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2 Samuel 18

DAVID ayant fait la revue de ses gens, établit sur eux des tribuns et des centeniers.

Il donna le tiers de ses troupes à commander à Joab, le tiers à Abisaï, fils de Sarvia et frère de Joab, et le tiers à Ethaï de Geth. Le roi dit ensuite à ses gens : Je veux me trouver au combat avec vous.

Mais ses gens lui répondirent : Vous ne viendrez point avec nous : car quand les ennemis nous auraient fait fuir, ils ne croiraient pas avoir fait grande chose ; et quand ils auraient taillé en pièces la moitié de nos troupes, ils n’en seraient pas fort satisfaits ; parce que vous êtes considéré vous seul comme dix mille hommes. Il vaut donc mieux que vous demeuriez dans la ville, afin que vous soyez en état de nous secourir.

Le roi leur dit : Je ferai ce que vous voudrez. Il se tint donc à la porte de la ville de Mahanaïm, pendant que toute l’armée en sortait en diverses troupes de cent hommes et de mille hommes.

En même temps il donna cet ordre à Joab, à Abisaï et à Ethaï : Conservez-moi mon fils Absalom. Et tout le peuple entendit le roi qui recommandait Absalom à tous ses généraux.

L’armée marcha donc en bataille contre Israël, et la bataille fut donnée dans la forêt d’Ephraïm.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dans la forêt d’Ephraïm, à l’est du Jourdain, selon les uns, à l’ouest, selon les autres.

L’armée de David tailla en pièces celle d’Israël. La défaite fut grande, et vingt mille hommes demeurèrent sur la place.

Les gens d’Absalom fuyant après le combat, furent dispersés de tous côtés : et il y en eut beaucoup plus qui périrent dans la forêt, qu’il n’y en eut qui moururent par l’épee en ce jour-là.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Sur la face de toute la terre ; c’est-à-dire dans tout le pays.

Absalom même fut rencontré par les gens de David : car lorsqu’il était sur son mulet, et qu’il passait sous un grand chêne fort touffu, sa tête s’embarrassa dans les branches du chêne ; et son mulet passant outre, il demeura suspendu entre le ciel et la terre.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Le chêne, etc. Ce chêne était distingué de tous les autres arbres, c’est pour cela que l’écrivain sacré l’a fait précéder de l’article.

Un soldat le vit en cet état, et vint dire à Joab : J’ai vu Absalom pendu à un chêne.

Joab dit à celui qui lui avait apporté cette nouvelle : Si tu l’as vu, pourquoi ne lui as-tu pas passé ton épée au travers du corps ? et je t’aurais donné dix sicles d’argent et un baudrier.

Il répondit à Joab : Quand vous me donneriez présentement mille pièces d’argent, je me garderais bien de porter la main sur la personne du fils du roi : car nous avons tous entendu l’ordre que le roi vous a donné, à vous, à Abisaï et à Ethaï, lorsqu’il vous a dit : Conservez-moi mon fils Absalom.

Commentaire (versets 11 à 12) — Abbé Vigouroux (1902)

Ce commentaire porte sur les versets 11 à 12 pris ensemble, pas sur ce seul verset : c'est pour cela qu'il n'apparaît qu'ici, à la fin du passage qu'il couvre.

Le sicle d’argent avait chez les Hébreux le même poids que le sicle d’or, environ 14 grammes 177. Quant à la valeur comme monnaie, le sicle d’argent pur représentait environ 1 francs 60 et le sicle d’or pur, environ 23 francs 20 (en 1 900 ?).

Et si je m’étais hasardé à faire une action si téméraire, elle n’aurait pu être cachée au roi ; et vous seriez-vous opposé à lui ?

Joab lui dit : Je ne m’en rapporterai pas à toi ; mais je l’attaquerai moi-même en ta présence. Il prit donc en sa main trois dards, dont il perça le cœur d’Absalom. Et lorsqu’il respirait encore, toujours pendu au chêne,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Non pas, etc. Construction elliptique, pour il n’en sera pas comme, etc. Comparer à Matthieu, 26, 39.

dix jeunes écuyers de Joab accoururent, le percèrent de coups, et l’achevèrent.

Aussitôt Joab fit sonner la retraite ; et voulant épargner le peuple, il empêcha ses gens de poursuivre davantage les Israélites qui fuyaient.

