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2 Machabées 14

Mais trois ans après. Judas et ceux qui étaient avec lui apprirent que Démétrius, fils de Séleucus, était venu avec une puissante armée et quantité de vaisseaux ; qu’ayant pris terre au port de Tripoli, il s’était saisi des postes les plus avantageux,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Démétrius Ier, fils de Séleucus IV Philopator. Voir 1 Machabées, 7, 1-4. ? Tripoli, ville phénicienne et port de mer, au nord de Sidon, entre Byblos et Aradus au pied de la partie la plus haute de la chaîne du Liban, appelée Tripoli ou les trois villes, parce qu’elle se composait de trois colonies distinctes de Sidon, de Tyr et d’Aradus, place de commerce encore aujourd’hui assez importante. ? Dans les lieux avantageux, probablement Séleucie. Voir 1 Machabées, 11, 8. De là, il était facile de se rendre à Antioche, capitale de la Syrie.

Et rendu maître d’un grand pays, malgré Antiochus, et Lysias, général de son armée.

Or un certain homme nommé Alcime, qui avait été grand-prêtre, et qui s’était volontairement souillé dans le temps du mélange des Juifs avec les païens, considérant qu’il n’y avait plus aucune ressource pour lui, et que l’entrée de l’autel lui était fermée pour jamais,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Alcime, etc. Voir le verset 7 et 1 Machabées, 7, vv. 5, 9, 14.

Vint trouver le roi Démétrius en la cent cinquantième année ; il lui présenta une couronne et une palme d’or, avec des rameaux qui semblaient être du temple ; et il ne lui dit rien pour ce jour-là.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La cent cinquantième année du règne des Grecs, la cent soixante et unième avant Jésus-Christ.

Mais ayant trouvé une occasion favorable pour exécuter son dessein plein de folie, lorsque Démétrius le fit venir au conseil, et lui demanda sur quels fondements et sur quels conseils les Juifs s’appuyaient principalement.

Il répondit : Ceux d’entre les Juifs, qu’on nomme Assidéens, dont Judas Machabée est le chef, entretiennent la guerre, excitent des séditions, et ne peuvent souffrir que le royaume demeure en paix.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Assidéens. Voir 1 Machabées, 2, 42.

Car j’ai moi-même été dépouillé de la gloire que j’ai reçue de mes pères, c’est-à-dire du souverain sacerdoce ; et c’est ce qui m’a obligé de venir ici :

Premièrement pour garder la fidélité que je dois au roi en ce qui regarde ses intérêts, et pour procurer aussi l’avantage de mes concitoyens ; car toute notre nation est affligée de grands maux par la méchanceté de ces personnes.

Ainsi je vous prie, ô roi, que, connaissant tous ces désordres, vous vouliez bien prendre soin des intérêts de notre pays et de notre nation, selon votre bonté, qui est connue de tout le monde ;

Car, tant que Judas vivra, il est impossible qu’il y ait aucune paix dans l’état.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dans l’Etat ; littéralement, dans les affaires.

Après qu’il eut parlé de la sorte, tous ses amis animèrent encore Démétrius contre Judas dont ils étaient les ennemis déclarés.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Tous ; littéralement, et tous. Voir sur ce et, purement pléonastique, Osée, 11, 1.

C’est pourquoi il ordonna aussitôt à Nicanor, qui commandait les éléphants, d’aller en Judée, en qualité de général ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Nicanor, probablement le même que celui qui est mentionné à 2 Machabées, 8, verset 9 et suivants et 1 Machabées, 3, 38 ; 7, 26.

De prendre Judas en vie, de dissiper tous ceux qui seraient avec lui, et d’établir Alcime souverain prêtre du grand temple.

Alors les païens, que Judas avait fait fuir de Judée, vinrent en foule se joindre à Nicanor, regardant les misères et les pertes des Juifs comme leur prospérité propre, et le rétablissement de leurs affaires.

