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Job 16
JOB répondit à Eliphaz, et lui dit :
J’ai entendu souvent de pareils discours ; vous êtes tous des consolateurs importuns.
Ces discours en l’air ne finiront-ils jamais ? et qu’y a-t-il de plus aisé que de parler de la sorte ?
Je pourrais aussi moi-même parler comme vous : et plût à Dieu que votre âme fût au même état que la mienne !
Je vous consolerais aussi par mes discours, et je témoignerais sur mon visage ce que je ressentirais pour vous ;
je vous fortifierais par mes paroles, et je vous épargnerais dans tout ce qui sortirait de ma bouche.
Commentaire (versets 4 à 6) — Abbé Vigouroux (1902)
Ce commentaire porte sur les versets 4 à 6 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.
Et plût à Dieu, etc. ; c’est-à-dire si vous étiez à ma place, je saurais trouver autre chose pour vous consoler : mes gestes et les mouvements de ma tête indiqueraient combien je serais touché de vos afflictions ; je tâcherais de vous encourager par des paroles pleines d’amitié et de compassion. ― Mouvoir, ou secouer la tête sur quelqu’un signifie, tantôt se moquer, tantôt avoir compassion de lui. Voir Job, 42, 11 ; Nahum, 3, 7. Or c’est dans le dernier sens que cette expression doit se prendre ici.
Mais que ferai-je ? Si je parle, ma douleur ne s’apaisera point ; et si je demeure dans le silence, elle ne me quittera point.
Ma douleur me presse et m’accable maintenant, et tous les membres de mon corps sont réduits à rien.
Les rides qui paraissent sur ma peau, rendent témoignage de l’extrémité où je suis ; et un homme s’élève en même temps contre moi, pour me contredire et me résister en face par de faux discours.
Il s’est armé contre moi de toute sa fureur ; il a grincé les dents en me menaçant ; mon ennemi m’a envisagé avec un regard terrible.
Ils ont ouvert leurs bouches contre moi, et en me couvrant d’opprobres, ils m’ont frappé sur la joue, et se sont rassasiés de mes peines.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ils ont frappé ma joue. Job, animé de l’esprit de prophétie, parle souvent au nom de Jésus-Christ qu’il représentait. C’est ainsi qu’à une autre époque, Isaïe, marquant cette même circonstance (voir Isaïe, 50, 6), parlait en apparence de lui-même, quoiqu’en réalité il parlât au nom de Jésus-Christ.
Dieu m’a fait tomber sous la puissance de l’injuste, il m’a livré entre les mains des impies.
J’ai été tout d’un coup réduit en poudre, moi qui étais si puissant autrefois. Le Seigneur m’a fait plier le cou sous sa verge, il m’a brisé, et il m’a mis comme en butte à tous ses traits.
Il m’a environné des pointes de ses lances, il m’en a percé les reins de toutes parts ; il ne m’a point épargné, et il a répandu mes entrailles sur la terre.
Il m’a déchiré, il m’a fait plaie sur plaie, il est venu fondre sur moi comme un géant.
J’ai étendu un sac sur ma peau, et j’ai couvert ma tête de cendres.
Mon visage s’est bouffi à force de pleurer, et mes paupières sont couvertes de ténèbres.
J’ai souffert tout cela sans que ma main fût souillée par l’iniquité, lorsque j’offrais à Dieu des prières pures.
Terre, ne couvre point mon sang, et que mes cris ne se trouvent point étouffés dans ton sein.
Car le témoin de mon innocence est dans le ciel, et celui qui connaît le fond de mon cœur réside en ces lieux sublimes.
Mes amis se répandent en paroles ; mais mes yeux fondent en larmes devant Dieu.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Mes amis, etc. ; c’est-à-dire tandis que mes amis m’attaquent par des discours diffus et importuns, je n’ai recours qu’à Dieu seul, et je ne trouve de consolation que dans les larmes que je répands devant lui.
Que je souhaiterais qu’un homme pût se justifier devant Dieu, comme il peut se justifier devant un homme comme lui !
Car mes années coulent et passent vite, et je marche par un sentier par lequel je ne reviendrai jamais.
Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)
Ve discours de Job : IIe réponse à Eliphaz, chapitres 16 et 17. ― Eliphaz n’a fait que répéter son premier discours. ― 1° Job réfute ces vaines paroles qui ne sont que des répétitions, chapitre 16, versets 2 à 5. ― 2° Parler ou se taire lui est également inutile, il est vrai, mais il ne peut retenir ses plaintes, en voyant que Dieu et ses amis lui sont si hostiles, versets 6 à 11. ― 3° Son sort est d’autant plus dur qu’il a été frappé en pleine prospérité, à l’improviste, sans avoir conscience d’aucune faute, versets 12 à 17. ― 4° Mais son innocence lui cause en même temps un sentiment de joie, parce qu’alors même qu’il mourrait, son droit se fera jour et Dieu sera son témoin contre ses amis, du chapitre 16, verset 18 au chapitre 17, verset 2. ― 5° Il invoque donc Dieu avec confiance, versets 3 à 9, et ― 6° il repousse les consolations de ses amis, versets 10 à 16. 3 Il m’a saisi par le cou ; métaphore tirée de l’usage où sont les lutteurs de saisir ordinairement leur adversaire par le cou, en s’efforçant de le renverser. ― Comme un but à ses traits.