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1 Machabées 6

Cependant Antiochus parcourant les hautes provinces, apprit qu’Élymaïde était une des plus célèbres villes de Perse, qu’il y avait une grande quantité d’or et d’argent,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Elymaïde ; était appelé aussi Persépolis. Voir 2 Machabées, 9, 2. ― Ou plutôt, il faut traduire, comme le portent les meilleurs manuscrits grecs : Il y a en Elymaïde, province qui fait partie du royaume de Perse, une ville, etc. Cette ville n’est pas nommée ici ; l’auteur sacré n’indique que la région dans laquelle elle se trouve.

Et un temple très-riche, où étaient les voiles d’or, les cuirasses, et les boucliers qu’y avait laissés Alexandre, roi de Macédoine, fils de Philippe, qui établit le premier la monarchie des Grecs.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Alexandre. Voir plus haut, 1 Machabées, 1, 1-9.

Il marcha donc vers cette ville, et il s’efforça de la prendre et de la piller ; mais il ne le put, parce que les citoyens en avaient été avertis :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La chose (sermo). Voir 1 Machabées, 5, 37.

Ils sortirent contre lui et le chargèrent ; et il s’enfuit, se retira avec une grande tristesse, et revint à Babylone.

Lorsqu’il était encore en Perse, il reçut la nouvelle que son armée avait été défaite dans le pays de Juda ;

Et que Lysias ayant marché contre les Juifs avec une armée très-forte, avait été mis en fuite ; que les armes et les dépouilles qu’ils avaient prises dans son camp après la déroute de ses troupes les avaient rendus encore plus forts ;

Qu’ils avaient renversé l’idole abominable qu’il avait fait élever sur l’autel de Jérusalem, et environné leur temple de hautes murailles, comme auparavant, aussi bien que leur ville de Bethsura.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Bethsura. Voir 1 Machabées, 4, 61.

Le roi, ayant appris ces nouvelles, en fut saisi d’étonnement, et tout troublé ; il fut obligé de se mettre au lit, et tomba dans la langueur par l’excès de sa tristesse, voyant qu’il était arrivé tout le contraire de ce qu’il s’était imaginé.

Il demeura là pendant plusieurs jours, parce que sa tristesse se renouvelait et croissait de plus en plus, et il crut qu’il allait mourir.

Il appela donc tous ses amis, et leur dit : Le sommeil s’est éloigné de mes yeux, mon cœur est tout abattu, et je me sens défaillir à cause du grand chagrin dont je suis saisi ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ses amis. Voir plus haut, 1 Machabées, 2, 18.

J’ai dit au fond de mon cœur : A quelle affliction suis-je réduit, et en quel abîme de tristesse me vois-je plongé maintenant, moi qui étois auparavant si content, et si chéri au milieu de la puissance qui m’environnait !

Je me souviens à présent des maux que j’ai faits dans Jérusalem, ayant emporté toutes ses dépouilles en or et en argent, et envoyé exterminer sans sujet ceux qui habitaient dans la Judée.

Je reconnais donc que c’est pour cela que je suis tombé dans tous ces maux ; et l’excès de ma tristesse me fait périr maintenant dans une terre étrangère.

Alors il appela Philippe, l’un de ses amis, et il l’établit régent sur tout son royaume ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Philippe, frère de lait d’Antiochus Epiphane, voir 2 Machabées, 9, 29, est vraisemblablement le Phrygien, dont les Juifs avaient eu beaucoup à se plaindre, voir 2 Machabées, 5, 22. Antiochus Epiphane le chargea de gouverner le royaume après sa mort, pendant la minorité d’Antiochus V, mais il fut chassé d’Antioche par Lysias qui gouvernait au nom d’Antiochus V Eupator. Voir plus haut, 1 Machabées, 3, 32. Philippe fut obligé de se réfugier en Egypte, voir 2 Machabées, 9, 29.

