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Esther 2

Ces choses s'étant passées de la sorte, lorsque la colère du roi Assuérus fut calmée, il se ressouvint de Vasthi, et de ce qu'elle avait fait, et de la peine qu'elle avait subie.

Alors les serviteurs et les officiers du roi lui dirent : Qu'on cherche, pour le roi, des filles qui soient vierges et belles ;

Et qu'on envoie dans toutes les provinces des gens qui considèrent les plus belles d'entre les jeunes filles qui sont vierges, pour les amener dans la ville de Suse, et les mettre dans le palais des femmes, sous la conduite de l'eunuque Égée, qui a soin de garder les femmes du roi ; là on leur donnera tout ce qui est nécessaire, tant pour leur parure que pour les autres besoins ;

Et celle qui plaira davantage aux yeux du roi, sera reine à la place de Vasthi. Cet avis plut au roi ; et il leur commanda de faire ce qu'ils lui avaient conseillé,

Il y avait dans la ville de Suse un homme juif, nommé Mardochée, fils de Jaïr, fils de Séméi, fils de Cis, de la race de Jémini,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir Esther, 11, 2. ― Mardochée, à l’époque où commence notre histoire, était déjà très âgé, selon plusieurs interprètes, qui entendent les versets 5 et 6 en ce sens qu’il avait été transporté de Jérusalem du temps de Jéchonias, c’est-à-dire en 599 ; il aurait eu ainsi alors plus de 120 ans. Mais il est plus naturel de rapporter le verset 6, lequel avait été transféré, à Cis, son arrière grand-père. Son nom de Mardochée, qui est babylonien et non palestinien, semble indiquer qu’il était né en Babylonie.

Qui avait été amené de Jérusalem au temps où Nabuchodonosor, roi de Babylone, y avait transporté Jéchonias, roi de Juda.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 4 Rois, 24, 15 ; Judith, 11, 4.

Il avait élevé la fille de son frère, Édisse, appelée autrement Esther ; elle avait perdu son père et sa mère ; elle était fort belle, et avait bonne grâce. Son père et sa mère étant morts, Mardochée l'adopta pour sa fille.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Esther. Sur le nom d’Esther, voir l’Introduction.

Cette ordonnance du roi ayant donc été publiée partout, lorsqu'on amenait à Suse plusieurs filles belles, et qu'on les mettait entre les mains de l'eunuque Égée, on lui amena aussi Esther, entre les autres, afin qu'elle fût gardée avec les femmes destinées pour le roi.

Esther plut à Égée, et trouva grâce devant lui ; et il commanda à un eunuque de se hâter de lui préparer tous ses ornements, et de lui donner tout ce qui devait lui être accordé, avec sept filles, parfaitement belles, de la maison du roi, pour la servir, et d'avoir grand soin de tout ce qui pouvait contribuer à la parer et à l'embellir, elle et ses filles.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Ses portions ; c’est-à-dire tout ce qui concernait sa nourriture, sa table, ou bien, selon d’autres interprètes, tout ce qu’il était convenable de lui donner selon son rang.

Esther ne voulut point lui dire de quel pays et de quelle nation elle était, parce que Mardochée lui avait ordonné de garder là-dessus le silence.

En peine de l'état d'Esther, et voulant savoir ce qui lui arriverait, il se promenait tous les jours devant le vestibule de la maison où étaient gardées les vierges choisies.

Lorsque le temps de ces filles était venu, elles étaient présentées au roi, en leur rang, après qu'on eut fait tout ce qui était nécessaire pour augmenter leur beauté pendant l'espace de douze mois, se servant pour cela, pendant six mois, d'une onction d'huile de myrrhe, et pendant les six autres, de parfums et d'aromates.

Lorsqu'elles se rendaient auprès du roi, on leur donnait tout ce qu'elles demandaient pour se parer ; et elles passaient de la chambre des femmes à celle du roi, avec tous les ornements qu'elles avaient désirés.

Celle qui était entrée le soir, sortait le matin ; et elle était conduite de là dans d'autres appartements, lesquels étaient sous la main de l'eunuque Susagazi, qui veillait sur les concubines du roi ; et elle ne pouvait plus se présenter devant le roi, à moins que lui-même ne le voulût, et qu'il ne l'eût commandé expressément, en la désignant par son nom.

Après donc que le temps se fut passé selon son rang, le jour approchait auquel Esther, fille d'Abihaïl frère de Mardochée, et que celui-ci avait adoptée pour sa fille, devait être présentée au roi. Elle ne demanda rien pour se parer ; mais l'eunuque Égée, qui avait le soin de ces filles, lui donna pour sa parure tout ce qu'il voulut ; car elle était très-belle, et ses attraits incroyables charmaient et ravissaient tous ceux qui la voyaient.

Elle fut donc menée à la chambre du roi Assuérus, au dixième mois appelé tébeth, la septième année son règne.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le dixième mois commençait à la nouvelle lune de septembre.

Et le roi l'aima plus que toutes les autres femmes, et elle trouva grâce et faveur devant lui au-dessus de toutes les femmes, et il lui mit sur la tête le diadème royal, et la fit reine à la place de Vasthi.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Et la fit régner. On objecte que suivant Hérodote, après la mort du mage Smerdis, il fut arrêté solennellement que le roi ne pourrait prendre de femme que dans la maison des sept prétendants au trône. On objecte encore qu’il n’est nullement probable qu’Assuérus ait voulu choisir pour reine une femme juive. Mais d’abord est-il bien sûr que l’obligation de n’épouser qu’une femme appartenant à la maison des sept prétendants ne regardait pas uniquement le successeur de Smerdis ? Il n’est pas plus sûr que, lors même que la convention eut été générale et sans restriction, les princes qui vinrent après lui la crurent obligatoire pour eux et consentirent à s’y soumettre. Enfin on sait que les souverains d’Asie, entièrement plongés dans la volupté, ne consultaient que leurs passions et que, par conséquent, ils ne pouvaient être qu’indifférents sur leur famille et leur religion. Cette considération explique encore comme Assuérus a pu épouser une Juive, d’autant plus qu’Esther cherchait elle-même à cacher son extraction, ainsi que le lui avait prescrit Mardochée, son oncle (voir verset 20).

Et il commanda qu'on fît un festin très-magnifique à tous les grands et à tous ses serviteurs, pour le mariage et les noces d'Esther. Il soulagea les peuples de toutes les provinces, en diminuant les impôts, et il fit des dons dignes de la magnificence d'un prince.

Et lorsqu'on cherchait des filles pour la seconde fois, et qu'on les assemblait, Mardochée demeura toujours à la porte du roi ;

Esther n'avait encore découvert ni son pays, ni son peuple, selon l'ordre que Mardochée lui en avait donné ; car Esther observait tout ce qu'il lui ordonnait, et elle faisait toutes choses comme lorsqu'il la nourrissait auprès de lui, étant encore toute petite.

Lors donc que Mardochée demeurait à la porte du roi, Bagathan et Tharès, deux eunuques du roi, qui commandaient à la première entrée du palais, mécontents, résolurent d'attenter sur le roi, et de le tuer.

Mais Mardochée, ayant eu connaissance de leur dessein, en avertit aussitôt la reine Esther ; la reine en avertit le roi, au nom de Mardochée dont elle avait reçu l'avis.

On fit les recherches ; et le complot ayant été reconnu, l'un et l'autre furent pendus ; et tout ceci fut écrit dans les histoires, et marqué dans les annales, par ordre du roi.