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Job 27
JOB prenant encore la parole, et usant du même discours figuré, continua en ces termes :
Je prends à témoin le Dieu vivant qui m’a ôté tout moyen de justifier mon innocence, et le Tout-Puissant qui a rempli mon âme d’amertume,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Vive Dieu ! littéralement Dieu vit ! formule de serment qui équivaut à : Je jure que. ― Qui a écarté mon jugement ; qui ne m’a pas permis de justifier mon innocence.
que tant que j’aurai un souffle de vie, et que Dieu me laissera la respiration,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Un souffle de Dieu ; c’est-à-dire un souffle accordé par Dieu.
mes lèvres ne prononceront rien d’injuste, et ma langue ne dira point de mensonge.
Dieu me garde de vous croire équitables ! tant que je vivrai, je ne me désisterai point de la défense de mon innocence.
Je n’abandonnerai point la justification que j’ai commencé à faire de ma conduite : car mon cœur ne me reproche rien dans toute ma vie.
Que celui qui se déclare mon ennemi, passe lui-même pour un impie, et que celui qui me combat, soit regardé comme un injuste.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
C’est mon ennemi et mon adversaire qui doivent être regardés comme impies et injustes, puisque n’admettant pas que quelques fois Dieu punit les justes pour les éprouver, et qu’il laisse souvent les pécheurs impunis dans cette vie, ils accusent par là même Dieu de ne pas toujours observer les règles de la justice ; ce qui est une véritable impiété.
Car quelle est l’espérance de l’hypocrite, s’il ravit le bien d’autrui par son avarice, et que Dieu ne délivre point son âme ?
Dieu entendra-t-il ses cris, lorsque l’affliction viendra fondre sur lui ?
Ou pourra-t-il trouver sa joie dans le Tout-Puissant, et invoquer Dieu en tout temps ?
Je vous enseignerai avec le secours de Dieu ; je ne vous cacherai point ce qui est renfermé dans le Tout-Puissant.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Avec le secours ; littéralement et par hébraïsme, par la main, par le moyen. ― Ce que fait le Tout-Puissant ; c’est-à-dire la manière d’agir à l’égard des hommes. C’est un des sens dont le texte hébreu est susceptible, et qui est parfaitement conforme au texte.
Mais vous le savez déjà tous ; et pourquoi donc vous répandez-vous inutilement en de vains discours ?
Voici le partage de l’homme impie devant Dieu, et l’héritage que le Tout-Puissant réserve pour les violents.
Quand ses enfants seraient en grand nombre, ils passeront tous au fil de l’épée, et ses petits-enfants ne seront point rassasiés de pain.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ils appartiendront au glaive ; ils périront par le glaive.
Ceux qui resteront de sa race seront ensevelis dans leur ruine, et ses veuves ne le pleureront point.
S’il fait un monceau d’argent comme de terre, s’il amasse des habits comme il ferait de la boue :
il est vrai qu’il les préparera ; mais le juste s’en revêtira, et l’innocent partagera son argent.
Il s’est bâti, comme le ver, une maison ; et il s’est fait une cabane, comme le gardien d’une vigne.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Par ces comparaisons Job veut faire ressortir le peu de consistance de la maison de l’impie.
Lorsque le riche s’endormira en mourant, il n’emportera rien avec lui ; il ouvrira les yeux, et il ne trouvera rien.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Psaumes, 48, 18. ― Il ouvrira ses yeux et il ne trouvera rien. Dans l’hébreu : il ouvrira ses yeux et il ne sera plus, c’est-à-dire sa mort sera si prompte qu’elle lui laissera à peine le temps d’ouvrir les yeux avant qu’il expire.
Il sera surpris de la pauvreté comme d’une inondation d’eaux, il sera accablé de la tempête au milieu d’une nuit profonde.
Un vent brûlant le saisira et l’emportera, et l’enlèvera de sa place comme un tourbillon.
Dieu enverra sur lui plaie sur plaie, et ne l’épargnera point : il fera tout son possible pour s’enfuir de ses mains.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Fera tous ses efforts, etc. ; littéralement : s’enfuyant, il s’enfuira ; c’est un hébraïsme.
Celui qui verra le lieu d’où il est tombé, frappera des mains, et sifflera en lui insultant.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Frappera des mains ; littéralement serrera ses mains, c’est-à-dire applaudira. ― Son lieu ; le lieu de sa félicité, dont il est déchu. ― Et sifflera sur lui, se moquera de lui.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Job, prenant, etc., littéralement et par hébraïsme Job ajouta, reprenant. ― Sa parabole ; c’est-à-dire l’oracle sacré que Dieu lui inspirait ; car tel est le sens qu’a ce mot dans le texte sacré. ― Xe discours de Job, chapitres 27 et 28. ― Les amis de Job ne lui répondant plus, il reste comme maître du champ de bataille. Il en profite pour compléter sa victoire dans deux discours. Dans le premier, en pensant à ses amis, dans le second, en ne songeant plus à eux, il ouvre toute son âme, il développe ses idées et ses croyances, il exprime ses craintes par rapport à son propre sort et fait connaître ses vues sur la Providence. Au commencement du premier discours, ― 1° il atteste à ses amis que sa vie tout entière dément leur accusation ; il ne peut s’avouer coupable, car il ne l’est pas : s’il le faisait, il trahirait la vérité et mériterai ainsi ses souffrances, chapitre 27, versets 2 à 12. ― 2° Il reconnaît d’ailleurs que la Providence punit souvent le pécheur, même en ce monde, mais cette loi souffre des exceptions, versets 13 à 23. ― 3° Les voies de Dieu sont cachées ; l’homme peut bien sonder les profondeurs de la terre, chapitre 28, versets 1 à 11 ; ― 4° mais non les profondeurs de Dieu ; l’enfer ou le scheôl lui-même ne le peut, versets 12 à 22. ― 5° Seul Dieu connaît ses propres secrets ; à l’homme d’avoir la crainte de Dieu, versets 23 à 28. 5 Ils seront ensevelis, etc. ; c’est-à-dire selon l’opinion assez commune, qu’ils mourront privés de la sépulture.