Il lui mit entre les mains son diadème, sa robe royale, et son anneau, afin qu’il allât quérir son fils Antiochus, qu’il prît soin de son éducation, et le fît régner.

Le roi Antiochus mourut là, en l’année cent quarante-neuf.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

L’année cent quarante-neuvième du règne des Grecs : elle répond à l’année cent soixante-deuxième avant Jésus-Christ. ― Dans une terre étrangère. Antiochus Epiphane mourut à Tabès, en Perse.

Lysias ayant appris la mort du roi, établit roi en sa place Antiochus son fils, qu’il avait nourri tout jeune ; et il l’appela Eupator.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Lysias. Voir plus haut, 1 Machabées, 3, 32. ― Antiochus V Eupator, fils d’Antiochus Epiphane, avait neuf ans, d’après Appien, à la mort de son père (quatorze, d’après Eusèbe). Pendant les deux ans qu’il régna nominalement, il ne fut qu’un instrument entre les mains de Lysias (164-162). Il périt par l’ordre de son cousin Démétrius Ier qui se rendit maître du royaume.

Or ceux qui étaient dans la forteresse tenaient investies et fermaient à Israël toutes les avenues autour du temple, et ils ne cherchaient qu’à leur faire du mal, et à fortifier le parti des nations.

Judas résolut de les perdre, et il fit assembler tout le peuple pour les assiéger.

Ainsi s’y étant rendus tous ensemble, ils les assiégèrent en la cent cinquantième année, et ils firent des instruments pour jeter des pierres, et d’autres machines de guerre.

Alors quelques-uns des assiégés sortirent, et quelques impies des enfants d’Israël s’étant joints à eux,

Ils allèrent trouver le roi, et lui dirent : Jusqu’à quand différerez-vous à nous faire justice, et à venger nos frères ?

Nous nous sommes engagés à servir votre peuple, à nous conduire selon ses ordres, et à obéir à ses édits :

Ceux de notre peuple nous ont pris en aversion pour ce sujet ; ils ont tué tous ceux d’entre nous qu’ils ont trouvés, et ils ont pillé nos héritages ;

Ils ont étendu leurs violences non-seulement sur nous, mais sur tout notre pays ;

Et maintenant ils sont venus attaquer la forteresse de Jérusalem pour s’en rendre maîtres, et ils ont fortifié Bethsura ;

Que si vous ne vous hâtez de les prévenir, ils feront encore plus de mal qu’ils n’en ont fait jusqu’à présent, et vous ne pourrez plus les assujettir.

Le roi ayant entendu tout cela en fut irrité ; il fit venir tous ses amis, les principaux officiers de son armée, et ceux qui commandaient la cavalerie :

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le roi Antiochus V. Malgré sa jeunesse, les ambassadeurs parlent devant lui, ou bien, selon un usage commun, ce que fait Lysias lui est attribué. ― Ses amis, ses conseillers, voir 1 Machabées, 2, 18.

Des troupes auxiliaires des royaumes étrangers, et des pays maritimes, qu’il entretenait à ses dépens, vinrent encore se joindre aux siennes.

Ainsi son armée était composée de cent mille hommes de pied, de vingt mille chevaux, et de trente-deux éléphants dressés au combat.

Ils marchèrent par l’Idumée, et vinrent assiéger Bethsura ; ils l’attaquèrent durant plusieurs jours, et ils firent pour cela des machines ; mais les assiégés étant sortis les brûlèrent, et combattirent avec grand courage.

Judas, qui était parti de devant la forteresse, marcha avec son armée vers Bethzachara, vis-à-vis du camp du roi.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Bethzachara, lieu entre Jérusalem et Bethsura. ― A quatre heures de distance au sud-ouest de Jérusalem.