Les Juifs, ayant appris l’arrivée de Nicanor, et que cette multitude de nations s’était unie contre eux, se couvrirent la tête de terre, et offrirent leurs prières à celui qui s’était choisi un peuple pour le conserver éternellement, et qui s’était déclaré par tant de marques éclatantes le protecteur de ce peuple qu’il avait pris pour son partage.

Aussitôt après ils partirent du lieu où ils étaient par l’ordre de leur général, et vinrent se rendre près le château de Dessau.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Château ou village, car le mot castellum a ces deux sens dans la Bible. ? Dessau ; on en ignore la situation.

Simon, frère de Judas, ayant commencé à combattre contre Nicanor, fut effrayé par l’arrivée imprévue des ennemis.

Nicanor néanmoins, connaissant quelle était la valeur des gens de Judas, et la grandeur de courage avec laquelle ils combattaient pour leur patrie, craignait de s’exposer au hasard d’un combat sanglant ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

De tenter, etc. ; littéralement, de faire le jugement par du sang. Nicanor, craignant que la retraite des Juifs ne fût un stratagème pour le faire tomber dans une embuscade, voulait surtout éviter une grande bataille.

C’est pourquoi il envoya devant Posidonius, Théodotius, et Mathias. pour présenter et pour recevoir des propositions de paix.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Qu’ils donnassent, etc. Voir 1 Machabées, 11, 50.

Cette délibération ayant duré longtemps, et le général ayant exposé lui-même la chose à toute l’armée, tous furent d’avis d’accepter l’accord.

C’est pourquoi les deux généraux prirent un jour pour conférer entre eux en secret ; et on leur porta à chacun une chaise où ils s’assirent.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ils, les armées des deux chefs. ? Des sièges, etc. C’était un honneur réservé seulement aux personnes de la première distinction.

Cependant Judas fit tenir des gens armés dans des lieux avantageux, de peur que les ennemis n’entreprissent tout d’un coup quelque chose contre ses gens ; et la conférence qu’ils eurent entre eux se passa comme elle devait.

Nicanor demeura ensuite à Jérusalem où il ne fit rien contre l’équité ; et il congédia ces grandes troupes qu’il avait levées.

Il aimoit toujours Judas d’un amour sincère, et il sentait une inclination particulière pour sa personne.

Il l’invita même à se marier, et à songer à avoir des enfants. Ainsi Judas se maria, il jouit d’un grand repos, et ils vivaient l’un et l’autre familièrement ensemble.

Mais Alcime, voyant l’amitié et la bonne intelligence qui était entre eux, vint trouver Démétrius, et lui dit que Nicanor favorisait les intérêts de ses ennemis, et qu’il avait destiné pour son successeur Judas, qui trahissait le roi et son royaume.

Alors le roi étant aigri, et tout à fait irrité par les calomnies détestables de ce méchant homme, écrivit à Nicanor qu’il trouvait fort mauvais qu’il eût fait ainsi amitié avec Machabée, et que néanmoins il lui commandait de l’envoyer au plus tôt et garrotté à Antioche.

Nicanor, ayant reçu cette nouvelle, en fut consterné, et il souffrait une grande peine de violer l’accord qu’il avait fait avec Machabée, qui ne l’avait en aucune sorte offensé.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Convenues entre Machabée et lui.

Mais, parce qu’il ne pouvait résister au roi, il cherchait une occasion favorable pour exécuter l’ordre qu’il avait reçu.

Cependant Machabée s’étant aperçu que Nicanor le traitait plus durement qu’à l’ordinaire, et que lorsqu’ils s’abordaient il lui paraissait plus fier qu’il n’avait accoutumé, il jugea bien que cette fierté ne pouvait avoir une bonne cause : c’est pourquoi, ayant assemblé quelques uns de ses gens, il se déroba de Nicanor.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Un petit nombre ; selon le grec et le syriaque, non un petit nombre.

