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Job 1
IL y avait en la terre de Hus un homme qui s’appelait Job. Cet homme était simple et droit de cœur ; il craignait Dieu, et fuyait le mal.
Il avait sept fils et trois filles.
Il possédait sept mille moutons, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs et cinq cents ânesses. Il avait de plus un très-grand nombre de domestiques ; et il était grand et illustre parmi tous les Orientaux.
Ses enfants allaient les uns chez les autres, et ils se traitaient chacun à leur jour. Ils envoyaient prier leurs trois sœurs de venir manger et boire avec eux.
Et lorsque ce cercle des jours de festin était achevé, Job envoyait chez ses enfants, et les purifiait ; et se levant de grand matin, il offrait des holocaustes pour chacun d’eux. Car il disait en lui-même : Peut-être que mes enfants auront commis quelque péché, et qu’ils auront offensé Dieu dans leur cœur. C’est ainsi que Job se conduisait tous les jours de sa vie.
Or les enfants de Dieu s’étant un jour présentés devant le Seigneur, Satan se trouva aussi parmi eux.
Le Seigneur lui dit : D’où viens-tu ? Il lui répondit : J’ai fait le tour de la terre, et je l’ai parcourue tout entière.
Le Seigneur ajouta : N’as-tu point considéré mon serviteur Job, qui n’a point d’égal sur la terre, qui est un homme simple et droit de cœur, qui craint Dieu et fuit le mal ?
Satan lui répondit : Est-ce en vain que Job craint Dieu ?
N’avez-vous pas remparé de toutes parts et sa personne, et sa maison, et tous ses biens ? N’avez-vous pas béni les œuvres de ses mains ? et tout ce qu’il possède ne se multiplie-t-il pas de plus en plus sur la terre ?
Mais étendez un peu votre main, et frappez tout ce qui est à lui, et vous verrez s’il ne vous maudira pas en face.
Le Seigneur répondit à Satan : Va, tout ce qu’il a est en ton pouvoir ; mais je te défends de porter la main sur lui. Et Satan sortit aussitôt de devant le Seigneur.
Commentaire (versets 6 à 12) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 6 à 12 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
2° Résolution que Dieu prend d’éprouver la fidélité de son serviteur, chapitre 1, versets 6 à 12. Nous sommes transportés de la terre au ciel, où tout ce qui se passe ici-bas a sa racine et sa raison dernière. Satan, « l’adversaire », l’ennemi des hommes, apparaît au milieu des bons anges pour calomnier le juste ; mais c’est pour concourir finalement, malgré sa malice, aux desseins de Dieu et travailler malgré lui à l’accomplissement du plan de la Providence.
Un jour donc que les fils et les filles de Job mangeaient et buvaient ensemble dans la maison de leur frère aîné,
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
3° Job subit sept épreuves consécutives : les quatre premières l’atteignent dans ses biens et dans ses enfants, la cinquième dans son corps ; la sixième et la septième sont des épreuves morales. Les quatre premières ne se passent pas sous ses yeux, il en reçoit la nouvelle par quatre messagers de malheur : 1° Les Sabéens, dans un razzia, lui enlèvent tous ses troupeaux de bœuf et d’ânes, chapitre 1, versets 13 à 15 ; ― 2° la foudre fait périr ses brebis, chapitre 1, verset 16 ; ― 3° les Chaldéens, dans une razzia, lui enlèvent ses chameaux, sa plus grande richesse, chapitre 1, verset 17 ; ― 4° un vent violent renverse la maison où tous ses enfants étaient réunis pour prendre part au festin que leur offrait leur frère aîné, et les écrase tous, chapitre 1, versets 18 et 19. ― Job a écouté en silence le récit des trois premiers malheurs, mais, au quatrième, lorsqu’il apprend la mort de ses fils, il ne peut plus contenir sa douleur ; toutefois elle ne sert qu’à faire ressortir davantage la solidité de sa vertu, car elle ne lui arrache que ces paroles admirables, qui sont l’expression même de sa résignation et qui feront à jamais l’admiration des hommes : « Nu, je suis sorti du sein de ma mère, nu j’y retournerai ; Dieu m’a donné, Dieu m’a ôté ; que le nom du Seigneur soit béni ! »
un homme vint tout d’un coup dire à Job : Lorsque vos bœufs labouraient, et que vos ânesses paissaient auprès,
les Sabéens sont venus fondre tout d’un coup, ont tout enlevé, ont passé vos gens au fil de l’épée ; et je me suis sauvé seul pour venir vous en dire la nouvelle.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Les serviteurs ; c’est-à-dire les gardiens.
Cet homme parlait encore, lorsqu’un second vint dire à Job : Le feu du ciel est tombé sur vos moutons, et sur ceux qui les gardaient, et il a tout réduit en cendres ; et je me suis sauvé seul pour venir vous en dire la nouvelle.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Un feu de Dieu ; c’est-à-dire un feu très grand, ou, envoyé de Dieu. ― La foudre, d’après le plus grand nombre ; le simoun, vent brûlant qui peut tuer les hommes et les animaux, d’après d’autres commentateurs.
Il n’avait pas achevé de parler, qu’un troisième vint dire à Job: Les Chaldéens se sont divisés en trois bandes ; ils se sont jetés sur vos chameaux, et les ont enlevés ; ils ont tué tous vos gens, et je me suis sauvé seul pour venir vous en dire la nouvelle.
Cet homme parlait encore, quand un quatrième se présenta devant Job, et lui dit : Lorsque vos fils et vos filles mangeaient et buvaient dans la maison de leur frère aîné,
un vent impétueux s’étant levé tout d’un coup du côté du désert, a ébranlé les quatre coins de la maison, et l’ayant fait tomber sur vos enfants, ils ont été accablés sous ses ruines, et ils sont tous morts. Je me suis échappé seul pour venir vous en dire la nouvelle.
Alors Job se leva, déchira ses vêtements, et s’étant rasé la tête, il se jeta par terre, et adora Dieu,
et dit : Je suis sorti nu du ventre de ma mère, et je retournerai nu dans le sein de la terre. Le Seigneur m’avait tout donné, le Seigneur m’a tout ôté ; il n’est arrivé que ce qu’il lui a plu ; que le nom du Seigneur soit béni !
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Voir Ecclésiaste, 5, 14 ; 1 Timothée, 6, 7.
Ainsi dans tout cela Job ne pécha point par ses lèvres, et il ne dit rien contre Dieu qui fût indiscret.
Commentaire (versets 1 à 5) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 1 à 5 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Le prologue nous fait connaître le principal personnage et les circonstances qui amènent la discussion sur le problème de l’existence du mal, problème dont la solution fait le fond du poème. ― 1° Piété de Job au milieu de la plus grande prospérité : sa grandeur morale est égale à celle de sa fortune, chapitre 1, versets 1 à 5. Il les sanctifiait ; c’est-à-dire les préparait au sacrifice par les moyens de purifications qui étaient en usage. ― Maudit ; littéralement et par antiphrase, béni. Le grec porte : Mes fils ont pensé de mauvaises choses. Comparer à 3 Rois, 21, 10.