Et le roi s’étant levé avant le jour, fit marcher impétueusement toutes ses troupes sur le chemin de Bethzachara ; les armées se préparèrent au combat, et ils sonnèrent des trompettes :

Ils montrèrent aux éléphants du jus de raisin et de mûres, afin de les animer au combat ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les éléphants aiment beaucoup le vin et les liqueurs enivrantes. Pour les irriter, on leur montre seulement, au lieu de leur faire boire, le sang de raisin et de mûre, c’est-à-dire du vin rouge, et une liqueur spiritueuse faite avec des mûres de mûrier.

Ils partagèrent les bêtes par légions, et mille hommes armés de cottes de mailles et de casques d’airain accompagnaient chaque éléphant ; et cinq cents chevaux choisis avaient ordre de se tenir toujours près de chaque bête.

Ces gens se hâtaient de prévenir en tous lieux les éléphants ; ils allaient partout où chaque éléphant allait, et il ne l’abandonnaient jamais.

Il y avait aussi sur chaque bête une forte tour de bois destinée pour la mettre à couvert, et des machines dessus, et dans chaque tour trente-deux des plus vaillants hommes, qui combattaient d’en haut, avec un Indien qui conduisait la bête.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

On croit avec raison que ces éléphants étaient de l’Inde, et par conséquent beaucoup plus gros et plus forts que ceux d’Afrique. Les faits rapportés par Pline et par plusieurs autres auteurs prouvent que l’Ecriture n’exagère nullement dance qu’elle dit ici de ces animaux. ― Un éléphant ne pouvait porter trente-deux hommes, ce qui est matériellement impossible, mais au plus quatre ou cinq combattants. Il y a ici une fausse traduction ou une altération de chiffres. Le texte hébreu original avait probablement deux ou trois hommes, d’où l’on a tiré trente-deux par une fausse combinaison de chiffres.

Il rangea le reste de la cavalerie sur les deux ailes, pour exciter son armée par le son des trompettes, et pour animer son infanterie serrée dans ses bataillons.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le reste de la cavalerie, etc. Chez les anciens, la cavalerie servait à couvrir les flancs des troupes de pied.

Lorsque le soleil eut frappé de ses rayons les boucliers d’or et d’airain, il en rejaillit un éclat sur les montagnes d’alentour, qui brillèrent comme des lampes ardentes.

Une partie de l’armée du roi allait le long des hautes montagnes, et l’autre marchait dans la plaine ; et ils marchaient avec précaution et avec ordre.

Tous les habitants des environs étaient épouvantés des cris de cette multitude de soldats, du bruit de leur marche, et du fracas de leurs armes qui se touchaient, parce que l’armée était très-grande et très-forte.

Et Judas s’avança avec son armée pour combattre les ennemis, et six cents hommes de l’armée du roi furent taillés en pièces.

Alors Éléazar, fils de Saura, voyant un des éléphants tout encuirassé, tout couvert des armes du roi, et plus grand que tous les autres, crut que le roi même était dessus ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Eléazar, fils de Saura. On doit lire ici comme à 1 Machabées, 2, 5, Eléazar, qui était surnommé Abaron, un des frères de Judas Machabée. La signification de ce surnom est inconnue, Eléazar, voyant cet éléphant couvert de caparaçons royaux, crut qu’il portait le roi et se dévoua pour le faire périr, dans l’espoir que la mort du roi, privant l’armée et Lysias de son chef nominal, en entraînerait la défaite, mais, dit Josèphe, le roi n’était pas sur cet éléphant et peut-être même n’assistait-il pas au combat à cause de sa jeunesse et parce que Lysias tenait à ménager sa vie, dont son pouvoir dépendait.

Et il exposa sa vie pour délivrer son peuple, et pour s’acquérir un nom immortel.

Car il courut hardiment au milieu de la légion, tuant à droite et à gauche, et faisant tomber tout ce qui se présentait devant lui.

Et étant allé se mettre sous le ventre de l’éléphant, il le tua, et le fit tomber par terre ; et Éléazar, sur qui il tomba, mourut sous lui.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sous lui, sous son ventre, qui est l’endroit où l’éléphant a la peau la moins dure.

