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Job 12

JOB reprenant la parole, lui dit :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

IVe discours de Job : sa Ire réponse à Sophar, du chapitre 12 au chapitre 14. Les menaces de Sophar blessent le juste innocent. Il réfute d’abord ses amis, du chapitre 12 au chapitre 13, verset 12 ; puis il se plaint à Dieu lui-même, du chapitre 13, verset 13 au chapitre 14. ― I. Réfutation de ses amis : 1° Il nie la thèse que le châtiment suive toujours le crime ici-bas et que l’affliction soit une preuve de culpabilité de l’affligé : « Les tentes des voleurs sont dans l’abondance, et ils provoquent audacieusement Dieu », voir Job, 12, 6. Ses amis n’ont pas le privilège exclusif de la connaissance de Dieu, il le connaît comme eux par la nature et par la tradition, chapitre 12, versets 2 à 13. ― 2° Il connaît, lui aussi la puissance et la sagesse de son Maître, et il la décrit en termes magnifiques, ainsi que la Providence générale et particulière, versets 14 à 25. ― 3° Il ne veut pas avoir à faire à eux, puisqu’ils sont aveuglés par leurs préjugés, mais à Dieu, chapitre 13, versets 1 à 12. ― II. Plainte à Dieu, du chapitre 13, verset 13 au chapitre 14. ― 4° Sa sincérité l’encourage à s’adresser à Dieu même, pourvu qu’il veuille bien ne pas l’accabler par l’éclat de sa majesté, chapitre 13, versets 13 à 22. ― 5° Alors même que ses péchés seraient aussi grands que ses souffrances, la vie est déjà bien assez amère pour que Dieu ne punisse pas si sévèrement les fautes qui peuvent lui avoir échappé dans sa jeunesse, du chapitre 13, verset 23 au chapitre 14, verset 3. ― 6° L’origine de l’homme est trop basse, sa vie trop triste, pour que Dieu soit sans pitié envers lui, versets 4 à 12. ― 7° Si l’homme devait retourner sur la terre, Dieu pourrait le maltraiter une première fois, mais il n’y revient jamais, versets 13 à 22.

N’y a-t-il donc que vous qui soyez hommes ? et la sagesse mourra-t-elle avec vous ?

J’ai du sens aussi bien que vous ; et je ne vous suis point inférieur : car qui est celui qui ignore ce que vous savez ?

Commentaire (versets 2 à 3) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 2 à 3 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Ce n’est nullement l’orgueil qui inspire à Job ce langage. On a vu, au contraire, combien il s’était humilié devant Dieu, en comparant sa propre justice à celle de ce souverain juge de tous les hommes. D’ailleurs la jactance de ses amis qui appliquaient faussement des sentences vraies jusqu’à un certain point, en elles-mêmes, le forçait à rabaisser leur orgueil ; et c’est uniquement dans ce dessein qu’il a l’air de se glorifier, en montrant leur infériorité. Voir Job, 20, 2.

Celui qui devient comme moi l’objet des railleries de son ami, invoquera Dieu, et Dieu l’exaucera : car on se moque de la simplicité du juste.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Proverbes, 14, 2.

C’est une lampe que les riches regardent avec mépris ; mais qui est prête à luire au temps que Dieu a marqué.

Les maisons des voleurs publics sont dans l’abondance, et ils s’élèvent audacieusement contre Dieu, quoique ce soit lui qui leur a mis entre les mains tout ce qu’ils possèdent.

Interrogez les animaux, et ils vous enseigneront ; consultez les oiseaux du ciel, et ils seront vos maîtres.

Parlez à la terre, et elle vous répondra, et les poissons de la mer vous instruiront.

Car qui ignore que c’est la puissance de Dieu qui a fait toutes ces choses ?

lui qui tient dans sa main l’âme de tout ce qui a vie, et tous les esprits qui animent la chair des hommes.

L’oreille ne juge-t-elle pas des paroles, et le palais, de ce qui a du goût ?

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Job, 34, 3.

La sagesse est dans les vieillards, et la prudence est le fruit de la longue vie.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dans une longue vie ; littéralement dans beaucoup de temps.

Mais la sagesse et la puissance souveraine est en Dieu ; c’est lui qui possède le conseil et l’intelligence.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

En Dieu ; littéralement En lui. Job désigne ordinairement Dieu par le pronom lui.

S’il détruit une fois, nul ne pourra édifier ; s’il tient un homme enfermé, nul ne pourra lui ouvrir.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Isaïe, 22, 22 ; Apocalypse, 3, 7.

S’il retient les eaux, tout deviendra sec ; et s’il les lâche, elles inonderont la terre.

La force et la sagesse résident en lui ; il connaît et celui qui trompe, et celui qui est trompé.

Il fait tomber ceux qui donnent conseil aux autresen des pensées extravagantes, dont la fin est malheureuse ; et il frappe d’étourdissement les juges.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Il amène, etc. Calvin a abusé de ce passage, et d’autres semblables, pour établir que Dieu est auteur du péché. Mais de telles expressions dans les auteurs sacrés signifient seulement que Dieu permet qu’on tombe, parce que, par un jugement, il s’éloigne de ceux qui méprisent sa lumière, et qui, voulant suivre leur propre sagesse, tombent en des écarts qui les conduisent jusqu’à la mort.

Il ôte le baudrier aux rois, et il ceint leurs reins avec une corde.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Il délie le baudrier, etc. ; il dépouille les rois de leur autorité. ― Il ceint, etc. ; c’est-à-dire, il les réduit à la condition des esclaves.

Il fait que les pontifes sont privés de leur gloire, et que les grands tombent par terre.

Il fait changer de langage à ceux qui enseignaient la vérité, et il retire la science des vieillards.

Il fait tomber les princes dans le mépris et la confusion ; il relève ceux qui avaient été opprimés.

Il découvre ce qui était caché dans de profondes ténèbres, et il produit au jour l’ombre de la mort.

Il multiplie les nations, et les perd ensuite ; et il les rétablit après leur ruine.

Il change le cœur des princes qui sont établis sur les peuples de la terre : il les trompe, et les fait marcher inutilement par des routes égarées.

Ils iront à tâtons comme dans les ténèbres, au lieu de marcher dans la lumière du jour, et il les fera chanceler à chaque pas, comme s’ils étaient ivres.