré innocent à l’encontre de Dieu, mais il est faux que Dieu ne manifeste pas à l’homme sa volonté, il la lui manifeste de plusieurs manières, d’abord par des visions de nuit, versets 8 à 18 ; ― 5° ensuite par la souffrance et par la maladie, qui est un des langages de Dieu. Ces coups ne doivent pas décourager l’homme, mais plutôt, au moyen de l’intercession des saints, lui faire reconnaître ses péchés, versets 19 à 30. ― 6° Péroraison : Job peut continuer à l’écouter tranquillement ou lui répondre, versets 31 à 33.
Car je m’attendais qu’un âge si avancé vous donnerait des paroles, et que le grand nombre de vos années vous instruirait de la sagesse.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Qu’un âge aussi avancé… qu’une multitude d’années, est dit par métonymie, pour des hommes d’un âge aussi avancé ; … des hommes qui ont une multitude d’années.
Mais, à ce que je vois, quoique l’esprit soit dans tous les hommes, c’est l’inspiration du Tout-Puissant qui donne l’intelligence.
Ce ne sont pas toujours ceux qui ont vécu longtemps qui sont les plus sages, et la lumière de la justice n’est pas toujours le partage de la vieillesse.
C’est pourquoi je vous dirai : Ecoutez-moi, et je vous ferai voir quelle est ma sagesse.
J’ai attendu que vous eussiez achevé de parler ; j’ai voulu voir, tant que vous avez disputé contre Job, quelle pouvait être votre sagesse.
Je me suis contenté de vous regarder, tant que j’ai cru que vous diriez quelque chose ; mais, à ce que je vois, nul d’entre vous ne peut convaincre Job, ni répondre à ce qu’il a dit.
Ce serait en vain que vous diriez peut-être : Nous avons trouvé le secret de la vraie sagesse : C’est Dieu qui l’a rejeté, et non l’homme.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
N’allez pas dire, etc. Il ne suffit pas de dire que Dieu lui-même l’a rejeté, que ce qu’il souffre est une preuve plus manifeste de son péché, que tout ce que nous pourrions dire ; il faut le convaincre, et venger la justice de Dieu offensée par ses discours insolents.
Ce n’est point à moi que Job a adressé la parole ; et ce ne sera point selon vos raisonnements que je lui répondrai.
Les voilà intimidés, ils n’ont plus rien à répondre, ils se sont eux-mêmes fermé la bouche.
Puis donc que j’ai attendu, et qu’ils n’ont point parlé, et qu’ils sont demeurés muets et sans réponse ;
je parlerai aussi à mon tour, et je ferai voir quelle est ma science.
Car je suis plein des choses que j’ai à dire, et mon esprit est comme en travail, voulant enfanter toutes les pensées qu’il a conçues.
Mon estomac est comme un vin nouveau qui n’a point d’air, qui rompt les vaisseaux neufs où on le renferme.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Sans air ; littéralement sans soupirail, expression qui se rapporte en réalité à outres neuves, mais que par une métonymie très familière aux écrivains sacrés le texte rapporte à vin nouveau.
Je parlerai donc pour respirer un peu, j’ouvrirai mes lèvres, et je répondrai.
Je n’aurai d’égard pour personne ; et je n’égalerai point l’homme à Dieu.
Car je ne sais combien de temps je subsisterai sur la terre, et j’ignore si celui qui m’a créé ne m’ôtera point bientôt du monde.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
IIIe partie : Intervention d’Eliu, du chapitre 32 au chapitre 37. ― La conclusion de Job, c’est qu’étant innocent il ne sait pas pourquoi Dieu l’afflige. Eliu intervient et veut lui apprendre la raison de ses souffrances. C’est un jeune homme, issu probablement d’une branche collatérale de la famille d’Abraham, voir Job, 32, vv. 2, 6 ; Genèse, 22, 21. Il a écouté en silence, comme il convenait à sa jeunesse, mais non sans indignation, des hommes plus âgés que lui, voir Job, 32, 6-7, qui lui paraissent avoir avancé beaucoup d’erreurs. Poussé par une inspiration divine, il s’adresse maintenant aux deux partis. Ils se sont tous trompés, puisqu’ils n’ont vu ni les uns ni les autres un des principaux buts de la souffrance : c’est que Dieu parle à l’homme par la voix de la douleur et lui enseigne toutes les vertus. Tout en faisant ressortir ce caractère médicinal, préventif et didactique de la souffrance, Eliu redresse accessoirement ce qui lui a paru faux à un degré quelconque dans les paroles de Job et de ses amis. Ses discours sont au nombre de quatre. Les Pères les ont sévèrement jugés. Eliu est en effet présomptueux et avide de faire étalage de sa science, mais il n’en fait pas moins ressortir une vérité nouvelle, qui n’avait pas encore été présentée, celle de l’utilité de la souffrance pour purifier l’homme et l’instruire ; ce qui montre que le juste lui-même peut être affligé. Il prépare ainsi la manifestation de Dieu, en faisant cesser les plaintes de Job ; Dieu n’a plus, en paraissant, qu’à faire confesser à Job qu’il a eu tort de se plaindre.