Mais les Juifs voyant les grandes troupes du roi, et l’impétuosité de son armée, se retirèrent du combat.

En même temps l’armée du roi marcha contre eux vers Jérusalem, et elle vint en Judée, et campa près du mont de Sion.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Et l’armée du roi s’avança. C’est un autre corps de troupes, une autre partie de l’armée.

Le roi écouta les propositions de paix que lui firent faire ceux qui étaient dans Bethsura ; et ils sortirent de la ville, n’ayant plus de vivres, parce que c’était l’année du sabbat et du repos de la terre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Les sabbats de la terre, l’année sabbatique, durant laquelle on laissait la terre en repos, sans la travailler, sans qu’il fût permis de semer et de récolter.

Ainsi le roi prit Bethsura, et y mit garnison pour la garder.

Il fit ensuite marcher ses troupes vers le lieu saint, où il demeura longtemps ; il y dressa divers instruments de guerre, et plusieurs machines pour lancer des feux, pour jeter des pierres et des dards, des arbalètes pour lancer des flèches et des frondes.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Saint ; littéralement, de sanctifications. Voir 1 Machabées, 1, 23. ― Des balistes, machines de guerre pour lancer des pierres. ― Béliers, autres machines de guerre avec lesquelles on battait les murs d’une ville. ― Des falariques, flèches incendiaires. ― Des scorpions, petites machines pour lancer des flèches, qui pouvaient être manœuvrées par un seul soldat.

Les assiégés firent aussi des machines contre leurs machines, et ils combattirent durant plusieurs jours.

Mais il n’y avait point de vivres dans la ville, parce que c’était la septième année, et que ceux d’entre les nations qui étaient demeurés dans la Judée avaient consommé les restes de ce qu’on avait mis en réserve.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La septième année. Voir le verset 49.

Il ne demeura donc que peu de gens pour la garde des lieux saints, parce que étant pressés par la famine, chacun s’en retourna chez soi.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

En son lieu, en sa maison, chez soi.

Cependant Lysias apprit que Philippe, qui avait été choisi par le roi Antiochus, lorsqu’il vivait encore, pour élever Antiochus son fils, et pour le faire régner en sa place,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Lysias et Philippe. Voir plus haut, 1 Machabées, 3, 32 et 6, 14.

était revenu de Perse et de la Médie avec l’armée qui l’y avait accompagné, et qu’il se préparait à prendre le gouvernement des affaires du royaume,

Il se hâta donc d’aller dire au roi et aux généraux de l’armée : Nous nous consumons ici tous les jours ; nous avons très-peu de vivres, la place que nous assiégeons est bien fortifiée, et nous sommes obligés de mettre ordre aux affaires du royaume.

Composons donc avec ces gens-ci, faisons la paix avec eux, et avec toute leur nation ;

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Donnons, etc. La plupart des Orientaux n’avaient pas des marques plus assurées de leurs promesses, que de donner la main droite.

Et permettons-leur de vivre selon leurs lois comme auparavant ; car ç’a été le mépris que nous avons fait de leurs lois qui les a si fort animés, et qui leur a fait faire tout ce qu’ils ont fait jusqu’à présent.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Qu’ils vivront, etc. ; littéralement, et par hébraïsme, qu’ils marcheront dans, etc.

Cette proposition plut au roi et à ses principaux officiers : il envoya aussitôt traiter de la paix avec les Juifs, qui l’acceptèrent ;

Et le roi et ses officiers l’ayant confirmée avec serment, ceux qui défendaient la forteresse se retirèrent.

Alors le roi entra sur la montagne de Sion, et en vit les fortifications ; et il viola aussitôt le serment qu’il avait fait, car il commanda qu’on abattît tous les murs qui l’environnaient.

Il partit ensuite en grande diligence, et retourna à Antioche, où il trouva que Philippe s’était rendu maître de la ville ; et après avoir combattu contre lui, il la reprit.