Ainsi les Israélites se retirèrent chacun chez soi. On emporta Absalom, et on le jeta dans une grande fosse qui était dans le bois, sur laquelle on éleva un grand monceau de pierres.

Or Absalom, lorsqu’il vivait encore, s’était fait dresser une colonne dans la vallée du Roi. Je n’ai point de fils, disait-il, et ce sera là un monument qui fera vivre mon nom. Il donna donc son nom à cette colonne, et on l’appelle encore aujourd’hui, la Main d’Absalom.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Dans la Vallée du roi, probablement la Vallée de Cédron. On y voit encore aujourd’hui un monument qu’on appelle le tombeau d’Absalom. Il date seulement de l’époque grecque. Néanmoins il peut se trouver à l’endroit où Absalom avait fait élever son monument, qui devait être un cippe en pierre.

Après la mort d’Absalom, Achimaas, fils de Sadoc, dit à Joab : Je vais courir vers le roi, et lui dire que Dieu lui a fait justice, et l’a vengé de ses ennemis.

Joab lui dit : Vous porterez les nouvelles une autre fois, mais non aujourd’hui : je ne veux pas que ce soit vous présentement, parce que le fils du roi est mort.

Joab dit donc à Chusi : Allez-vous-en, vous, et annoncez au roi ce que vous avez vu. Chusi lui fit une profonde révérence, et se mit à courir.

Achimaas, fils de Sadoc, dit encore à Joab : Mais si je courais aussi après Chusi ? Mon fils, dit Joab, pourquoi voulez-vous courir ? Vous serez le porteur d’une méchante nouvelle.

Mais enfin si je courais ? ajouta Achimaas. Courez donc, répondit Joab. Ainsi Achimaas courant par un chemin plus court, passa Chusi.

Cependant David était assis entre les deux portes de la ville ; et la sentinelle qui était sur la muraille au haut de la porte, levant les yeux, vit un homme qui courait tout seul,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Entre les deux portes ; c’est-à-dire entre la porte intérieure qui regardait la ville, et la porte extérieure qui regardait la campagne.

et jetant un grand cri, il en avertit le roi. Le roi lui dit : S’il est seul, il porte une bonne nouvelle. Lorsque ce premier s’avançait à grande hâte, et était déjà proche,

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

S’il est seul, etc. ; car s’ils étaient vaincus, ils reviendraient en nombre.

la sentinelle en vit un second qui courait aussi ; et criant d’en haut, il dit : Je vois courir encore un autre homme qui est seul. Le roi lui dit : Il apporte aussi une bonne nouvelle.

La sentinelle ajouta : A voir courir le premier, il me semble que c’est Achimaas, fils de Sadoc. Le roi lui dit : C’est un homme de bien, et il nous apporte de bonnes nouvelles.

Achimaas criant de loin, dit au roi : Seigneur, que Dieu vous conserve ! Et s’abaissant jusqu’en terre devant lui, il ajouta : Béni soit le Seigneur, votre Dieu, qui a livré entre vos mains ceux qui s’étaient soulevés contre le roi, mon seigneur !

Le roi lui dit : Mon fils Absalom est-il en vie ? Achimaas lui répondit : Lorsque Joab, votre serviteur, m’a envoyé vers vous, j’ai vu s’élever un grand tumulte : c’est tout ce que je sais.

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

La paix ; c’est-à-dire la santé, ou la vie. Nous avons déjà remarqué que par le mot paix, les Hébreux entendaient souvent toute sorte de prospérités.

Passez, lui dit le roi, et tenez-vous là. Lorsqu’il fut passé, et qu’il se tenait en sa place,

Chusi parut, et il dit en arrivant : Mon seigneur et mon roi, je vous apporte une bonne nouvelle : car le Seigneur a jugé aujourd’hui en votre faveur, et vous a délivré de la main de tous ceux qui s’étaient soulevés contre vous.

Le roi dit à Chusi : Mon fils Absalom est-il en vie ? Chusi lui répondit : Que les ennemis de mon roi, et tous ceux qui se soulèvent contre lui pour le perdre, soient traités comme il l’a été !

Le roi étant donc saisi de douleur, monta à la chambre qui était au-dessus de la porte, et se mit à pleurer. Et il disait en se promenant : Mon fils Absalom ! Absalom, mon fils ! que ne puis-je donner ma vie pour la tienne ! mon fils Absalom ! Absalom, mon fils !

Commentaire — Abbé Vigouroux (1902)

Voir 2 Rois, 19, 4.