Lorsque Nicanor eut su que Judas avait eu l’habileté et la force de le prévenir, il vint au très-auguste et très-saint temple ; et les prêtres offrant les victimes ordinaires, il leur commanda de lui remettre Machabée entre les mains.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’homme, Judas Machabée.

Mais ces prêtres l’ayant assuré avec serment qu’ils ne savaient où était celui qu’il cherchait, il étendit sa main vers le temple,

Et il jura, en disant : Si vous ne me remettez Judas lié entre mes mains, je raserai jusqu’en terre ce temple de Dieu, je renverserai cet autel, et je consacrerai ce temple à Bacchus.

Après avoir parlé de la sorte, il s’en alla. Or les prêtres, étendant leurs mains vers le ciel, invoquaient celui qui s’était toujours déclaré le protecteur de leur nation, en disant :

Seigneur de tout l’univers, qui n’avez besoin d’aucune chose, vous avez voulu qu’on bâtit un temple où vous demeurassiez au milieu de nous :

Maintenant donc, ô Saint des saints ! ô Seigneur de toutes choses ! exemptez pour jamais de profanation cette maison qui vient d’être purifiée.

On accusa alors auprès de Nicanor un des plus anciens de Jérusalem, nommé Razias, homme zélé pour la ville, qui était en grande réputation, et qu’on appelait le père des Juifs à cause de l’affection qu’il leur portait.

Il menait depuis longtemps, dans le judaïsme, une vie très-pure et éloignée de toutes les souillures du paganisme, et il était prêt à abandonner son corps et sa vie pour y persévérer jusqu’à la fin.

Nicanor voulant donc donner une marque publique de la haine qu’il avait contre les Juifs, envoya cinq cents soldats pour le prendre ;

Car il croyait que s’il séduisait cet homme, il ferait aux Juifs un grand mal.

Lors donc que ces troupes s’efforçaient d’entrer dans sa maison, d’en rompre la porte, et d’y mettre le feu, Comme il se vit sur le point d’être pris, il se donna un coup d’épée,

Aimant mieux mourir noblement, que de se voir assujetti aux pécheurs, et de souffrir des outrages indignes de sa naissance.

Mais parce que, dans la précipitation où il était, il ne s’était pas donné un coup mortel, lorqu’il vit tous les soldats entrer en foule dans sa maison, il courut avec une fermeté extraordinaire à la muraille, et il se précipita courageusement du haut en bas sur le peuple ;

Et tous s’étant retirés promptement pour n’être pas accablés de sa chute, il tomba la tête la première.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Qui, etc. ; selon le grec : Qui s’étant promptement retirés, un espace ayant été fait. La foule qui était au pied du mur, voyant Razias se précipiter, s’empressa tout naturellement de s’écarter, pour ne pas être écrasée par sa chute. ? Il tomba sur le milieu de la tête (venit per mediam cervicem) ; le grec porte : Il tomba sur le milieu du ventre, ou sur le milieu de l’espace vide ; car le terme grec kénéôn signifie également ventre, flanc et lieu vide d’édifices. ? Razias se donna la mort sans raison suffisante et l’on ne peut excuser sa conduite que par la droiture de ses intentions ou par une inspiration divine particulière. Il n’agit point par désespoir, mais avec foi, demandant à Dieu de lui rendre un jour le corps qu’il abandonne. " Sa conduite fut plus admirable que sage, dit saint Augustin, et l’Ecriture a raconté sa mort telle qu’elle eut lieu, sans la louer comme si elle eût été l’accomplissement d’un devoir. "

Lorsqu’il respirait encore, il fit un nouvel effort, et se leva ; et des ruisseaux de sang coulant de tous côtés, à cause des grandes plaies qu’il s’était faites, il passa en courant au travers du peuple ;

Et étant monté sur une pierre escarpée, lorsqu’il avait presque perdu tout son sang, il tira ses entrailles hors de son corps, et les jeta avec ses deux mains sur le peuple, invoquant le Dominateur de la vie et de l’âme, afin qu’il les lui rendit un jour ; et il mourut de cette sorte.